Toulalan, commun symbole

Avec son retour au milieu, Jérémy Toulalan est parvenu à se sortir de la toute première crise qui a secoué une carrière jusque-là très tranquille. Et à prendre un nouveau costard, celui de patron. Suffisant pour éviter la crise qui pourrait guetter l'OL cette fois en cas de nouvelle désillusion ce soir à Bordeaux ?

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Tout le monde part du principe que chaque entrée en Ligue des Champions marque le vrai début de la saison lyonnaise. A ce titre, la victoire de mardi dernier face à Schalke ne devrait pas vraiment faire exception. A défaut d'avoir emballé son monde, l'OL s'est au moins rassuré sur sa capacité à tenir son rang européen, pas encore celui de prétendant au dernier carré, disons plutôt celui d'équipe qui sait rester raccord avec les exigences des soirs d'Europe –notamment question expérience.


Pas une nouvelle en soi. On est même prêt à déclarer après ce seul petit tour que l'OL est bien parti pour remporter haut la main le titre de meilleure équipe européenne de L1. Un chouette titre pour la bande à Puel, mais qui ne sert plus à grand chose quand il faut reprendre du service en championnat dans la peau d'un presque-candidat à la première crise de la saison. Faut-il le rappeler, le match de Bordeaux devrait décider qui des Girondins ou des Lyonnais goûtera à cette crise que la petite entreprise du président Aulas affirme ne pas connaître.


Gones in roussi ?


A la différence du match de mardi dernier, l'OL ne se pointera pas à Chaban-Delmas avec cette longueur d'avance sur l'adversaire du soir qui peut faire toute la différence. Avec Gourcuff annoncé incertain, une défense encore en rodage malgré les quelques promesses entrevues à Gerland face à Schalke et une attaque qui pilonne en pagaille mais peine à marquer (environ un but tous les vingt tirs), on ne peut pas encore dire que les Lyonnais tiennent ce qu'il faut de certitudes pour enfin lancer leur saison.


Vue comme ça, la situation ne paraît pas très engageante. Sauf à considérer qu'elle n'a peut-être plus rien d'inédit depuis trois ans maintenant. Même si cette entame à cinq petits points ramène l'OL à ces années que les moins de quinze ans ne peuvent pas connaître, le club lyonnais a toujours passé une partie de ses saisons à jouer sous pression, parfois pas très loin du précipice, depuis l'ouverture de l'ère Puel. Qu'on se rappelle ce hit du spleen en décembre dernier quand, juste avant la trêve hivernale, les Lyonnais n'étaient plus qu'une troupe en perdition et à bout de souffle avec laquelle les Montpelliérains pouvaient s'amuser.


Pour l'instant, les Gones n'en sont pas encore là. Reste qu'ils retrouvent ce passage obligé par la case critique. Comme s'il fallait goûter à ce genre de moment limite aux allures d'expérience initiatique pour que prenne enfin forme un collectif comme les aime Puel, prêt à toutes les courses et tous les sacrifices, capable de survivre à une série de temps faibles et de s'arracher pour faire face à la plus intenable des situations. C'est entre autres ce qui a permis d'accoucher en mars dernier du petit miracle madrilène.


Pas franchement l'idéal quand il est question de remettre la main sur ce rythme qui vous mène une équipe vers un titre de champion. Mais à bien y regarder, quand on se souvient d'où vient l'OL après ses sept titres d'affilée, ces détours prennent des allures de petites rédemptions dont il paraît difficile de faire l'économie si l'on veut ouvrir la voie à un nouveau cycle vertueux. En d'autres termes, les Lyonnais ont peut-être besoin plus que d'autres d'être bousculés dans ce qui peut s'apparenter à un petit confort personnel pour inventer la suite à la belle domination des années 00.


Juste milieu et rien d'autre


A ce titre, la traversée en “haut trouble” de Jérémy Toulalan de ce début de saison pourrait bien servir de révélateur. Voilà un joueur dont la carrière ressemblait jusque-là à un long fleuve tranquille, au grand bonheur des Lyonnais qui n'aiment rien tant que ces garçons simples qui font le boulot en silence. Un type qui n'avait connu pour seul accroc qu'un vague coup de blues lors sa toute première saison passée à Lyon, loin des siens, loin Nantes. Avant de finir par se fondre dans le décor sans jamais chercher à bousculer l'ordre des choses au sein de la maison lyonnaise. Pour quoi faire d'ailleurs ? Il n'avait qu'à tenir la place qu'on lui avait assignée et qu'il connaissait par cœur depuis ses débuts sur les bords de l'Erdre, celui de premier milieu qui assure la récup' et laisse le soin à d'autres d'assurer l'animation un cran plus haut. Un rôle de héros très discret qui suffisait à s'attirer les compliments de l'Europe entière et la reconnaissance de Gerland.


En somme, une vie pépère au milieu qui ne l'obligeait en rien à forcer son caractère pour venir occuper cette place de patron qu'on lui a soufflée à plus d'une reprise. Après tout, Juni, Sid ou Cris avaient autrement plus d'expérience et de légitimité dans le registre que lui pour s'y coller. Juste milieu et rien d'autre, voilà en somme le programme que s'était promis de respecter Jérémy pour la suite.


Tout ça, c'était avant qu'un été pourri jusqu'à la moelle ne vienne contrarier ses plans. Le type qu'on avait surpris en train de lire “Le quai de Ouistreham” au moment de s'envoler pour Knysna est revenu de l'épisode sud-africain dans la peau du joueur pourri gâté, tout juste bon à bannir. Quand d'autres profitaient du retour au train-train quotidien des matins fumants en club, lui devait rester au centre de toutes les attentions, la faute à ce replacement délicat en défense centrale.


Jérémy Iron Man


Plutôt que de continuer à couler en silence, la Toule s'est donc fendu d'une interview rare dans L'Equipe pour exorciser ce moment d'égarement. Du passage mortifié par une cafét' Leclerc de la Baule, dos à la salle et nez dans le plateau, aux histoires de réorganisation au sein du système de jeu lyonnais, Toulalan a eu l'occasion de rappeler qu'il restait avant tout un cheap type. Et que, puisqu'il le fallait, pour l'OL et pour l'Equipe de France, il s'en irait reprendre sa place au milieu, sans états d'âme cette fois.


Deux prestations plus tard, pour l'instant les plus convaincantes du début de saison poussif des Gones, l'OL n'en a de toute évidence pas encore fini avec les doutes qui l'entourent. Mais il a vu Toulalan se libérer de ses bleus à l'âme en s'adonnant à son activité préférée : faire l'Iron Man devant sa défense, plus solitaire que jamais dans son effort lorsqu'il faut couvrir toute la largeur du terrain.


Surtout, dans un collectif qu'on dirait taillé pour lui, avec une bande de « mecs bien » comme on se plaît à le rappeler à Tola Vologe –Yohann, Hugo et les autres–, Toulalan peut enfin endosser le rôle de patron tel qu'il l'entend, celui de chef de meute qui sait en appeler à la solidarité, valeur qui en plus de cadrer avec le projet de Puel reste encore la chose la mieux partagée parmi les générations qui ont fait le succès de l'Olympique Lyonnais, des frères à brosses Coupet-Laigle-Violeau-Delmotte à la petite communauté pauliste qui a pris le relais autour de Caçapa, Cris et Juninho.


Parce qu'il est encore et toujours question de poser les fondations pour la suite –au point de se demander si on ne tient pas l'exercice préféré de Puel partout où il est passé–, tout porte à croire qu'il faudra encore remettre à plus tard les histoires de beau jeu réclamées de toutes parts, à commencer du côté des chœurs à vif de Gerland. Est-ce si grave ? A entendre José Mourinho, expert en matière de collectifs durs au mal qui préfèreront toujours l'émotion d'une victoire aux considérations esthétiques, pas tant que ça : « J'aime le jeu de l'OL et j'ai eu l'occasion de le dire à Claude Puel lorsque nous nous sommes croisés à Nyon, pour le Forum des entraîneurs de l'UEFA » . Une façon comme une autre de rappeler que dans le sillage de Toulalan, l'OL tient une raison largement suffisante pour en rester à ce niveau de jeu tout ce qu'il y a de plus commun.

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