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Trémoulinas, l’arme à gauche

À quelques heures de défier le FC Bruges au stade Jean-Breydel (21h05), dans ce qui leur promet peut-être déjà une qualif’ pour le second tour de l’Europa Ligue, les Girondins comptent sur Benoît Trémoulinas, leur nouvelle tendance offensive. Un garçon qui monte à tous les niveaux, et qui veut poursuivre sa « belle semaine » de foot.

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La hype du moment, c’est peut-être de voir ce garçon qui ressemble à n’importe quel jeune joueur amateur figurer de nouveau en haut de la pyramide tricolore. Parce que Benoît Trémoulinas (26 ans), c’est la belle histoire d’un gamin issu de la proche banlieue bordelaise qui, grâce à un éducateur, a réussi à… blablabla. Non, tout ça, on s’en fout. L’histoire, on la connaît. Les clichés aussi. Formé à Lormont, puis aux Girondins, "Trèche", avec l’accent bordeluche, a gravi tranquillou les échelons, pour se frayer une place à haut niveau. Très haut niveau, même. Ricardo aurait pu lui proposer un vrai poste, mais c’est sous l’ère Laurent Blanc que ce latéral gauche, qui jouait aussi à droite en catégories jeunes, prend son envol au Haillan. Et boum, un peu plus tard, exit les autres ! Jurietti et Placente en font les frais, relégués dans leur canapé pour la nuit des temps. Ou presque. Mais en fait, qui est-il ? Que vaut vraiment ce type ?

Une imposture ?

Doté d’un physique de Golgoth (1,72 m et 65 kg), le pendant de Mariano Filho fait des ravages sur son aile gauche. Pour preuve, ses innombrables centres et passes décisives, qui lui ont enfin permis d’être pris dans le groupe France. Difficile pour les Marseillais, dernières victimes en date (1-0), dimanche, de dire le contraire. Tout beau, tout propre sur lui, Trémoulinas étonne, détonne. Presque chétif en apparence, il provoque, déstabilise les défenses adverses, et offre bien avant Noël de beaux cadeaux à ses potes. À Bordeaux, le jeu penche à gauche. Une tendance dans le pays. Inconsciemment, Obraniak, Plasil et consorts s’en remettent à lui pour les aider à faire la différence, dans les trente derniers mètres. Un comble. Un truc qui rappelle même un peu les grandes heures des Marine et Blanc, lorsque les Lizarazu, Witschge, Zidane et Dugarry faisaient tourner en bourriques leurs vis-à-vis. Ou pour les plus anciens, la paire Vincent Lizarazu-Jesper Olsen, qui avait pareille vocation. Pourtant, beaucoup se demandent encore si ce garçon n’est pas une imposture… au poste.

Prendre une caisse à fond la caisse

Car il faut le reconnaître : s’il est véloce, appliqué et très bon contre-attaquant, le produit du terroir manque de saveur défensive. Bien entendu, dans un système de jeu en "4-4-2", et dans une stratégie de défense en zone, il y a forcément plus d’espaces laissés vacants que dans un schéma à cinq derrière. Mais quand même ! Le "Tresh", avec l’accent funky, est parfois bien à la ramasse en termes de marquage. Et ça, c’est pas un bon point. Ok, il n’est pas le seul. Mais dans une configuration autre que celle du marquage à la culotte, dit "individuel pur", n’est-il pas préférable de posséder, derrière, une bête guerrière, une sangsue humaine ? Jeu de tête inexistant, compensé par une bonne lecture de trajectoire. Contacts saignants déficients, mais bon tacle. Un rebelle, pourtant, capable d’adresser un doigt d’honneur à la tribune de face (pas la pire) du stade Chaban-Delmas, un soir où quelques sifflets nourris l’ont agacé. Un ange exterminateur, un autre soir bien torché, défie les flics à fond la caisse dans les rues de Bordeaux, jusqu’à vouloir les semer et finir sa berline contre un obstacle bien plus coriace que n’importe quel attaquant de calibre européen. Malgré ses mea culpa calculés et une prudence récente devant les micros, par moments, le petit Benoît reste une énigme.


Un bon Lizarazu

Mais au regard de ses stats purement sportives, pas de doute, ce gamin est un tout bon. Grandement imprégné du Jérôme Bonnissel style, avec l’accent british, Trémoulinas affole les compteurs. Vitesse déjà, abnégation ensuite, adresse, créativité, rapidité, productivité : un cocktail bien plus efficace que ceux parfumés aux mojitos. Un peu trop vite grisé par le succès, celui qui offre de belles promesses de bizness aux clubs étrangers toujours à l’affût, est bien plus performant depuis qu’il s’est remis la tête à l’endroit. « Cela a été difficile à vivre, surtout quand je suis rentré et que je me suis vraiment rendu compte de la connerie que j’ai faite (l’épisode stock-car, ndlr). On se sent très con, j’avais honte, déclarait-il à froid. Je tiens à m’excuser aussi auprès des jeunes de l’école de football et des entraîneurs car on se doit d’être irréprochables, parce que l’on est des joueurs professionnels avant tout. » Puis, remise en place des pieds ensuite. David Jemmali, en 2007, portait un regard déjà clairvoyant sur le petit : « J’ai toujours bien aimé ce joueur qui est assez rapide et techniquement très à l’aise. Il est bon dans le placement également, et aime bien faire des allers-retours sur le côté gauche. Il a un petit gabarit, mais s’il compense par un peu de musculation, ainsi qu’une prise de volume, cela peut faire un bon Lizarazu. » Pas pour rien que Francis Gillot le positionne de temps en temps en milieu de terrain. Pas anodin non plus que le Bayern, Dortmund, la Fiorentina, voire pourquoi pas demain le Barça, la Juve ou Chelsea, s’y intéressent. Pas surprenant non plus que Didier Deschamps lui ait donné une seconde chance de se montrer en Bleus. Bref, si la mobylette girondine continue dans cette voie, nul doute qu’une belle suite de carrière se profile. Sachant que le deux roues, finalement, ça lui correspond peut-être mieux…

Par Laurent Brun, à Bordeaux
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