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Un homme, un stade : Alfred Kunze

Souvent, derrière le nom d'un stade se trouve celui d'un homme. À Leipzig, l'histoire mouvementée et souvent changeante du football a un refuge comme aucun autre : l'Alfred-Kunze-Sportpark. Ici, l'homme et le stade vont de pair. Car c'est là que l'entraîneur Alfred Kunze a écrit l'une des plus belles pages du football local, entre miracle sportif et pied de nez sublime au pouvoir est-allemand.

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Les heures de gloire du Chemie Leipzig semblent lointaines lorsqu'on se rend à un match des Vert et Blanc aujourd'hui. Depuis la chute du mur, le club est très loin de l'élite et des premiers rôles. Le stade conserve un charme désuet, mais paraît anachronique face aux enceintes de Bundesliga. Pourtant, un match d'Oberliga (équivalent de la D5) ou de Coupe régionale parvient encore à réunir fréquemment plus de 1000 supporters dans le stade – jusqu'à 5000 pour les plus belles affiches. Dans la mince tribune debout derrière les buts, les plus fiévreux entament quelques chants en l'honneur de la belle histoire du Chemie et agitent parfois un grand fanion blanc, au portrait cerclé de lauriers verts.


Sur ce drapeau, le vieil homme à la mine affable s'appelle Alfred Kunze, celui de la « légende de Leutzsch » de 1964. Dans cette tribune, dans tout le stade, la question de savoir qui est Alfred Kunze ne se pose pas. Tout bon supporter du Chemie se doit de détailler son curriculum vitae en un tour de main. Car Alfred Kunze est le meilleur entraîneur de l'histoire du BSG Chemie et un mythe que le temps n'effacera pas. Ce Sportpark était la seconde maison de la grande famille des Vert et Blanc, et d'Alfred Kunze. En toute logique, il porte donc le nom de cette figure inoubliable.

Football et politiques


Né à Leipzig en 1909, professeur à temps plein, Alfred Kunze se passionne pour le football avec une équipe d'un quartier de Leipzig à l'opposé de Leutzsch : le VfL Sudöst Leipzig. En 1933, Kunze connaît son premier point de friction avec le pouvoir. Son équipe est interdite par le régime nazi. Il poursuit toutefois sa petite carrière avec le Wacker Leipzig, aux côtés de son frère, et atteint même la Gauliga, le plus haut niveau dans les années 30. À vingt-neuf ans, sa carrière s'arrête à cause d'une fracture à la jambe. Le professeur Kunze devient entraîneur en 1940... et se fait rattraper par la guerre aussitôt. Nouvelle intervention de la géopolitique dans le parcours du technicien : c'est l'heure de la Wehrmacht, puis de la prison dans les geôles britanniques. Libéré en 1948, Kunze retourne chez lui à Leipzig dès que possible.

Ses talents d'entraîneur et ses écrits théoriques reconnus lui valent une place privilégiée dans l'école de sport de Leipzig, et même une place de sélectionneur pour deux matchs non officiels de la RDA au début des années 50. Malheureusement, la suite de sa carrière pâtit des querelles et des décisions d'un football est-allemand en plein chambardement. Au Vorwärts Leipzig (le club de l'armée), Kunze voit son équipe être téléportée en une nuit à Berlin pour sauver les meubles et diminuer la tension qui règne autour du club. Kunze passe alors au Chemie, dissous et renommé SC Lokomotive, puis entraîne une saison à Weimar. Il est remercié pour ses services et revient en 1958 à la case départ, à Leipzig, avec le SC Lok. Là, il signe des résultats intéressants, avec notamment une finale perdue en Coupe de RDA. En 1963, l'État revient cependant basculer tout l'écosystème et bouscule la vie et le destin d'Alfred Kunze.

Les restes


Pendant l'été 63, une super-équipe est composée à Leipzig avec le soutien des autorités, qui veulent favoriser l'émergence d'un club puissant dans la ville. Les équipes du Rotation Leipzig et du SC Lok sont fusionnées. Les meilleurs rejoignent donc ce nouveau club, nommé SC Leipzig (jusqu'en 1966, date à laquelle il prend le nom du 1. FC Leipzig). On y trouve notamment quelques internationaux de la RDA, dont Dieter Fischer et Henning Frenzel. Les autres sont contraints d'être inclus dans une nouvelle équipe, le Chemie Leipzig, le club de l'industrie chimique locale. Immédiatement, cette équipe prend le nom des « restes de Leipzig » , avec Alfred Kunze à sa tête. Le miracle est-il évident ? Le Lok prend une correction, le Chemie crée la surprise : une victoire 3-0, une moyenne de spectateurs (plus de 20 000) presque deux fois supérieure à celle du rival, et une première place conservée à la fin de la saison.


Le Chemie, l'équipe des restes, gagne au nez et à la barbe d'une RDA bien policée. Le onze de l'équipe championne est gravé dans une sculpture de bois, puis quelques années plus tard dans le béton aux abords du stade. Alfred Kunze devient symbole d'une rébellion douce, d'une manière de tenir tête au pouvoir. Ses joueurs de l'époque se souviennent particulièrement d'un meneur d'homme, d'un psychologue incroyable, avec l'appui de sa femme Hertha. Wolfgang Krause témoigne pour la plaquette du stade d'un entraîneur qui « savait quand il devait parler, et ce qu'il devait dire » , que ce soit de manière individuelle ou collective. Trois ans plus tard, le Chemie gagne même la Pokal (victoire 1-0 contre le Lok Stendal), avant de retrouver une place qui corresponde plus à ses faibles moyens par rapport à la concurrence et aux privilèges accordés. La réputation de Kunze n'est plus à faire et traverse le rideau de fer, même s'il n'aura jamais la chance d'aller prouver ses talents ailleurs.

L'AKS avant le reste


Assez tôt, dès 1967, Alfred Kunze se retire du poste d'entraîneur pour se consacrer pendant quelques années à des fonctions plus éloignées du terrain, au sein de la Fédération est-allemande, notamment dans le cadre de la préparation à la Coupe du monde 1974. Cela ne l'éloigne pas vraiment du club. Régulièrement, Alfred Kunze continue de se rendre au stade du Georg-Schwarz-Sportpark, du nom d'un résistant communiste au régime nazi. Uwe Loll, ancien speaker de l'enceinte, ne se souvient pas trop de cette époque. Un souvenir demeure : « Alfred Kunze était toujours transporté par un supporter de sa maison de retraite au stade, où il allait s'asseoir directement, en haut dans le club-house. De là, derrière la fenêtre, il regardait tous les matchs. » Alors que le nom de Georg Schwarz ne convient plus à grand monde et que la presse parle volontiers du « Sportpark Leutzsch » , un jeune supporter de dix-sept ans suggère un hommage à Alfred Kunze, lors d'une réunion publique avec le club. L'unanimité en faveur est franche, et directe. L'ancien entraîneur est en pleurs. Volker Hecht, président du FC Sachsen Leipzig, successeur officiel du Chemie après la réunification, officialise la chose rapidement avec un premier match inaugural six mois plus tard, le 27 mai 1992, devant 10 300 spectateurs.


Quatre ans après le nouveau nom de baptême de l'enceinte, Alfred Kunze s'éteint à l'âge de 86 ans. Le FC Sachsen glisse alors doucement vers la quatrième, puis la cinquième division, puis dépose le bilan. Peu importe le bazar qui envahit la ville et la bataille de succession : le « AKS » est devenu un lieu à part, où la tradition footballistique reste, où se réunit le quartier de Leipzig-Leutzsch week-end après week-end, où la famille des Vert et Blanc poursuit son chemin. À l'image de ce qui a été fait pour l'Union Berlin, les supporters mettent la main à la patte pour rénover progressivement les tribunes. Entre un match amical contre l'Eintracht Francfort et des initiatives ponctuelles de rénovation, avec cagnotte en ligne, tout est fait pour maintenir la mémoire d'Alfred Kunze et de sa maison. Pour qu'aujourd'hui encore, ce grand-père bienveillant permette de raconter une autre histoire du football, où les miracles et les titres sont possibles. Même à l'Est. Même pour le Chemie Leipzig.


Comment aurait pu s'appeler le stade de Leipzig :


  • Le stade Napoléon. Mais pour ça, fallait gagner la bataille des Nations, pas faire « match nul » .

  • Le stade Jean-Sebastien Bach, pour sortir des chants de cathédrale pendant les matchs.

  • Le stade du grillage, car en 1965, le stade des Chemiker est devenu le premier en RDA (et probablement dans toute l'Allemagne) avec une séparation renforcée entre les tribunes et le terrain. Ce qui n'est pas un hasard, évidemment.

  • Le stade « Fünf gegen Zwei » , du nom d'une boisson énergétique alternative, pour avoir un véritable pendant direct et franc à la grosse arène des voisins encombrants qui jouent en Bundesliga.

  • Le stade Manfred Walter, pour célébrer l'un des plus grands joueurs dans l'histoire du Chemie, international à seize reprises et membre de l'équipe médaillée de bronze aux JO de 1964.




    Par Côme Tessier
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