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Une Juve entre deux temps

Antonio Conte est un homme occupé. Entre l'obligation de valider cette saison de la Juventus par un titre, et la nécessité de déjà préparer au mieux la suivante, le Mister a plein de choses à faire.

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Ce dimanche a lieu le derby turinois. La Juve joue donc à Turin, mais à l'extérieur, sur le terrain du Torino. Pourtant, et même si beaucoup d'habitants de la ville piémontaise roule en grenat, elle sera chez elle, comme un peu partout cette saison en Italie. Cette assurance, cette maîtrise, la Juve les doit avant tout à un homme. Son chef, Antonio Conte.

Aujourd'hui, pour finir la saison tranquille et remporter un énième titre de champion d'Italie (selon les sensibilités, la comptabilité change ; ici, on parlera d'un 31e sacre), il a mis au point un nouveau schéma de jeu. Un 3-5-1-1. Et comme Antonio Conte est un homme qui fait rarement les choses pour rien, son nouveau module, ou plutôt la gamberge qui l'y a amené, mérite attention. Il y réside en effet autant de réponses à des problèmes présents que de pistes lancées pour le futur de la Vieille Dame.

En attendant un nouvel attaquant

Antonio Conte avait pour habitude cette saison de jouer en 3-5-2. Un trio défensif (avec cette ligne composée de Bonucci, Barzagli et Chiellini qui, tout au long de l'année, a gagné le droit d'être reconduit pour la prochaine), un triangle au milieu de terrain (généralement composé de Pirlo, Vidal et Marchisio, soit un triangle équilatéral), deux latéraux capables de jouer corner-to-corner (l'équivalent, pour un latéral, du milieu box-to-box) et deux pointes. Ou plutôt deux attaquants. Le plus souvent Giovinco et Vučinić, deux monstres de football, mais pas forcément des amoureux de la statistique. Quelque part, ça tombe bien, le hasard et Antonio Conte faisant bien les choses, leur rôle est certes de marquer, mais tout autant, voire davantage, de contribuer à la qualité du jeu de l'ensemble, à faire vivre la balle le plus haut possible, tout en libérant de l'espace aussitôt pris par les incursions des milieux de terrain, Marchisio en tête. Avantage : s'assurer une vraie qualité de jeu et un certain bonheur, celui de voir Mirko Vučinić claquer des remises. Inconvénient : le manque d'un vrai buteur, et d'un certain poids devant. Tout au long de la saison, une même rengaine : avec un tueur devant, cette Juve pourrait… Pour le savoir, il faut attendre la saison prochaine, avec Llorente et peut-être une autre recrue pointue, quelque part entre Ibra (peu probable, ne serait-ce que pour d'évidentes raisons salariales), Higuaín (le Real va bien se payer un nouveau neuf en guise de joujou), Suárez (si Guardiola ne l'a pas déjà attiré au Bayern, ce mec est fait pour jouer en Italie, manifestement en pointe de l'Inter, seul au front devant une équipe forcément un peu bancale) ou une surprise de dernière minute (après tout, si la Juve peut proposer un contrat à Nicolas Anelka, qui sait de quelle autre facétie elle peut se montrer capable ?). Il s'agit d'attendre la saison prochaine, mais de la préparer dès maintenant.

Du destin des milieux de terrain

Car aujourd'hui, Conte doit faire sans eux, mais également sans Giovinco. Et comme le Mister n'est pas assez convaincu par Matri ou Quagliarella pour leur offrir une place de titulaire (ni leur garantir un futur au sein de son cycle), la donne est simple. Problème : manque d'attaquant. Solution : faire « monter » un milieu de terrain. Dès lors, un nom s'est imposé comme l'évidence de son jeu. Claudio Marchisio. En tant que membre du milieu de terrain, son rôle était déjà de s'immiscer dans les espaces ouverts devant lui. L'incursion. Aussi, en tant que deuxième attaquant, ou plus haut que les milieux de terrain, sa mission ne diffère pas tant que ça. Il part simplement d'un peu plus haut, et soutenu par trois joueurs axiaux derrière lui au lieu de deux. Entre Pirlo et Vidal s'est en effet imposé un élément dans le cœur du jeu : Paul Pogba. Devant l'évidence de son talent, Conte s'est vu contraint (et sans doute ravi) de titulariser le néo-Bleu. Comme il l'a précisé au sélectionneur français : « Didier Deschamps s'est trompé. Paul Pogba n'est pas un joueur pour l'avenir, mais déjà pour le présent.  » Depuis sa prise en charge, Conte a toujours procédé à des évolutions plutôt qu'à des révolutions. Que ce soit pour son choix des hommes ou des schémas (Krasić et le 4-2-4, puis Pepe et le 4-3-3, puis Lichtsteiner et le 3-5-2, etc.), chez Conte, tout se tient, tout est lié de manière fluide et naturelle. Le changement est fait quand il doit être fait, dans un certain respect de l'ordre des choses, sans chercher à changer pour changer, sans chercher non plus à précéder ou forcer le comportement de son équipe, mais sans hésiter une seconde à l'accompagner au plus proche, quitte à ce qu'on ne sache plus qui de l'entraîneur ou de l'équipe pense le premier ; les deux pensant la même chose au même moment.

Aujourd'hui, cette pensée prend la forme d'un 3-5-1-1, nouveau schéma qui s'inscrit comme la réponse la plus logique à la dictature de l'instant. Ce n'est donc pas pour rien que la Juve joue aujourd'hui dans un module qui permet de donner temps de jeu, repères et bonnes habitudes au jeune prodige venu du Havre. Même si le nom de son agent, Mino Raiola, laisse à penser qu'un transfert ne sera jamais loin, Paul Pogba fait aujourd'hui partie du projet de la Vieille Dame. Il s'est d'abord imposé comme premier remplaçant du milieu Pirlo-Vidal-Marchisio, comme un membre indiscutable de l'avenir du club, puis de son présent, et carrément de son onze de départ. Au point que certains esprits volages verraient d'un bon œil le départ de Claudio Marchisio. D'autres y verraient une trahison, la vente d'un enfant du club, et d'un joueur de football admirable. Si l'un des deux doit vraiment partir, ce sera plutôt Pogba. Mais la volonté de la Juve est de conserver les deux, de continuer sa marche en avant, de construire une équipe compétitive et complète, quitte à poser des problèmes de concurrence à Antonio Conte quand viendra l'heure de choisir entre tous ces milieux de terrain. À moins que ce ne soit Vidal qui s'en aille. À moins que Pirlo ne fatigue définitivement.

En préservant Pirlo

En plus de préserver une certaine dynamique à l'équipe ( « Une équipe qui n'avance pas est une équipe qui meurt » , ou comme le dit Antonio : « Conte Partiro  » ) le passage du 3-5-2 au 3-4-1-1 a également pour avantage de soulager Pirlo, éprouvé par cette longue saison, et le poids du temps qui passe. Si son remplaçant est déjà connu, ciblé et espéré (un certain Marco Verratti), il n'est pas encore l'heure de mettre l'architecte à la retraite. Simplement, la moindre des choses est de ne pas l'épuiser, de le préserver, de le protéger afin de pouvoir profiter de la délicatesse de son jeu le plus longtemps possible. De gagner du temps, ou plutôt de le rallonger. Pas impossible en effet que le maestro soit l'artisan principal, au printemps prochain, d'un nouveau titre national pour la Vieille Dame. Mais pour aller plus loin sur la scène européenne, car c'est là aussi que doit se jouer l'avenir de la Juve, cela ne suffira pas. Pirlo le sait, et sera le premier à passer le relais, et à n'en pas douter avec autant d'application qu'il met à passer le ballon. À l'heure de célébrer ce nouveau sacre, de ressasser cette élimination contre les robots du Bayern, de préparer ce marché qui s'annonce d'ores et déjà agité, voilà exactement où en est la Juve : à la retombée d'une ouverture d'Andrea Pirlo. À elle maintenant d'assurer son contrôle.

par Simon Capelli-Welter
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Très bel article et très intéressant, avec une réel réflexion derrière et la recherche d'apporter quelque chose en plus que le simple rendu systématique des faits. Vraiment un plaisir à lire.

Par contre, j'ai pas arrêté de crocher sur un truc durant ma lecture: 3-4-1-1... je suis peut-être pas doué, mais il manque pas un joueur ? Ou alors la vieille dame a décidé de laisser une chance à ses concurrents en Italie, avec 9 joueurs de champs au lieu de 10 ? Je pense que vous vouliez parler d'un 3-5-1-1 ;)
3-4-1-1 + l'arbitre, ce qui nous fait 11, le compte est bon ;)

Blague à part, très bon article !
James Patt Hagël Niveau : CFA2
beaucoup d'habitants de la ville piémontaise roule en grenat,

voyons, quand même! c'est juste un verbe à accorder
Merci S.C-W. Le premier article que je lis ici sur la Juventus où les réflexions techniques ne se limitent pas à "passe lumineuse de Pirlo", "lucarne de Pogba", "pressing étouffant pour l'adversaire". Quand Conte est arrivé à la Juve les journalistes connaisseurs de foot (Les Ménès italiens, un peu moins nuls, un peu plus factieux) le traitait d'intégriste du 4-2-4 qui échouerait pour cela. Le module est devenu 4-3-3 puis 3-5-2 puis 3-5-1-1 avec surtout il y a une véritable identité de jeu.
Bon article dans l'ensemble mais je suis pas d'accord avec cette phrase :

"Krasić et le 4-2-4, puis Pepe et le 4-3-3, puis Lichtsteiner et le 3-5-2, etc."

Conte est arrivé avec son 4-2-4 et a demandé des joueurs de couloirs pour, c'est pour ça qu'en plus de Krasic et Pepe, sont arrivés Giaccherini, Estigarribia et Elia mais celui qui a provoqué le passage au 4-3-3 c'est Vidal, son explosion à forcer Conte à l'intégrer au milieu.
Pareil pour la défense à trois, Bonucci était moyen dans un défense à 4 et Chiellini moyen latéral gauche, Conte a décidé de jouer à trois défenseurs et il a bien raison quand on voit la saison stratosphérique de Bony
James Patt Hagël Niveau : CFA2
J'ai plus apprécié la forme que le fond, notamment à cause du fait que l'article soit bâti autour de l'évolution tactique pour aboutir à un 3 4 1 1. Le dernier joueur, il va ou là?
Sinon, Marco Verrati me fait beaucoup plus penser à Paul Scholes qu'à Andrea Pirlo, mais ce n'est que mon avis personnel.
Enfin ce qui ne me plait pas trop dans la défense à trois, c'est sa pérénité à long terme. Lorsque tu dois remplacer un joueur (retraite, blessure très longue durée) je pense qu'il est plus diificile de le faire dans une défense à trois:
- déjà mathématiquement tu changes un tiers de ta défense et plus un quart
- tu dois trouver un joueur qui connaisse bien ce système et même si tu l'as formé toi même, il aura forcément eu moins de roulement et donc de temps jeu (encore à cause des maths).
declaubianco Niveau : CFA2
Je crois que Conte a définitivement trouvé son schéma 3-5-3 :chiellini, bonnucci,barzagli,pirlo,vidal,pogba,marchisio, re-vidal,lichteiner,asamoah,vucinic !
cavibomba Niveau : DHR
"ici on parlera d'un 31e sacré" le début de l'article m'a fait plaisir!
Sinon plus sérieusement, bon article sur la Juve qui s'installe durablement dans top 8 européen comme à la grande époque.
L'adaptation tactique du Mister force l'admiration, il arrive vraiment à faire évoluer son équipe selon les blessures ou les événements en match.
La remarque dans les comm sur le remplacement d'un joueur dans une défense à trois est pertinente, quand Giorgione s'est blessé, Peluso ou Marrone ont eu des difficultés à s'intégrer dans le système, par exemple l'alignement de la défense contre la Samp, catastrophique. Certes c'était un des premiers matchs de Peluso mais les difficultés étaient bien réelles.
Pour finir, dire que la majorité des turinois sont pour le Toro est un doux euphémisme, carrément 80 % de la ville est granata !
Message posté par Flofred
3-4-1-1 + l'arbitre, ce qui nous fait 11, le compte est bon ;)

Blague à part, très bon article !


LOL, elle est un peu facile mais bien casée :)

Cette évolution tactique va encore perdurer l'année prochaine, je suis prêt à parier que Conte va également passer au 4-5-1 (avec Vidal ou Marchisio voire Giovinco derrière la pointe, ou repasser au 4-3-3, d'où l’intérêt de la Juve pour des ailiers comme Robben ou Sanchez (même si ce dernier peut également jouer second attaquant dans un 3-5-2).
Couplée au retour de Pepe, cette hyptothèse me fait penser que la Juve sera encore plus forte et surtout imprévisible pour l'adversaire, quelle équipe en Europe est capacble de boulverser son schéma de jeu pendant une rencontre ? Le seul problème est que cela pousse un des 3 centraux sur le banc (certainement Bonucci).
J'en ai Juste des Larmes aux Yeux.. quel article.

Et Oui, c'est le 31ème Sacre. Sans equivoque aucun.

Quoi que l'on dise, il est claire que Conte a la suite dans les idées. Mais pas toujours la suite des choix sur le banc. L'effectif de la Juve est autant pléthorique que Pauvre. Voir très pauvre. Les vraie solution sur banc actuellement se limite franchement à deux joueur. En Defense Caceres et en Milieu Pogba. En attaque, Qualliarella, c'est assez leger, Matri est mort, Anelka (~franchement... non), Bentner etc, bref que de la merde et Conte doit y reflechir.

Par contre le choix de Llorente m'agace...
Très bon article, et ça fait plaisir de compter jusqu'à 31.
Sinon Conte n'a rien d'un intégriste, il a toujours privilégié le fait de faire jouer les joueurs les plus talentueux et donc adapté son système en conséquence. Vidal pour le 4-3-3, plus de Pepe donc 3-5-2, Pogba donc 3-5-1-1. Sans oublier l'utilisation d'Asamoah couloir gauche, lui qui est milieu centre à la base. Sa vision est d'avoir le plus de talent(s) possible dans son onze, peut importe la tactique. Même raisonnement pour la défense en effet. Les trois larrons rendent aux mieux dans cette défense, il n'y a aucun doute, mais il est vraiment que les pièces de remplacement sont plus dures à trouver du coup! (d'accord avec @Vudan)

Et sinon parfaitement d'accord avec James Patt Hagël, Verratti ressemble à Scholes, énormément même, pas tant que ça à Pirlo.
Verratti proche de Scholes ?

Ouais à une énorme différence près, il marque jamais Verratti. Et les meilleurs marquent. Même Gattuso en mettait un de temps en temps.
Tu as raison bofbof, mais c'est surtout pour dire qu'il se rapproche plus d'un Scholes que d'un Pirlo dans l'entrejeu. Je ne comprend d'ailleurs pas la comparaison avec Pirlo, à part qu'ils sont italiens et milieux de terrain tous les deux.
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