Un classico Canada Dry ?

Ce soir le Red Star va recevoir l’OM au Stade de France. Si l’enjeu sportif semble secondaire entre la grosse cylindrée de L1 et le vénérable club fondé par Jules Rimet, qui tente de survivre en National où il a débarqué cette saison par la grâce du couperet de la DNCG, en revanche la dimension symbolique, voire substitutive, reste forte, voire déterminante. Car vue des tribunes, la venue de Marseille en région parisienne ne se révèle jamais anodine, surtout quand, pour une raison ou une autre, les supporters du PSG sont privés de leur habituelle adrénaline du classico à domicile.

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Si le Red Star et l’OM se sont régulièrement croisés au cours des années 30 à 70, la dernière confrontation en Seine-Saint-Denis, en compétition régulière, remonte au 9 septembre 1994. L’OM avait été rétrogradé suite à l’affaire de Valenciennes, privant les fans du PSG de son (déjà) meilleur ennemi et de la plus belle affiche de la saison. Sauf que la région parisienne compte encore malgré tout un autre club pro : le Red Star qui reçoit dans son enceinte historique du Stade Bauer, au cœur de la ville de Saint-Ouen, dans un cadre très à l’anglaise au milieu d’un charmant paysage industriel de banlieue rouge ouvrière. Les audoniens évoluent en général devant un maigre public de fidèles et quelques supporters qui tentent de cristalliser une culture ultra (les éphémères partizans 93 puis les Perry Boys). Ils seront plus de 12 000 pour le choc. En effet les fans parisiens et marseillais se sont donnés rendez-vous en terre inconnue. L’occasion était trop belle. Surtout que les forces de l’ordre, d’autant plus en deuxième division, ne se sont pas encore mise au diapason de toutes les subtilités de la lutte anti-hooligans. Dehors donc, rapidement, on se tape comme dans un western devant l’œil incrédule des rares policiers en tenue qui n’osent intervenir et de civiles qui boivent leur calva-Pelforth au bar d’en face le talkie allumé sur le zinc au cas où… Le KOB a débarqué en force face à un public banlieusard alors massivement rallié à la cause bleue et blanche. Sur la petite esplanade, avec ses voitures mal garées, un ersatz de rocker fiftos en bombers tente d’arracher son écharpe à un rebeu bedonnant qui lui rend les coups pendant que tout le monde regarde le spectacle. Au coin des rues qui entourent le White Hart Lane français, les coups pleuvent et tout le monde file vers les guichets sans se retourner.

Les supporters parisiens enfonce le barrage et envahissent l’une des tribunes derrière les buts. Des fumigènes atterrissent sur le terrain. La tension est électrique. Un jeune kobiste porte un bob de l’Olympiakos que doit rencontrer Marseille en coupe d’Europe, tandis qu’un des principaux dirigeants de l’UNEF-SE (syndicat étudiant proche du PCF) porte fièrement son écharpe autour du cou au milieu de ses potes du Kop. Les Perry Boys, coincés entre les deux masses hostiles, peinent a exister et semble presqu’apeurés, plus habitués à la routine des rencontres contre Dunkerque. La victoire des locaux (2 à 1) se termine en apothéose avec un KOB chantant «  merci Red Star » … On aura au moins entendu cela. Est-ce ce souvenir ou bien surtout la peur de voir les supporters parisiens utiliser de nouveau la venue inattendue des phocéens dans le 9-3 pour rejouer le classico à leur manière, qui explique la vigilance extrême des forces de l’ordre et les nombreuses hypothèses successives avancée pour accueillir la rencontre de ce soir ? Les pouvoirs publics qui avaient interdit les déplacements « visiteurs » lors de deux rencontres de championnats entre l’OM et le PSG, se retrouvent donc de nouveau confrontés avec un casse-tête sécuritaire à gérer (et sûrement pas à cause des Red Star Fans). L’occasion aussi de mesurer grandeur nature le degré d’accalmie dans la capitale en matière de violence et de hooliganisme. Un test essentiel au moment où de timides contacts sont renoués entre les ex-abonnés et la direction du club. Avec en arrière pensée le transfert du PSG la saison prochaine à Saint-Denis, où la « méthode » des abonnements aléatoires risque de perdre sensiblement de sa pertinence dans la grande soucoupe qu’il faudra bien remplir au maximum pour éviter que l’ambiance sombre davantage dans le bruit de fond.

Par Nicolas Kssis-Martov
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biquette2012 Niveau : District
Enzo jte latte les coui_lles
Renard_Chenapan Niveau : DHR
cA résume bien l'ambiance électrique de ce soir là.. J'avais 13 ans, souvenirs de ouf! Allez le Red!
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