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Un homme, un stade : Louis Fonteneau

Souvent, derrière le nom d'un stade, se trouve celui d'un homme. Une figure éminente de la ville ou du club. Emmitouflé dans ses vestes à l’anglaise, Louis Fonteneau a guidé le FC Nantes au sommet du football français sans faire de bruit. Sous le chapeau, monsieur Louis, un homme du passé.

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Si Waldemar Kita quittait demain la présidence du FC Nantes, est-ce qu’un ancien joueur ou entraîneur du club viendrait le voir pour lui dire : « Monsieur Kita, vous resterez toujours mon président » ? C’est ce qu’a fait Henri Michel pour Louis Fonteneau lorsque celui-ci passa la main, en décembre 1986, après dix-sept ans de présidence.

Le bon monsieur Louis


Arrivé en Loire-Atlantique après la Seconde Guerre mondiale, Louis Fonteneau fait ses premiers pas au FC Nantes au milieu des années 50 et en devient rapidement le vice-président. Très proche des joueurs, il est leur confident, le médiateur idéal entre eux et la tête du club. Il a l’allure d’un bon père de famille et impose le respect par sa sagesse et son humanisme. « Louis Fonteneau est un homme d’hier, qui ne sort jamais sans sa cravate, son chapeau et son épouse, Marie-Jeanne. Il aime la mesure, les gens bien élevés et les discussions courtoises » , écrit dans Au nom du foot le publicitaire Jean-Claude Darmon, qui travaille pour le club à la fin des années 60.

C’est à cette période, justement, que Louis Fonteneau dépose ses vestes anglaises sur le fauteuil de président du FC Nantes, récupérant la place de son ancien boss, Jean Clerfeuille, critiqué pour sa gestion du club. Commence alors pour l’homme au chapeau un bail de dix-sept ans, pendant lequel le FC Nantes va imposer son style au football français, décrochant quatre titres de champion, une Coupe de France, et le cœur de nombreux amoureux du beau jeu.

Un président idéal ?


Sa présidence est à son image : sage mais pas lisse, rigoureuse mais humaine. Louis Fonteneau est de ces présidents qu’aiment les entraîneurs, car ils ne se prennent pas pour des entraîneurs. Pas d’ingérence dans le sportif, pas de saillies intempestives par voie de presse et, surtout, le pif pour mettre les bons hommes aux bons postes. Jean-Claude Suaudeau est d’abord propulsé à la tête des équipes de jeunes, puis de l’équipe fanion en 82, et Robert Budzynski est nommé directeur sportif, poste créé par Fonteneau lui-même.

Après quinze premières années idylliques, le règne de Louis Fonteneau connaît une fin plus difficile, marquée par la mort de deux jeunes joueurs du club, Seth Adonkor et Jean-Michel Labejof, dans un accident de la route lors de la saison 84-85. Âgé, il décide de quitter « son » club en décembre 1986, mais continue d’assister régulièrement aux matchs des Canaris depuis les tribunes. Il ferme les yeux à la lumière deux années plus tard, en janvier 1989.

La Beaujoire rebaptisée pour lui


Avant de partir, monsieur Louis a pris le soin de laisser une trace de sa présidence. Cette trace, c’est le stade de la Beaujoire, sorti de terre en grande partie grâce à lui. À coups de réunions dans les bureaux feutrés de Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée au début des années 80, le président nantais profite de la candidature de la France à l’Euro 84 pour obtenir l’aide financière nécessaire à la construction d’une nouvelle enceinte. Lors de l’inauguration de la Beaujoire en mai 1984, monsieur Louis est en tribunes. Il est là pour contempler son œuvre, dans une épaisse veste à l’anglaise.

À sa mort, le club a demandé, comme il l’avait fait pour le stade Malakoff après le décès de Marcel Saupin, fondateur du club, de changer le nom de son nouveau stade. Monsieur Louis était mort, la Beaujoire - Louis Fonteneau était née.

Comment aurait pu s’appeler le stade la Beaujoire - Louis Fonteneau :


  • Le stade Anne de Bretagne. La dame a tout de même légué son cœur à la ville à sa mort, ça mérite retour sur investissement.

  • Le stade Matmut Atlantique. On déconne, le naming a ses limites. Sérieusement, qui appellerait son stade comme ça ?

  • Le stade Waldemar Kita. Avec un agrandisseur de pénis et une teinture brune disposés sur chaque siège avant les matchs.

  • Le stade Jules Verne. Pour repousser les frontières de la science-fiction jusqu’à une qualification en Ligue des champions.

  • Le stade Éric Tabarly. Avec des buts sans poteaux, en revanche. #mauvaissouvenir



    Par Albert Marie
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    Dans cet article

    Ouf, heureusement qu'on a changé de stade, sinon on avait le droit au portrait d'un industriel qui a collaboré avec les nazis...
    1 réponse à ce commentaire.
    Plus ça va, plus je suis ravi de cette série d'articles. Merci !
    Breizhilien Niveau : Loisir
    "un homme d'hier qui ne sort jamais sans son chapeau, sa cravate et sa femme..."
    Une phrase d'hier également, lorsque la femme était accessoire.
    *"...et son épouse, Marie-Jeanne..." et non pas "sa femme".

    La nuance est importante, elle suggère bien autre chose. Un homme d'hier bien habillé qui ne sort qu'avec son épouse, je ne vois pas en cette dernière un accessoire, mais plutôt une complice, une égale, qui avait surement son mot à dire sur beaucoup de ce que faisait son mari.

    C'est ça pour moi, l'élégance humaine dont est habillé Monsieur Fonteneau dans cet article.
    Breizhilien Niveau : Loisir
    Effectivement il est bien écrit "...son épouse, Marie-Jeanne...". Mea culpa.
    Pour autant, le fait que ce soit dit dans la même proposition me laisse penser que l'auteur de cette phrase ne considère pas autrement (inconsciement probablement) l'épouse de M. Fonteneau qu'un accessoire, car un homme bien se devait d'être marié (tout comme comme une femme se devait d'être mariée).
    Ma critique porte sur la maladresse de l'auteur de la phrase et non sur M. Fonteneau (qui probablement avait beaucoup d'estime pour son épouse, je l'espère).
    Cette maladresse est symptomatique de l'époque où la femme était encore moins considérée que maintenant.
    Ce monsieur ne pensait pas à mal, mais il s'exprime mal, tel est mon humble avis
    2 réponses à ce commentaire.
    ThomasDandy Niveau : Ligue 2
    Amen.
    Très émouvant.
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