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Un ami allemand

En forme avec le Bayern Munich depuis son retour de blessure, Franck Ribéry a marqué le coup en s'offrant une belle sortie médiatique. Mais en laissant la porte ouverte à une éventuelle naturalisation allemande, Franck Ribéry a réveillé ses détracteurs. Alors qu'il ne recherche probablement qu'un peu d'amour.

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« Citoyen allemand ? Pourquoi pas ! Je me sens bien ici. On a acheté une belle maison, on vit à l'allemande. Mon fils Salif est né en Allemagne. Peut-être qu'il portera le maillot allemand un jour ! » Pour une fois, ça ne ressemble pas à une blague. En confirmant au quotidien Bild qu'il n'excluait pas la possibilité de prendre la nationalité allemande, Franck Ribéry a déclenché une mini-polémique. Pour le plus grand bonheur de ses détracteurs. Ceux-ci lui reprocheraient ici et là de cracher un gros glaire dans le velouté, sur le pays qui l'a formé, qui lui a « tout  » donné, qui l'a sorti de Boulogne-sur-mer et de son aquarium Nausicaa pour faire de lui le joueur de stature internationale qu'il est aujourd'hui, de ne pas accepter la critique, de se formaliser pour un rien, etc. Encore un peu, et on lui ferait le procès du « bon et du mauvais Français » .

Ni une gueule d'ange ni un caïd


Pourtant, faut-il vraiment voir dans les mots de Franck Ribéry une déclaration de guerre à la France ? Non. Ribéry cultive peut-être désormais une certaine méfiance envers la France, voire une certaine paranoïa – selon l'enquête de L'Équipe Mag, il aurait carrément du mal à remettre les pieds dans le pays et refuserait depuis quelques mois toute demande médiatique portant la mention « .fr  » –, mais il n'a jamais dénigré la France. Jusqu'à l'annonce de sa retraite internationale, il n'a jamais exprimé aucune réticence à jouer pour les Bleus et s'est toujours montré enthousiaste à l'idée de représenter son pays. Aujourd'hui, il prévoit même un « Euro extraordinaire » pour cette équipe de France. Encore heureux, c'est vrai, mais c'est toujours bon de le rappeler. D'autant plus qu'il s'est montré plutôt efficace sur le terrain lors des qualifications pour le Mondial 2014, comme il l'a rappelé dans ses dernières interviews.

Mais voilà, l'ancien joueur de Metz et de l'OM l'a senti : quelque chose s'est cassé entre lui et le public ces dernières années. Et ne s'est jamais réparé. Quelque chose de l'ordre du ressenti, et donc de difficilement quantifiable par des enquêtes d'opinion : ce n'est pas tant Franck Ribéry qui n'aime plus la France que la France qui n'aime plus Franck Ribéry. En déclarant sa flamme pour l'Allemagne, l'attaquant du Bayer Munich demande peut-être tout simplement à ce qu'on l'oublie un peu. Qu'on ne vienne pas le déranger dans sa retraite internationale (techniquement, Didier Deschamps peut toujours le convoquer, ndlr), qu'on le lâche avec ses fautes de français, ses expressions déformées, cette saloperie de bus de Knysna et qu'on arrête de lui rabattre les oreilles avec l'affaire Zahia, de lui prêter l'image d'un caïd qui terrorise la gueule d'ange de Gourcuff ou de lui rappeler sa conversion…

De Ch'ti Franck à Kaiser Franck


Ribéry s'est sans doute lassé, s'est peut-être même un peu monté la tête au point de prendre son pays en grippe, mais le constat est là : la France et Ti'Franck ne se comprennent plus comme avant. Le Boulonnais aurait aimé plus de chaleur du staff technique, des observateurs et des supporters après sa blessure au dos qui l'a privé de Coupe du monde au Brésil. Il aurait aussi aimé sentir un soutien populaire plus large dans sa quête du Ballon d'or 2013, il aimerait sans doute qu'on l'encense comme un Thierry Henry, un Karim Benzema ou un Antoine Griezmann plutôt qu'on le rejette comme un Jérémy Ménez, un Yann M'Vila, un Hatem Ben Arfa ou un Samir Nasri. Au fond, Franck Ribéry en attendait sans doute un peu trop du public français, versatile et épidermique s'il en est, qui n'a pas réussi à lui pardonner comme il a pardonné à d'autres. Dans le même temps, en Bavière, il a trouvé un peu de tout ça : de la reconnaissance, de la considération, du soutien – celui du public, de ses coéquipiers, de ses dirigeants – et un pays où il se sent bien. Où sa famille se sent bien. Où l'on rigole de ses conneries plutôt que de se moquer de ses erreurs. Où on l'a soutenu quand, en France, on l'enfonçait. Où il est devenu, un temps, prétendant au titre de meilleur joueur du monde avec Messi et Cristiano Ronaldo. Un pays qui l'aime et qu'il aime, en somme. Au point de prendre une double nationalité, franco-allemande. Pas une déclaration de guerre à la France, donc. Plutôt un beau signe d'amitié envers l'Allemagne.


Par Pierre Maturana
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