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Turquie, le nouvel eldorado

Wesley Sneijder, Didier Drogba. Cet hiver, grâce à Galatasaray, la Turquie est passée à la vitesse supérieure. S’ils ont de quoi surprendre à première vue, ces transferts vers la Süper Lig ont une logique, tant d’un point de vue sportif qu’économique. Parce que la Turquie est une destination tendance. Explications.

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Entaché d’un scandale de paris sportifs au terme de la saison 2010/2011, le football turc renaît de ses cendres. Mieux, il devient sacrément attractif pour les stars étrangères. Jusque-là réservé, semble-t-il, aux vétérans à la recherche d’un dernier défi ou aux grands espoirs en quête de rachat, on observe récemment une certaine mutation. Les arrivées de bons joueurs, à la fleur de l’âge, comme Muslera, Meireles, Sow, Krasić et donc, dernièrement, Sneijder, sont autant de preuves d’un changement. Pourquoi cette subite attractivité ? Pour les stades blindés, l’ambiance de dingue, la culture foot et les meilleurs kebabs du monde ? Peut-être. Parce que le championnat, contrairement à ce que l’on peut penser, est relativement homogène et en nette progression ? Peut-être aussi. Mais parce que l’économie turque affiche une croissance rare et un taux d’imposition avantageux, c’est évident.

Marché fleurissant et gros salaires

Un peu d’économie ne fera pas de mal, pour expliquer pourquoi la Turquie parvient à convaincre des joueurs de renom. La Turquie, c’est l’Europe du football, mais pas l’Europe tout court. La crise ? Quelle crise ? Le pays affiche une croissance tout simplement dingue depuis quelques années. 8,9% en 2010, 8,5% en 2011. En 2012, elle est en net déclin, avec « seulement » 3%. À titre de comparaison, la France, elle, affiche sur ces trois années des chiffres de 1,5, 1,7 et pour 2012… 0,3%. Une tendance morose se situant à peu près dans la moyenne européenne. Alors autant dire que la Turquie, si elle commence tout juste à payer son étroite collaboration avec les pays européens, est bien loin d’être durement touchée par cette fameuse crise qu’elle s’est coltinée au début des années 2000. Quelle incidence sur le football ? C’est simple, les Turcs consomment plus de football (télé, merchandising, billetterie), et les clubs peuvent ainsi profiter d’offres plus juteuses de la part de leurs sponsors. Et des distributeurs : pour parler des droits TV, ils sont passés de 160 à près de 250 millions d’euros après négociations en 2011. De grosses sommes qui profitent essentiellement aux grands clubs stambouliotes – présidés par des hommes fortunés, s’il faut le préciser – qui peuvent donc se permettre de réinvestir cet argent sur le marché. CQFD.

Mais le meilleur est encore ailleurs. Il se trouve dans la fiscalité. Là où les clubs sont exempts d’impôts, ils peuvent également sortir, au moment d’une négociation avec un joueur étranger, un argument plutôt tentant : un taux d’imposition imbattable. En Turquie, et ce depuis 2003, les footballeurs profitent d’un rabais fiscal et ne sont imposables qu’à 15% de leurs revenus annuels. Toujours à titre de comparaison, la France est à 46% (pour l’instant), l’Angleterre à 50. Voilà qui devrait expliquer pourquoi Didier Drogba a préféré Galatasaray à l’OM. Ou pourquoi, du côté de la Turquie, on peut se permettre de balancer des rumeurs du style « Maradona coach de Bursaspor ? » (véridique), sans que cela ne choque personne. Pour Camille Landais, économiste et auteur d’une étude – en compagnie de ses homologues Emmanuel Saez et Henrik Kleven – intitulée Taxation and International Migration of Superstars : Evidence from the European Football Market, si cette fiscalité explique les gros transferts du milieu des années 2000 (Alex, Anelka, Lincoln ou Elano sont passés par là), « elle n’est pas un outil suffisant pour transformer dans l’immédiat la Ligue turque en Liga espagnole. En revanche, sur le long terme, le fait d’attirer plus de joueurs étrangers change la donne : la Ligue turque a désormais de meilleures performances que ses anciens concurrents immédiats, les championnats dits "mineurs" comme la Grèce ou la Suède. Elle touche plus d’argent des droits de diffusion en générant de l’intérêt à l’étranger. Cela renforce le potentiel de la Süper Lig, qui, bénéficiant toujours de sa fiscalité très clémente, peut attirer au fur et à mesure des étrangers de meilleure qualité. » En effet, là où neuf joueurs étrangers foulaient les pelouses de Süper Lig en 2002/2003, ils sont aujourd'hui près de 200. Quand on sait que les résultats de son étude ont démontré que les pays dotés de taux d'imposition bas ont connu une amélioration des résultats de leurs clubs, tout en attirant de nouveaux joueurs, on peut donc prédire un bel avenir à la Süper Lig.

Un challenge sportif pas inintéressant

Parce que sportivement, la Turquie, ce n’est pas dégueu non plus. L’argument de base est forcément lié à l’environnement : des stades blindés, des ambiances folles à toutes les rencontres notamment, et surtout pour les géants stambouliotes que sont Beşiktaş, Fenerbahçe et Galatasaray – trois clubs qui rassemblent pas loin de 20 millions de fans, rien que sur Facebook. Et puis, il y a aussi la qualité du championnat à proprement parler. Une Süper Lig qui, contrairement aux idées reçues, ne se limite pas, justement, aux plus grands clubs stambouliotes. Ces deux-trois dernières années, plusieurs formations viennent constamment jouer les trouble-fête en haut de tableau : l’historique Trabzonspor, mais aussi Bursaspor ou cette saison des clubs comme Kasımpaşa ou l’Antalyaspor (qui trustait le leadership en championnat il y a encore un mois). Bref, finie l’hégémonie, place à l’homogénéité. La Süper Lig progresse, les clubs s’arment de mieux en mieux. Et ces clubs-là ont également la possibilité de disputer les championnats européens.

En voilà un autre, d’argument, pour qui réfléchit à une opportunité footballistique en Turquie. Faire une belle opération salariale sans abandonner son ambition, voilà le choix de Wesley Sneijder et de tant d’autres. Et si on devait résumer ça en une phrase, on pourrait dire que la Turquie possède l’attractivité sportive d’un championnat d’Europe de l’Ouest, et l’attractivité économique d’un championnat du Moyen-Orient. Parce que la Turquie, alors que beaucoup se posent la question, est exactement entre les deux. À la fois proche et lointaine. Avec de pareils avantages en tout cas, il ne faut plus s’étonner de la venue de stars sur le Bosphore. La Turquie est simplement une destination prisée des footballeurs.

Par Alexandre Pauwels
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Dans cet article

rhha où l'on a besoin d'un article pour expliquer que la turquie a une dynamique éco et une passion pour ce sport que la france n'aura jamais.
et on est sur so foot...si c'était le 10 sport, faudrait penser à sortir une encyclopédie.
Pascal Pierre Niveau : Loisir
Bizarre, quand les gros clubs français se font concurrencer par les modestes, on dit que la Ligue 1 s'affaiblit.
Quand ça arrive chez Ataturk Land, on trouve que la Süper Lig se renforce...
Belhanda va pas au fener du coup, je crois qu'aucun francais/joueur de L1 n'est parti en turquie lors de ce mercato.
Ça pique quand même un peu de voir le Ballon d'Or 2010 signer là-bas à 28 ans.
Paname City Niveau : Loisir
La " sur-passion " c'est un truc de pauvres
J'oubliais de dire aussi que les stars sont seulement à galatasaray et au fener, et que depuis 2000 10 des 12 champions ont été gagné par un de ces 2 la. Donc l'année prochaine quand monaco sera en L1 on aura donc un bon championnat ?
ça pique rien du tout, ils sont en 8ème de la CL et ont de grandes chances de passer, très bon choix de sneijder
Le taux d'imposition bas attire des joueurs étrangers et augmente le niveau des clubs, logique. Mais qu'en est-il des risques que cela peut avoir sur le niveau des footballeurs turcs et de l'équipe nationale ? Cela ne risque pas de faire comme l'Angleterre ?
Message posté par Bergkamp81
Ça pique quand même un peu de voir le Ballon d'Or 2010 signer là-bas à 28 ans.


Ah, Messi a signé en Turquie?
La participation des clubs turques à la Champions' reste aussi un argument indéniable pour faire venir les joueurs
Personne pour vanter les mérites de la ville ? Istanbul est une ville magnifique, métissée et culturelle.

Sportivement, il y a la LDC, le championnat et une énorme ferveur des supporters.

Bref, il n'y a que ceux qui ont des a-prioris qui pensent qu'on va "s'enterrer" parce qu'on part à Istanbul (à Galatasaray, au Fener ou à Besiktas).
DIMITRI-SUR-LE-DON-S04 Niveau : Ligue des champions
Je ne suis vraiment pas convaincu par ce genre de recrutement, ca reste simplement avantageux pour des joueurs qui déclinent, dans vos noms cités, hormis sow -qui faisait une moins bonne saison avec le LOSC quand il est parti- on ne peut pas dire que les autres aient été acheté alors qu'ils étaient en pleine bourre. Sneijder est fantomatique depuis sa séparation d'avec Mourinho, Krasic a flambé dans un championnat moyen, il s'est planté en Serie A, Muslera c'est rien d'exceptionnel, Meireles a été poussé vers la sortie en fin de Mercato, Drogba est vieux et arrive de Chine, même si il a évidemment de beaux restes. Mais en règles générale, c'est joueurs ont rallié la Turquie parce qu'elle leur permettait de garder le même train de vie et la même paie, là où des clubs hautement compétitifs mais en délicatesse avec leurs finances ne leur proposait que la moitié de ce qu'ils touchaient. Et encore, cet exemple vaut surtout pour snijder, parce que les autres, pas sur que des cadors aient été intéressé.

Donc, ok, la Turquie jouit d'une croissance économique qui pousse les clubs à lacher du bif, mais bon, pour moi ils devraient clairement se concentrer sur la formation, parce que pour l'instant en Turquie, c'est proche du néant, niveau jeunes talents qui sortent du pays, et puis parce que la croissance ne sera pas toujours aussi forte qu’actuellement. Le seul réel moyen de rester compétitif et financièrement sain, c'est encore de former ses propres joueurs.

Et je ne suis pas franchement convaincu que Galatasaray passera les doigts dans le nez en LDC, comme beaucoup le pensent ici en tirant des conclusions hâtives basées sur le recrutement bling bling de Cimbom. Mais en tout cas ca devrait être une beelle confrontation, la Ruhr compte presque autant de supporters du Gala que Istanbul. Je me souviens d'une année où Galatasaray et Besiktas n'avaient pas pu jouer un match de coupe d'Europe chez eux suite à des menaces d'attentats, Galatasaray avait joué au Westfalenstadion, Beiktas à la Veltins Arena, deus stades plus grands que leurs propres stades à l'époque, c'était stade comble.
Juste un rappel pour ceux qui s'inquiètent sur la formation , dans le championnat Turc le nombre de joueur étranger sur la feuille de match est limité à 8 et sur le terrain à 6 , en plus de ça les catégories de jeunes de l'équipe nationale turcs n'ont pas des résultats dégueu même si je concède qu'il y'ai quand même des lacunes.

Ensuite pour le reste , il faut pas se leurrer le championnat turc c'est pas le championnat espagnol ou italien mais au moins ça permet aux joueurs de jouer dans des stades pleins avec une bonne ambiance et dans un pays qui aime ses footballeurs et les considères plus que des simples mecs bourré de frique
Dendecuba Niveau : CFA
Superbe article sur une vraie terre de football. C'est pas d'aujourd'hui, la Turquie applique depuis le début des 2000'le cercle vertueux du football.

Côté économique: Des stades pleins, grosse billetterie, gros merchandising (un club comme le Galata est capable de vendre 200 000 maillot par an) et des droits TV est très forte augmentation. Les 3 gros clubs stambouliotes se partage 40% de l'ensemble des droits de la Super Ligue, soit plus que le top 5 français.

Côté politique: Fiscalité très arrangeante. A titre de comparaison, un salaire de 2,5 millions par an couterait 3,7 millions en Turquie contre 5 millions en France. A côté de ça, une opinion publique attachée à la place du football dans la société. On imagine difficilement le cas en France où on aurait une levée de bouclier contre "ces cadeaux faits aux riches"

Côté Sportifs: Jouer la LDC chaque année, l'Europa Ligue et des derbys explosifs dans une ville historique.

Si on aime le foot, on aime la Turquie ;)
Kelevra-Toledano-69 Niveau : District
un kofte algerienne stp chef , les frites a part et un schweppes agrumes .
DIMITRI-SUR-LE-DON-S04 Niveau : Ligue des champions
Y aussi la variante Ognons cuits-tropico
DIMITRI-SUR-LE-DON-S04, je suis pas tout a fait d'accord avec toi. Certes ces joueurs ne sont pas le creme de la creme européene, mais quand meme: Meireles c'est pas n'importe qui et je pense que beaucoup de club souhaiteraient l'avoir. En ce qui concerne Sneijder, je suis plutot d'accord, mais c'est un grand joueur avec de l'experience qui peut vraiment retrouver toutes ses qualités la bas! Enfin je pense que tu n'as jamais vu jouer Muslera parce que ce gardien est juste incroyable, il est sous coté en Europe et c'est dommage. Mais ne dis pas qu'il a rien d'exceptionnel parce que quand tu vois son niveau très peu de gardien en Europe peuvent se vanter d'être au dessus de lui.

Et puis ces joueurs ont une vraie expérience internationale et je pense que pour encadrer des joueurs,qui, ont peu d'expérience au plus haut niveau, ca reste de très bon choix.

Tout a fait d'accord avec toi pour la qualif de Galatasaray, c'est très loin d'être fait, d'autant plus que Sneijder vient d'arriver et pour le faire jouer, le systeme de l'equipe va devoir etre modifier, ce qui risque de créer des problemes. Et Drogba qui (si je me trompe pas) sera a peine de retour de la CAN pour le match aller, sera juste lessivé
Salute a tutti.
Article intéressant, non?
MAis vos post le sont tout autant...
PAssion + moyens + expo média...

Mais bon... J'aurais préféré voir Drogba à Marseille, payé 100 000 /semaine, et qui reverse tout ce pognon à des assoc qui développent la Côte d'Ivoire...
Ouais je sais, je rêve...
Pourtant, David B. au PSG...
Vincent Chase Niveau : DHR
On peut aussi noter que l'équipe nationale Turque c'est une demie-finale de Coupe du Monde en 2002 et une demie-finale d'Euro en 2008 !
Il faut remonter à 1996 pour voir la perfide Albion en demie-finale de l'Euro et 1990 pour une demie-finale de Coupe du Monde...
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