Tropical Malawi

La première victoire du Malawi dans une phase finale de CAN (contre l'Algérie) a gonflé à bloc le petit Poucet de l'épreuve. En progression constante depuis l'arrivée de son coach, Kinnah Phiri, en mai 2008 les Flammes veulent se qualifier pour les quarts. Au point de se transformer en maladie tropicale...

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D'emblée, le chemin de croix était balisé. Les Flammes du Malawi feraient une apparition furtive à cette vingt-septième coupe d'Afrique et s'en retourneraient à leurs proverbiales études. Le costume de petit Poucet collait parfaitement à leurs frêles épaules. 99ème au ranking Fifa. Sept défaites et un nul pour leurs douze matchs en 2009. Une seule participation à la phase finale de la CAN qui remontait à un quart de siècle (1984). Pas de quoi affoler des Fennecs mondialistes. Même Kinnah « electric » Phiri, le sélectionneur malawite y allait de sa boutade : « Lors des éliminatoires, notre principal souci a été de transformer nos occasions. Parfois, je me suis demandé si nous étions capables de marquer même sans goal en face » . Le mage malawite plaisantait à moitié. Depuis qu'il tient les rênes de la sélection (mai 2008), les Flammes ont gagné trente-neuf places au classement Fifa. Durant, les éliminatoires, ils ont tenu tête (1/1) à la Côte d'Ivoire au Kamuzu stadium de Blantyre, un point qu'ils leur permettra de devancer la Guinée de Mansaré et Feindouno pour aller en Angola. Mieux : lors de la préparation à cette CAN, ils ont tenu en échec l'Egypte (1/1) au Caire) et le Ghana (0/0) avant de défaire le Mozambique (1/0). La victoire contre les « Renards du désert » (3/0) s'inscrit donc dans une certaine progression même si les Algériens, souvent inégalables dans l'art de surestimer, estiment, comme leur capitaine Mansouri qu'ils n'ont « pas perdu contre le Malawi, mais contre le climat tropical » . Aujourd'hui, les Angolais (à 19h30 à Luanda) ne pourront pas servir l'excuse de l'été dans l'hémisphère sud avec fort taux d'humidité en bandoulière : ils sont à domicile. Non, la maladie tropicale inflammable qui s'avance porte un autre nom et pourrait faire d'autres victimes.

Durant les éliminatoires, Chiukepo Msowoya (21 ans, qui joue à l'APR au Mozambique) avait sauvé les meubles en incrivant six buts en six rencontres (comme Drogba, meilleur buteur de la zone Afrique). Contre l'Algérie, ce sont Russel Mwafurliwa, qui évolue à Norrkoping en Suède, et Davie Banda qui ont pris le relais en scorant chacun une fois. Légèrement blessés, ils se sont entraînés mardi mais on ne sait pas encore s'ils seront rétablis pour la rencontre de ce soir contre les Palancas negras (une marque d'antilope noire). «  L'état d'esprit de l'équipe était déjà fantastique avant la victoire contre l'Algérie. Les joueurs se dépouillent les uns pour les autres. En plus, depuis la fin des éliminatoires, on a franchi un palier, notamment dans l'organisation tactique » confie de son côté Suzgo Nyirenda, un des officiels malawites. Un deuxième succès les propulserait en quart de finale ; un match nul augurerait des lendemains qui pogotent ; personne ne veut désormais envisager une élimination, surtout après le match nul qui a conclu l'autre rencontre du groupe, Angola-Mali (4/4). « On a l'occasion d'écrire une page d'histoire mais ce n'est qu'un bon début. On doit rester simples et s'appuyer sur ce qu'on a fait depuis un mois » affirme pour sa part Joseph ‘Shakira' Kamwando, l'habile relayeur des Orlando Pirates et troisième buteur du match contre l'Algérie.

Pour le cas où certaines Flammes voudraient s'embraser, Kinnah Phiri serait de toute façon là pour calmer les ardeurs malawites : « On veut juste aller le plus loin possible, il n'y a pas de meilleure perspective. Nous ne sommes pas ambitieux et jouons sans pression. C'est notre première CAN depuis vingt-cinq ans, on ne sait même pas comment on prépare la deuxième phase. Alors, on est là pour apprendre, rien d'autre » . International dans le Malawi des 70's, Phiri rêve de hisser son équipe dans le top 5 africain (23ème aujourd'hui) et dans les cinquante meilleures équipes de la planète (meilleur rang Fifa : 53ème en 1992). Et de laisser une trace : « Je suis fier car je crois que je n'ai pas déçu le peuple malawite depuis mon arrivée. Si je partais demain, je veux être sûr d'avoir fait quelque chose pour le développement du foot de mon pays... » . Il doit y être parvenu puisque la fédération compte lui proposer au plus vite une prolongation de contrat. Après avoir essayé toutes sortes de coachs (étrangers, locaux, expat'), elle croit cette fois avoir trouvé la «  formule gagnante » et veut tout faire pour la conserver.

La victoire de lundi a évidemment déclenché de vastes scènes de liesse au pays et Bingu Wa Matharika, le chef de l'Etat, s'est même fendu d'un communiqué hilarant. Il y assimilait le succès contre l'Algérie à « une autre manifestation du succès continu du pays dans le domaine du développement » Il invitait aussi la sélection « à maintenir la cadence afin de remporter la CAN » . A croire que le syndrome du tropical Malawi avait frappé jusqu'au sommet de l'Etat.

Ce soir, 19h30 : Angola/Malawi, Groupe 1, 2e journée.

Rico Rizzitelli (tous propos recueillis par Humberto Reboïa)

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