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Un vent frais souffle en Italie

Une entrée en fanfare de la Roma, la Juve qui prend 3 points, presque tous les clubs qui gagnent en C3 et des scores de tennis en Serie A. Ça fait bien longtemps que le football italien n'avait pas eu de quoi entrevoir des jours heureux en Europe. Et si c'était enfin le début de la fin ?

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Ignashevich et Berezoutski ne sont pas connus pour leur vitesse de pointe. Ni pour leur vigueur. D'ailleurs, ils ne sont pas connus du tout. Mercredi, les deux défenseurs centraux du CSKA Moscou (67 ans à eux deux) ont passé leur soirée dans le rétro des deux bolides romains. Toujours dans le sillage, jamais à niveau. Trop bas pour jouer le hors-jeu, trop hauts compte tenu de leur capacité d'accélération. C'est donc le cul entre deux chaises qu'ils ont pu admirer Juan Manuel « Iturbo » , Speedy Gervinho et compagnie leur en mettre cinq. On attendait le retour de la Roma en C1, mais à ce point-là ? Pas vraiment. Car on sait tous d'où reviennent l'Italie et ses clubs : Calciopoli, trous financiers, exode des stars, Coupe du monde foireuse… Bref depuis l'Inter de Mourinho (2010), le football italien ne va pas plus loin que les Alpes. Et dans toutes les têtes, il est encore trop tôt pour que les équipes italiennes regagnent l'Europe. L'empire d'antan ne s'est pas fait en un jour.

L'odeur du neuf


Et pourtant, un vent frais souffle en Italie. On assiste par exemple à une cascade de buts lors des deux derniers matchs du Milan. 16 au total. Chose inimaginable depuis deux ans. Les deux Milan produisent même du beau jeu offensif. Et la Serie A offre de plus en plus de spectacle les week-end, bien emmenés par ses deux locomotives. La Juve s'est encore renforcée. Le nouvel arrivant Allegri n'a que peu modifié l'ADN de cette équipe. Il l'a juste endurci. Morata, Évra et Coman pour ne citer qu'eux, c'est rusé et bien placé. Cyril Théréau de l'Udinese sait de quoi il parle : « Ils n'ont pas changé grand-chose, mais j'ai le sentiment qu'ils n'ont jamais été aussi forts. On dit ça à chaque fois, mais là, ils m'ont semblé vraiment solides.  »

Idem pour la Roma. Elle a encore réussi à se réinventer. Vincent Laurini, petit Français d'Empoli, a croisé Totti et ses louveteaux le week-end dernier : « La Roma, c'est fort et c'est rapide. Iturbe et Gervinho, ils courent tout le temps. Et ils vont vite en plus. Ils attaquent constamment à 8. Il y a juste les deux centraux qui ne participent pas à l'attaque. C'est rare en Italie. » Ce qui est fort, c'est donc que la Roma sent encore le neuf, un an après le renouveau. Elle gagne, et avec la manière. Et si le championnat se joue désormais à deux, Naples n'est plus la seule à jouer le rôle d'arbitre. C'est ce qu'on appelle une émulation, un cercle vertueux. Mais voilà, c'est bien beau de fanfaronner dans son propre pays. Il faut maintenant confirmer hors de ses frontières : « Le vrai thermomètre pour tous les clubs italiens, ce sera l'Europe. » Et justement cette première journée européenne pour le foot italien est presque parfaite d'un point de vue comptable. Six clubs, cinq victoires et un nul. Cela faisait longtemps que l'on n'avait pas vu ça.

Des nouveaux profils


Et niveau spectacle, ce n'est pas mal non plus. La Roma a régalé, Naples et la Fiorentina ont joué le jeu et la Juve a maîtrisé son sujet. Mais bien sûr, il est encore un peu tôt pour tirer des conclusions. CSKA, Malmö et Guingamp, les tests sont peut-être erronnés. Il va donc falloir confirmer dans les journées à venir. C'est juste que la tendance initiée depuis au moins deux ans est en train de porter ses fruits. On arrête d'acheter des stars confirmées, on compte sur des joueurs en devenir et on prend des profils bien précis. Ce qui donne des équipes de plus en plus vives et prolifiques. Moins de pression et plus d'envie. Thomas Heurtaux joue aussi à l'Udinese : « Cette année encore, le recrutement a été intelligent à défaut d'être flambant. » Le transfert le plus cher de Serie A, c'est celui d'Iturbe à la Roma à 22 millions d'euros. Un pari facile plus qu'une star certifiée. Les investissements se font sur des jeunes et le reste, c'est Vincent Laurini qui l'explique : « De toute façon, ici, ils ne peuvent plus acheter de stars. Il n'y a pas de PSG ou de Manchester City. Les joueurs confirmés qui arrivent sont des fins de contrat ou des prêts. »


Cyril Théréau complète : « Il y a toujours l'aspect tactique dans les têtes, mais quand tu es sur le terrain, tu te rends compte qu'il y a de plus en plus de joueurs super rapides. Des joueurs plus libres. Ça n'existait pas ou peu avant. C'est un profil qui intéresse parce qu'il y a de plus en plus d'espace. Et plus il y a d'espace, plus on cherche des mecs qui peuvent s'en servir. Gervinho, Mertens ou Icardi par exemple, ce sont des fusées. Mais on ne s'intéressait pas à eux avant. Parce qu'aujourd'hui, les équipes ont envie d'attaquer plus. » Et du coup, ça profite à tout le monde. Des équipes comme Empoli par exemple. Les espaces créent encore plus d'espace. Vincent Laurini : « Nous, ça fait déjà 2 ans que notre entraîneur ne nous demande plus de garder un avantage, mais de l'aggraver. Quand on en marque, il veut tout de suite qu'on en mette 2 de plus. » Encore une fois, il est scientifiquement trop tôt pour établir un constat valide. Nous n'en sommes qu'au troisième tour de Serie A, et qu'à la première journée européenne. D'ailleurs, le football italien est encore descendu d'une marche quand Naples s'est confronté au mur basque. Mais voilà, il est encore temps de tenter des paris un peu fous. Ce n'est qu'une tendance, les cotes sont hasardeuses, l'Italie est perçu comme un cheval boîteux. Ignashevich et Berezoutski accréditeront cette thèse : il a beau boîter, le poulain peut aussi être sacrément véloce.

Par Ugo Bocchi
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