Un désastre nommé Werder

Habitué à truster les premières places en Bundesliga, le Werder Brême se trouve actuellement à la limite de la relégation. Différents facteurs sont évoqués pour tenter d'expliquer cette chute pour le moins brutale.

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Werder-Bayern. Cette rencontre, qui a eu lieu le weekend passé (victoire 3-1 du Bayern au Weserstadion), aurait pu constituer une affiche alléchante entre le leader et son dauphin. Mais il n'en fut rien. Tandis que le Bayern se traîne pour retrouver une place décente en Bundesliga (comprendre: rien-en dessous de la deuxième place), le Werder, lui, lutte pour éviter la relégation. Oui, la relégation. D'ailleurs, la lecture du classement du championnat allemand après la 20ème journée est assez hallucinante: Hambourg est 7ème, Schalke est 11ème, Wolfsburg 13ème, le Werder 15ème et Stuttgart 17ème. Les cadors ne vont pas bien, mais, au fond, c'est le Werder qui est au plus mal.

La malchance n'explique pas tout...

Comment expliquer qu'un club qui joue régulièrement la Ligue des Champions en vient à se faire martyriser par tout ce qui bouge? Les raisons sont multiples, selon Marc Hagedorn, journaliste au Weser Kurier: « Déjà, au Werder, cette saison, il y a un problème de blessures. Un joueur important comme Naldo n'a pas joué un match encore. Claudio Pizarro a raté la moitié de la phase aller, et de nombreux joueurs ont été blessés pour deux-trois matchs, ce qui a obligé Thomas Schaaf à modifier son onze d'une journée à l'autre » . Et donc de trimballer une nouvelle recrue comme le Brésilien Wesley d'un poste à l'autre, pour dépanner.


Car c'est bien là l'autre affaire du Werder: les transferts. En ce qui concerne les blessures, on peut parler de malchance, ok. Mais cette année, il se trouve que le tandem formé par l'entraîneur Thomas Schaaf et son directeur sportif Klaus Allofs n'a pas vraiment eu le nez creux en matière de transactions. Les nouvelles recrues ont soit peu joué, sinon déçu. C'est le cas de Mickaël Silvestre. Arrivé à la hâte à la fin du mercato estival, le défenseur français a traîné ses 33 années comme un fardeau sur les pelouses outre-Rhin. A ce jour, il est le plus mauvais joueur de la Bundesliga, selon le système de notation de kicker.de. Quant aux autres transfuges, il faut se montrer patient, selon Hagedorn: «  Marko Arnautovic a fait quelques bons matchs, mais il n'est pas très constant; quand à Wesley, cela fait près de 10 semaines qu'il n'a pas joué. Attendons que les deux reviennent en forme avant de tirer des conclusions » .


Ça, c'est pour les arrivées. Quid des départs? Personne n'a vraiment compris pourquoi Hugo Almeida avait fait ses valises pour Besiktas, en décembre dernier. L'attaquant portugais aurait pu partir à la fin de son contrat, en juin prochain, mais le Werder a dû obéir à une certaine logique économique: le club ayant été prématurément éliminé des compétitions européennes, il y a un manque à gagner énorme pour la saison prochaine. Aussi vendre Almeida, même pour deux millions d'euros, c'est limiter la casse, d'un point de vue financier. Mais c'est un gros risque: en effet, il s'agissait du meilleur attaquant au club, cette saison.

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Mais plus que l'imbroglio Almeida, c'est l'après-Özil qui doit sans doute faire le plus mal à Schaaf. Depuis des années, il est habitué à avoir un créateur, un véritable meneur de jeu: Andreas Herzog, Johan Micoud, Diego, Mesut Özil... Et aujourd'hui? Rien. Ou presque. Marko Marin aurait dû être le successeur d'Özil. Mais Schaaf en a décidé autrement. Il a préféré déroger à sa propre règle, et confier l'animation offensive à deux joueurs: Marin, donc, et Aaron Hunt. Mal lui en a pris: avec 26 buts, le Werder possède la 13ème attaque de Bundesliga, à l'heure actuelle. Dur pour un club dont la marque de fabrique est « tout pour l'offensive » , et qui a fini à cinq reprises le championnat avec plus de 70 buts, sur les dix dernières saisons...


Quel avenir pour Schaaf?


Champion d'Allemagne 2004, vice-champion en 2006 et 2008. Vainqueur de la Coupe d'Allemagne en 2004 et 2009, finaliste en 2010. Voici tout ce qu'a accompli le Werder sous Thomas Schaaf lors de ces dix dernières années, justement. Le club pointant aujourd'hui à une piteuse 15ème place, on pourrait aisément comprendre les supporters qui aimeraient voir Schaaf partir, histoire de renouer avec le succès, auquel ils s'étaient habitués jadis. Alors, Schaaf sur le départ? Il n'en est rien. Klaus Allofs l'a d'ailleurs répété la semaine dernière: « Il n'y a pas de meilleur entraîneur que Thomas Schaaf pour le Werder, même dans cette situation » .

Une situation nouvelle pour Schaaf, en onze ans de présence au club. Heureusement pour lui, le Werder n'est pas un club comme les autres: « Le Werder est un club familial, et tout le monde va dans le même sens. Il n'y a pas vraiment d'opposition, comme cela peut être le cas à Hambourg, par exemple, où il y a de nombreuses personnes qui donnent leur avis dès que ça va mal. A Brême, ce n'est pas comme ça. Et même les fans, dans leur ensemble, sont très patients. Si un autre club se trouvait à la place du Werder aujourd'hui, les fans auraient déjà agi, ils auraient bloqué les bus, ou scandé la démission du coach, par exemple. Pas à Brême. Samedi encore, lors de la réception du Bayern, les supporters ont longuement applaudi leurs joueurs, ce qui peut paraître surprenant, vu de l'extérieur » , dixit Hagedorn.

En gros, si personne ne s'oppose à Schaaf, et par extension au duo Schaaf-Allofs, c'est parce que personne n'est rancunier: à Brême, tout le monde sait que les succès du club ont été rendus possibles par ces deux hommes-là. Le Werder ne jouera probablement pas de Coupe d'Europe l'an prochain, mais il reste suffisamment de temps à Thomas Schaaf pour redresser la tendance et redonner aux fans du 5-1, du 6-3, du 7-2 les soirs de match. A l'ancienne...

Ali Farhat

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