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Tulio Tanaka, du saké dans la Caipiroska

Taulier de la défense nippone, Tulio Tanaka est devenu l'une des attractions du Mondial après avoir émietté le cubitus de Didier Drogba. Vénal, dur sur l'homme, grande gueule, c'est le genre de joueur qu'on adore détester.

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“Tulio Tanaka a appris à jouer au football avec Chuck Norris”, “Tulio Tanaka ne s'entraîne pas en marquant des attaquants, il s'entraîne en marquant des ours de Sibérie” ou plus philosophique : “L'amour ne te provoque pas de douleurs au coude. La douleur au coude, c'est seulement Tulio Tanaka”. Voici quelques-uns des messages piochés sur les sites de microblogging brésiliens. Début juin, twitter est en surchauffe depuis la rumeur d'un probable forfait de Drogba. Tout ça grâce à un coup de genou bien senti de Tulio Tanaka en match de préparation. Aujourd'hui, Drogba tient son rang et arbore une attelle. De son côté, Tulio soigne sa popularité naissante en Afrique du sud et balade un nouveau surnom que lui a dégoté La Gazzetta dello Sport : Samurai Tanaka.



Tulio Tanaka c'est d'abord un mélange : 50% brésilien, 25% japonais et 25% italien. Trois continents qui bouillonnent dans le sang grâce à ses parents et des passeports en pagaille au fond de la poche façon barbouze. Il aurait pu être la teigne de l'Italie mais il y avait Materazzi, le gredin de la Seleçao mais Felipe Melo était là alors il s'est rabattu sur la sélection japonaise à la suite d'une naturalisation en 2003. Il devient ainsi le quatrième “Brésilien” à défendre les couleurs des Samouraïs Bleus après Ruy Ramos, Wagner Lopes et Alessandro dos Santos.



Né à Sao Paulo, Tanaka bouge au Pays du Soleil Levant pour y achever ses études. Plus manga que samba, le Sanfrecce Hiroshima lui offre son premier contrat. Le défenseur central y fait ses gammes sans que son talent explose. Il part donc s'aguerrir une année en seconde division au Mito HollyHock, un club réputé pour jouer un catenaccio wasabi : le Mito-nachio ! Par le biais de ce système tactique, il renoue avec ses origines transalpines et intègre la rigueur défensive. Fraîchement naturalisé, il défend une première fois les couleurs du Japon aux JO d'Athènes sans se sentir encore pleinement assimilé. C'est en sentant approcher la Coupe du Monde qu'une conscience patriotique un brin opportuniste s'éveille en lui : « Je sens de l'électricité qui court dans mes veines. Je me suis réellement converti en japonais (...) Je suis très fier d'être japonais aujourd'hui, je dois beaucoup à ce peuple » , déclare-t-il des trémolos plein la voix et la main sur le cœur.



Le bougre cherche à convaincre Takeshi Okada, le sélectionneur. Des appels du pied répétés qu'il accompagne d'un palmarès enviable en Orient entièrement taillé au Urawa Red Diamonds. Élu joueur de l'année 2006 et membre indéboulonnable de l'équipe type de J-League, il garnit sa cheminée d'un titre de champion, deux coupes nationales et d'une Ligue des Champions asiatique. Physique, excellent de la tête, bon relanceur et vicieux quand il le faut, voilà autant de qualités qui lui ouvrent les portes de l'Europe. Mais plutôt que de se cramer les ailes à Twente, il préfère thésauriser les yens à Nagoya Grampus. Sélectionné par Okada pour 2010, Tanaka ignore la reconnaissance du ventre et n'hésite pas à tailler son sélectionneur déjà tancé par les médias : « Si on joue comme l'entraîneur nous l'a demandé, nous aurons du mal à briller. Le football n'est amusant que parce que chaque joueur a ses propres convictions. Je serai prêt à attaquer si j'en ai l'opportunité » . Par cette simple déclaration, Tanaka avoue ne pas avoir définitivement liquidé Tulio. Il y a encore ce côté auriverde en lui, cette envie d'apporter le surnombre même s'il est défenseur, d'offrir un peu de joga bonito bien que la technique soit plus incertaine. Et puis, il pourra toujours miser sur le boucan des vuvuzelas pour mal interpréter les consignes de l'entraîneur...



Auteur d'une prestation solide contre le Cameroun, la préparation de Tanaka n'a pourtant pas été tranquille : deux buts contre-son-camp et le cubitus de Drogba autour du cou en guise de trophée. « Mon geste n'était pas intentionnel, je tentais d'avoir le ballon en premier. Je ne comprends pas toute cette agitation autour de moi » , souffle l'intéressé. La machine médiatique s'emballe. Les supporters brésiliens redécouvrent l'un des leurs, lui créent un faux profil sur le site de réseautage Orkut et les journalistes cuisinent son père : « Mon fils est très préoccupé, c'est une personne très pieuse » , bégaye-t-il à la radio. A Tokyo, les grattes-papier craignent que les arbitres réservent à Tanaka un traitement sévère en Afrique du sud et le fassent craquer. Qu'importe l'adversité, l'international nippon veut tout donner pour ne rien regretter : « Peut-être que je n'aurai pas une nouvelle chance de disputer une Coupe du Monde et je veux juste que mon corps entier réagisse lorsque quelqu'un me parlera du tournoi dans 70 ans, si je suis encore en vie » , glissait-il au journal Kyodo en avril dernier. Pour rester en vie, le Japon devra réaliser un nouvel exploit face aux Pays-Bas. Au passage, les Oranjes en porcelaine devraient se méfier de Docteur Tulio et Mister Tanaka. Et pas seulement pour leurs cubitus...

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