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Touche pas à mon Arsenal

Relégué au rang de moins que rien après avoir fait fantasmer l’Europe il y a quelques années, Arsenal fait aujourd’hui l’unanimité contre lui. La fessée reçue par le Bayern hier en 8e de finale aller de la Ligue des champions (1-3) incite à appuyer sur la touche « stop » et défendre l’indéfendable.

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« Arsenul » , « Arsanal » . Voilà huit ans que les anti-Gunners attendent courageusement d’être certains que les Londoniens soient assurés de finir la saison bredouille pour dégainer leurs jeux de mots les plus élaborés. Oui, Arsenal n’a plus gagné le moindre trophée depuis 2005. Pour autant, avancer que le club n’est rien d’autre qu’une machine à perdre est à peu près aussi raisonnable que de considérer Pierre Arditi comme un comédien d’exception.

Ne pas oublier que le joujou des Hill-Wood est par exemple la seule formation anglaise à avoir constamment atteint les 8es de finale de la C1 depuis la naissance de la formule actuelle (2003-2004). Pas si mal pour une armée de losers. Être honnête, c’est aussi se souvenir qu’avant ces huit années où la poussière est la seule matière qui a eu l’occasion de s’installer dans l’armoire à trophées, le club s’est forgé une réputation d’insatiable vainqueur. On peut avoir envie d’enterrer Arsène Wenger si on veut, mais autant prévoir un cercueil suffisamment solide pour supporter le poids de deux doublés Cup-Championnat (1998, 2002), deux Coupes (2003, 2005) et un titre de champion 2004 acquis en bouclant le championnat invaincu. Cette époque où les Londoniens poussaient le vice jusqu’à enchaîner 49 matchs sans la moindre défaite - new record !

Arsenal n’a toutefois pas attendu d’être coaché par un Alsacien sur qui la doudoune Nike ressemble étrangement à un sac de couchage Quechua pour façonner sa légende. Au hasard, le titre de 1989 glané à la dernière seconde à Anfield au nez et à la moustache de Grobbelaar et des Reds est condamné à rester comme l’un des plus jouissifs de l’histoire du championnat d’Angleterre.

Le punching ball de la récré

Difficile de dater le moment (Thierry Henry) où Arsenal (Thierry Henry) est devenu quelque peu haïssable (Thierry Henry) aux yeux de ses adversaires, mais le constat (Thierry Henry) est là : il n’y a pas besoin de glisser de message subliminal pour comprendre qu’il y a quelques années, le monde s’est séparé en deux, entre les personnes friandes de plats du pied croisés et de coups francs tirés avec la permission sournoise de l’arbitre, et celles qui en ont eu ras le bol de toute cette foire.


Mais qu’on ne s’y trompe pas : hormis une poignée de cinglés de Tottenham, personne ne désire la mort des Gunners. Au fond, Arsenal n’est ni plus ni moins qu’un bon élève pas suffisamment doué pour comprendre qu’à l’école, l’essentiel est de ne pas se retrouver seul à essuyer glaires et quolibets du reste de l’assemblée. Le club du nord de Londres est ce gamin auquel on vole le bonnet à la récréation pour en faire un parfait objet de passe à dix. Celui à qui l’on découpe la gomme en soixante-deux morceaux pour tuer le temps au fond de la classe. Celui à qui l’on baisse le survêt’ en molleton pour amuser la galerie au cours d’EPS. En somme, une victime, mais une victime précieuse dans le sens où elle permet aux autres élèves de collectionner les souvenirs. À quoi rimerait une scolarité si elle était dépourvue de souffre-douleur ? Voilà, Arsenal est un punching ball ambulant sans qui la Ligue des champions aurait eu moins de sens ces dernières années. Il ne faut pas non plus dramatiser la gifle reçue hier par le Bayern Munich, qui sera d’autant plus facile à essuyer que les Canonniers connaissent déjà le chemin de la réhabilitation. Dès samedi, la réception d’Aston Villa, plus mauvaise défense de Premier League à l’extérieur, aura le don de retourner le crâne des ânes qui ont réclamé la tête de Wenger hier dans les travées de l’Emirates Stadium.

Qu’on se le dise, Arsène Wenger ne peut décemment pas quitter Arsenal. Pas maintenant. Pas sur huit années de disette, quand bien même il est rassurant de savoir qu’en 2013, on peut préserver son boulot sans menace de licenciement au bénéfice d’avoir vécu une période de gloire aussi longue que celle que l’on vient de vivre sans trophée. Au-delà des théories foireuses qu’on nous sert à toutes les sauces pour expliquer qu’Arsène l’économe a sacrifié le palmarès du club au profit de finances saines, il faut simplement se rappeler que le successeur de Bruce Rioch (Bruce who ?) est en place depuis plus de seize ans pour être convaincu qu’il fait partie de ces gens qui méritent le vouvoiement. Quand le Strasbourgeois a débarqué à Arsenal en 1996, Jack Wilshere avait 4 ans, tandis que Mickaël Madar et Franck Gava sévissaient sous le maillot de l’équipe de France. Un repère temporel qui donne envie d’arrêter d’embêter la victime des cours de récré. Car c’est une fois qu’elle aura demandé à changer d’établissement qu’on se rendra compte qu’au fond, peu importe qu’elle perde les trois quarts du temps, ce qu’on aimait par-dessus tout, c’est qu’elle participe à la fête. Même si dans une fête, on aura toujours plus envie d’emmerder Laurent Koscielny que Tony Adams.

Par Matthieu Pécot
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