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Tragic Mike

C'est l'homme qui devait porter le Newcastle du XXIe siècle. Neuf ans après son arrivée à la tête de Newcastle, Mike Ashley est aujourd'hui au centre des tensions. Entre une gestion discutée, et discutable, un recrutement hasardeux et un câlin avec la zone rouge qui s'éternise. Le tout alors que son groupe Sports Direct est pointé du doigt pour ses conditions de travail.

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Il faut lire derrière les images, compter les visages aussi. Ces derniers sont éphémères et se succèdent inlassablement.
« Ce qu'on veut changer, c'est l'état d'esprit parce que le groupe est bon. » Rafa Benítez
Du haut de son expérience, Rafael Benítez le sait. L'entraîneur espagnol sait où il vient d'atterrir et ne prend pas de pincettes face à la presse : « Il va falloir être calme, prendre le temps d'analyser la situation et être sûr que tout le monde joue bien à 100%. Ce qu'on veut changer, c'est l'état d'esprit parce que le groupe est bon, il a des qualités. L'amour des supporters et l'atmosphère du stade nous aideront, sans eux, on ne pourra pas y arriver. » Tous les voyants clignotent pour l'instant. Newcastle n'a plus que dix matchs pour sauver sa tête et être en Premier League la saison prochaine. La mission doit commencer par un résultat ce soir à Leicester, leader.


Reste que si les regards sont tournés vers les performances sportives des Magpies, la lutte, elle, est plus profonde. Vers les bureaux, la Milburn Stand et la chemise blanche d'un cinquantenaire bedonnant. Plus que jamais, sa tête est dans le viseur. Plus que jamais, il est une cible, un homme que l'on veut faire tomber, que l'on veut faire parler et qui doit s'expliquer. Plus que jamais, Mike Ashley, débarqué à Newcastle en mai 2007, concentre la haine d'un peuple autour de sa seule personne. Car, même sans espoir, la lutte est encore un espoir. Celui de mourir avec honneur.

Le jeu de l'image


À l'annonce de la nomination de Rafael Benítez, arrivé en fin de semaine dernière pour remplacer Steve McClaren, remercié seulement 276 jours après s'être installé sur le banc de Newcastle, la légende Alan Shearer a parfaitement résumé la situation :
« Je ne crois pas que le club aurait pu se maintenir en ne changeant rien, mais l'arrivée de Benítez lui donne une belle opportunité de le faire » Alan Shearer
« Je ne crois pas que le club aurait pu se maintenir en ne changeant rien, mais l'arrivée de Benítez lui donne une belle opportunité de le faire. (…) C'est un super coup pour Newcastle d'avoir quelqu'un comme lui, à condition qu'il puisse gérer le club à sa manière, ce qui n'est pas donné. » Il y a quelques semaines, Shearer avait dénoncé l'état d'un club où «  l'ensemble est un gâchis » . Comme la chronique d'une chute annoncée depuis plusieurs années, à force de danser avec la zone rouge et en multipliant les recrues douteuses, de la French connection aux 80 millions de livres balancées en deux mercatos cette saison. Plus que jamais, Newcastle a davantage besoin d'un manager général que d'un entraîneur. C'est en ce sens que l'arrivée de Benítez est encourageante, car le technicien espagnol devrait apporter son expérience à un club qui en manque cruellement et dont Graham Carr, tête pensante du recrutement des Magpies, est critiquable.


Par cet échec industriel de plus en plus visible, c'est l'ensemble du système Ashley qui est aujourd'hui pointé du doigt. Comme un revers sur neuf ans d'histoire entre un millionnaire, quinzième fortune du Royaume-Uni en 2012, et un club historique. Mike Ashley est un destructeur. Son histoire avec Newcastle a commencé à la faucheuse, déjà, en retirant les actions du club en bourse et en coupant la tête de Freddy Shepherd, président depuis 1996. Depuis, Ashley a tenté de vendre le club à plusieurs reprises, a fait défiler une dizaine d'entraîneurs sur son banc, n'a toujours pas dépoussiéré l'armoire à trophées des Magpies et a fait mûrir sous ses yeux une campagne civile demandant publiquement sa démission à plusieurs reprises. C'est comme ça, on ne touche pas au Newcastle United, son blanc et son noir, son mythique St James' Park et les 50 000 personnes qui s'y installent. On parle là de l'image d'un club qu'Ashley a dessiné de sa main. Comme une ligne directrice : du vestiaire, au couloir, à la pelouse, aux tribunes, aux toilettes. Toujours le logo Sports Direct. Sur le maillot, le sponsor Wonga, une société de crédit sur internet, a été installé de la main de Mike Ashley. Le propriétaire-président-pyromane veut imposer son image, il a les moyens et peu lui importe le passé.

Le monstre et le goulag


Problème, sa situation a changé d'ampleur en décembre dernier pour s'inviter au Parlement britannique. Le député Dennis Skinner n'a pas hésité à qualifier Mike Ashley de « monstre  » . Ailleurs, on parle de la « culture de la peur » installée par le patron dans sa firme Sports Direct. Une enseigne qui est la première du secteur au Royaume-Uni avec 400 magasins et sur laquelle le voile a été levé après une vaste enquête réalisée par le Guardian. Deux journalistes avaient alors réussi à se faire embaucher dans un entrepôt, à Shirebrook, surnommé le « goulag  » . L'enquête montrait les conditions salariales et humaines des entrepôts de Sports Direct, fragilisant la position du puissant Ashley à la tête de son empire. Le foot était pour lui l'occasion de faire exploser sa publicité, mais aussi de travailler son image. Ce qu'il faisait au début de son mandat en partageant des bières avec des supporters avant que ces derniers ne préfèrent les lui envoyer en pleine figure.




Reste que Mike Ashley ne parle pas. Sa seule prise de parole publique date de mai dernier, quelques minutes après le maintien arraché lors de la dernière journée de championnat face à West Ham (2-0).
« Je suis responsable de la situation, mais notre objectif est de gagner, vite. » Mike Ashley
Son projet est illisible et le seul message livré était le suivant : « Je vais continuer à investir. (…) Le club n'est pas à vendre, à aucun prix. (…) Je suis responsable de la situation, mais notre objectif est de gagner, vite. » Il y a quelques semaines, son ancien bras droit John Irving, expliquait au Northern Echo que « l'arrivée d'Ashley avait changé la gestion de Newcastle stabilisant sa santé financière » . Le fossé est pourtant réel entre la Toon Army et le grand Mike Ashley qui ne se mélangent plus. Il est devenu naturel de mettre l'ensemble de l'échec de Newcastle sur les épaules solides d'Ashley. Ce serait pourtant oublier trop vite l'excellente saison 2011-12 (5e) avec Cabaye, Ben Arfa et Cissé. Newcastle riait encore et doit rire demain. Rafel Benítez connaît sa mission.



Par Maxime Brigand
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