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Un évincement politique

Pas de doute possible. À la lecture de la presse britannique, Rafa Benitez faisait partie des meubles de la Premier League. Le temps d'une journée au moins, son départ aura évincé les news Coupe du Monde. Une page se tourne, comme si, à notre échelle, Pablo Correa avait rendu son tablier à Nancy.

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Le bilan sportif de Benitez sur les six dernières années n'est pas vilain : Champions League (2005), FA Cup (2006) et du Big Four sauf pour cette saison. Mais que cette dernière saison lui aura fait mal. Pour le Guardian, le départ de Rafa est avant tout une question politique. À son arrivée, les propriétaires de Liverpool lui avaient promis « un nouveau stade dans les soixante jours mais ont seulement creusé le trou dans lequel Benitez est aujourd'hui tombé » . La défiance entre Rafa et ses patrons est allée crescendo à partir de 2007 : la rumeur “inside the club” veut lui coller Klinsmann dans les pattes et les « désaccords avec le board d'un club sans le stade et les ressources de ses principaux rivaux de Premier League flottaient déjà à la surface » .

Bref, après trois années à la tête des Reds, le sable commençait déjà à se mouvoir sous les pieds de Benitez. Le Guardian rappelle d'ailleurs que l'entraîneur espagnol est coutumier de ces bisbilles “politiques” : « Il quitta Valence en raison d'interférences sportives du management et de restrictions budgétaires sur les transferts, avec cette célèbre citation : “Je demandais une table et ils m'achetaient un abat-jour”. Au Real Madrid, Rafa s'était aussi frité avec Valdano à propos du centre de formation.

De plus en plus isolé au sein du club, le Times explique tout de même que les torts ne sont pas les seuls fruits des propriétaires américains. Le quotidien anglais propose un parallèle avec la situation du rival Manchester United : « Il y a un fort contraste entre Sir Alex Ferguson et lui. Manchester et Liverpool ont été tous deux été attristés par leurs propriétaires qui ont mis ces clubs dans un risque financier énorme et non nécessaire, restreignant leur compétitivité sur le marché des transferts. Ferguson, malgré le courroux de beaucoup de supporters de United, est resté férocement loyal envers les Glazers, alors que Benitez a pris sur lui le leadership des protestations des supporters concernant Hicks et Gillett » .

Car, de l'aveu de tous les médias, le Times en tête, « comme Gérard Houllier, Rafa a terminé complètement paranoïaque » . D'indifférent à la presse ou aux critiques, il est devenu complètement obsédé par tout ce qui se disait sur lui, son équipe et son club : « Il avait cette obsession de croire que chaque nouvel arrivant au club n'était là que pour saper son autorité, ce qui, bien sûr, est devenu une prophétie auto-réalisatrice » . Le journaliste enfile malgré tout quelques gants sur son analyse en rappelant une phrase de Kurt Cobain, roi de la parano : « Le fait d'être simplement parano ne signifie pas qu'ils ne sont pas après toi » .

The Independent est sans doute le plus critique à l'égard de l'Espagnol, dont l'objectif initial était « doit-on le rappeler de remporter une Premier League » . Le journal en a eu clairement marre d'entendre les plaintes de Rafa sur la faible capacité à recruter : « Sur six ans, il a été capable d'investir la somme confortable de 250 millions de livres. La vérité, c'est que sa construction d'équipe a été désastreuse » . Personne ne crache sur les signatures de Torres ou Mascherano, qui ont atteint « une dimension mondiale avec Liverpool » pour ce même Independent. Mais quid de la gestion de Xabi Alonso ? Le point noir de l'ère Benitez pour le Sun : « Les tauliers du vestiaire avaient exhorté Alonso à venir une semaine de plus en stage, persuadés que le boss aurait dit combien il était désiré dans l'équipe. A la place, il y a eu un long silence, Madrid a acheté Xabi et le tout Liverpool est resté bouche bée par cette décision » .

Chaque journal s'est en effet pressé de dresser la liste des recrues-casseroles de Rafa : un Aquilani blessé pour remplacer la plaque tournante Alonso, Josemi, Pennant, Voronine, Mark Gonzalez, Morientes, etc...


Phil Thompson, dans le Telegraph, est plus terre à terre : « Je ne suis pas en train de dire que l'actionnaire a fait une bonne affaire en le laissant partir. Mais beaucoup de ses recrues n'ont pas eu l'influence escomptée et dans ce métier, vous vivez et vous mourez avec vos résultats et vos signatures de joueurs » .


Pour conclure, le Times pense au moins à remercier Rafa pour une chose : « Il y aura toujours Istanbul » , théâtre de la victoire complètement dingue de Liverpool contre le Milan AC, en finale de la Champions League 2005.

Par Ronan Boscher

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