Une Liguilla assoiffée

Piratage d'un règlement FIFA par la Fédération, avec en arrière-fond une guerre entre Televisa et Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde, arbitrage dadaïste, et U2 en bande sonore. La Liguilla mexicaine balance sévèrement.

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La Liguilla a débuté dans la polémique. En cause : une pause obligatoire à la 25e minute de chaque période, prétendument instaurée pour veiller à la bonne hydratation des joueurs. Une pratique courante lors du dernier Mondial mexicain (1986), pour les matches disputés sous l'écrasant soleil de midi, mais dont le caractère systématique depuis le début des play-offs du tournoi de fermeture 2011 a provoqué la grogne des joueurs, dirigeants et journalistes. Le comble de l'absurdité fut atteint lors des parties nocturnes, quand la pause boisson n'avait pour seule vertu que de couper le rythme du match, à une heure où café ou thé seraient davantage opportuns qu'une rasade d'eau fraîche.

En réalité, plus que la préservation de la santé des joueurs, ce sont les intérêts économiques des puissants diffuseurs qui auraient guidé cette décision de la Fédération mexicaine, notamment ceux de Televisa. En guerre avec le groupe de Carlos Slim, le TF1 mexicain a perdu cher depuis que l'homme considéré comme le plus riche du monde a répliqué à une hausse des tarifs de la page de publicité par un boycott de ses marques au mois de février. Ces pauses de la 25e minute constitueraient alors un moyen de compenser cette perte de recettes, puisque profitant de l'aubaine, les diffuseurs régalèrent quelques réclames à leurs téléspectateurs au milieu de chaque période. Ces pauses confinent surtout à l'instauration déguisée de quart-temps, pratique totalement prohibée par la FIFA. Mais le Mexique qui s'assoit déjà sans gêne sur le règlement du grand régulateur, avec la multi-propriété assumée de clubs par de grandes entreprises, par Televisa et TV Azteca notamment (tiens, tiens ...), craint dégun, protégé par les juteux chiffres que génère le deuxième marché latino derrière le Brésil. Finalement, devant la levée de boucliers des acteurs, les diffuseurs ont rapidement renoncé à meubler les pauses rafraichissantes par des écrans pubs, et lors des demi-finales aller disputées jeudi, l'élément de discorde a tout simplement disparu. 


Pumas : des petits chats ?

Des deux affiches du dernier carré, Chivas-Pumas est indéniablement la plus attrayante. Deux grands noms du foot mexicain, et surtout, deux des centres de formation les plus productifs du pays. Pour mettre du piquant dans le duel, la direction des Chivas proposa un défi à son adversaire à la veille du match aller : ne jouer qu'avec des Mexicains, ligne de conduite historique du club de Guadalajara, afin de trancher le débat sur la qualité respective de chaque cantera. C'est en 2003, que cet affrontement entre le club 100% mexicain et celui de la plus grande université d'Amérique latine (UNAM) gagna en saveur avec la provocation de Jorge Vergara, alors frais président des Chivas. Après une victoire des siens, ce grand amateur de polémiques acheta quelques pages de publicités dans la presse, avec pour message taquin : « On a cru voir des petits chats » . La réponse des imposants félidés vint une victoire plus tard, par l'intermédiaire d'un tee-shirt dévoilé par Ailton (oui, l'ex buteur en surpoids de Schalke) : « Des petits chats, sa mère ! » . Enfin, quand les deux clubs se retrouvèrent en finale lors du même tournoi, les Pumas, vainqueurs, purent plastronner à nouveau en exhibant des tee-shirt vengeurs: « Les petits chats, champions » .

Finalement, jeudi soir, les deux institutions terminèrent amies, non pas car le jeune gardien des Pumas régala l'égalisation à la 89e minute (1-1), mais unies dans une même réprobation de l'arbitrage halluciné de M.Paul Delgadillo, auteur de deux exclusions dadaïstes lors de la première période. « Les deux cartons rouges n'avaient pas lieu d'être. Il n'est pas juste que Paul expulse un joueur des Pumas pour compenser sa première erreur » s'indigna Vergara. Le public fit également sentir son ire contre l'homme en noir, seulement protégé d'un bain de bière-coca par les boucliers des forces de l'ordre au terme de la première période . Match retour, dimanche à midi à Mexico. Prévoir, cette fois, une pause boisson. En toute légalité.

L'America battu par U2 ?

Dans l'autre demi-finale aller, Cruz Azul a dominé avec aisance Morelia (2-0), pourtant facile tombeur de l'America en quart de finale. Unique membre du Big Four mexicain -pour leur poids historique, plus que pour leurs résultats actuels- à avoir été privé du dernier carré, l'ex club de Cuauhtémoc Blanco avait été contraint de disputer le match aller à Querétaro, à 220 kilomètres de son cher estadio azteca, squatté par ... U2. Plus précisément, par la longue préparation de l'enceinte pour la venue des superstars irlandaises. Mais, bon, prendre Bono et The Edge comme alibi d'une nouvelle saison sans titre, les dirigeants de l'America n'ont même pas osé ...









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