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Un Barça sans partage

Barcelone a écrasé Almeria 5-0. Le match était plié dès la dixième minute. Mes que un massacre.

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Pinto. Abidal. Pique. Adriano. Maxwell. Mascherano. Xavi. Iniesta. Messi. Pedro. Villa. Hormis Dani Alves (mes que un latéral droit, un ailier) et Busquets (peut-être le joueur le plus important du dispositif Barça, c'est dire), c'est l'équipe-type pour le Mes. Aussi, Almeria craint le pire. Le 20 novembre dernier, ils en avaient quand même pris huit. Aujourd'hui, ils espèrent accrocher leur adversaire.


Bon. Dixième minute de jeu, un but de Messi puis un de Villa dans la foulée, le match est déjà terminé ; le récital du Barça peut commencer. Récital, c'est le mot. Les déplacements sont justes, les passes précises, les contrôles réussis, les trajectoires parfaites. Pendant ce temps, Almeria joue avec M'Bami meneur de jeu. Le Barça est serein et récite ses gammes. Un truc comparable au dernier Kanye West noté 10 sur 10 sur Pitchfork, un truc qui régale les experts comme les profanes et qui agace la masse qui navigue entre les deux. Sur les traces de Michael Jackson, Kanye sample King Crimson, Aphex Twin, Gil-Scott Heron ou encore les Byrds. L'équipe de Guardiola reprend elle aussi les meilleurs avec des samples de guitare de Cruyff, des percus façon Squadra Azzurra et un flow de toque argentin. Dans une longue interview donnée à L'Equipe, Xavi parlait de musique, toc toc toc, du bruit de la balle, tac tac tac, entre lui et les autres membres du groupe. Et bien c'est ça. C'est exactement ça et ce n'est rien d'autre que ça. Quiconque a joué au foot connaît ce bruit que prend la balle quand trois passes s'enchaînent comme il faut. Voilà, le Barça ne se regarde pas jouer, il s'écoute.


Une troisième fois, le bruit des filets : nous jouons la quinzième minute, Lionel Messi a déjà mis un doublé. Almeria, pas si faible que l'on pourrait le croire, en a pris trois en quinze minutes, déjà, mais ils n'ont surtout pas touché la balle plus de trois secondes. Dès qu'ils la gagnent, le Barça monte au pressing la leur reprendre ou forcer une mauvaise passe pour mieux repousser la chansonnette et l'adversaire dans ses vingt-cinq derniers mètres. Circulation, conservation, élimination. Il n'y a pas grand chose à dire sur le match, qui n'en a jamais été un. Le Barça peut marquer sur chaque action ; Almeria n'en a aucune. Vingt-cinquième minute, Iniesta remonte la balle, accélère sur une quinzaine de mètres, trouve Pedro placé à l'extérieur, à droite, entre la ligne de touche et le défenseur, qui vient de se prendre un crochet, Pedro est déjà en position de frappe. C'est à côté, mais à peine cinq minutes plus tard, Pedro vient couper un coup-franc de Xavi pour placer une tête gagnante. Ce qui nous fait donc quatre, à la demi-heure de jeu. Mais l'important ici n'est pas le score, c'est la manière. Car c'est cette manière qui amène le score. Et cette manière que la Barça va pouvoir peaufiner à loisir pendant la seconde mi-temps.


La domination est totale, la balle est catalane. Toujours. Sans arrêt, sans accroc, sans pertes de balle. Ce match, qui a baissé en intensité, n'est sans doute pas le plus accompli de la part des joueurs de Guardiola (et c'est peut-être ça le pire), mais constitue une nouvelle démonstration de leur savoir-faire. La partition est maîtrisée à la perfection, c'est on ne peut plus fluide. Et ça paraît simple, si simple. D'ailleurs, c'est simple et c'est justement cette simplicité qui en fait toute l'efficacité. Comme pour ces tubes aussi imparables que précis. Derrière la perfection pop, une formule qui marche proche de la science exacte. Si en apparence, ça chantonne, derrière, c'est formaté et pré-défini. L'usine derrière les paillettes et des années à turbiner encore et encore, et à l'application d'une vision unique. Pressing haut, jeu court, au plus proche et cette putain de volonté de toujours avoir la balle.

Cette façon dogmatique de jouer, ce déroulement systématique de la méthode, c'est ce que leurs détracteurs (de plus en plus nombreux et forcément de plus en plus crispés) leur reprochent. De jouer tout le temps pareil, et pire, de gagner. Comme on reproche à un groupe devenu pop d'avoir été récupéré par le mainstream et de vendre plein de disques. En attendant, si cette méthode permet de tirer autant d'Eric Abidal (encore une fois très bon en défense centrale, en tout cas bien meilleur qu'en Coupe du Monde...), force est de constater qu'elle marche. Entré en jeu, Seydou Keita collera d'ailleurs le cinquième à trois minutes de la fin.

Cette méthode marche tellement que le seul reproche qu'on puisse aujourd'hui formuler à l'encontre de ce FC Barcelone est un comble : il domine trop ses rencontres. Au point qu'il ne s'agisse plus de matchs, mais de représentations d'une équipe sans égal, opposition, ni partage. De massacres. Mieux que le foot total de la Hollande de Cruyff, ce Barça a inventé le foot totalitaire.

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