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Tito Prince : « Les joueurs n’ont pas tous le mode de vie décrit dans les médias »

À défaut d’avoir réussi dans le foot, la faute à une mauvaise blessure, Tito Prince publie des albums malins. Le dernier, Toti Nation II, sorti au début du mois, semble faire le bonheur des vestiaires français. Et ça, l'ancien meneur de jeu le vit comme une belle reconnaissance.

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Il paraît que tu as failli signer à l’AJ Auxerre lorsque tu avais seize ans...
C’est ça : un jour, mon entraîneur m’a appelé en me disant qu'Auxerre voulait que j’aille au dernier tour de détection pour entrer au centre de formation. Les recruteurs du club me suivaient depuis quelque temps et appréciaient tellement mon profil qu’ils ne m’avaient même pas demandé de venir aux précédentes étapes. Malheureusement, je me suis blessé en match entre-temps. Je me suis blessé à la cheville, ça m’a éloigné des terrains pendant six mois et ça m’a fait rater le quatrième tour des détections...

On peut imaginer que ça a été un grande déception...
Bien sûr ! J’avais seize ans et cette blessure a tout gâché. Je ne savais pas ce que j’allais pouvoir faire de ma vie. Depuis mes dix ans, je ne faisais que du foot, je ne pensais qu’à ça. Et puis tout le monde autour de moi y croyait, on n’arrêtait pas de me dire que je finirais pro... L’école, par exemple, je m’en foutais complètement. Je faisais le nécessaire, mais ce n’était pas du tout ma priorité. Au bout de trois ans, j’ai tout de même fini par trouver ma voie avec la musique. Ça m’a aidé à digérer cette déception. Et puis j’ai fini par me dire que j’étais sans doute fait pour le rap, que c’est dans ce domaine que je devais évoluer.

Ta musique t’a d’ailleurs permis de développer des relations amicales avec pas mal de footballeurs, non ?
Un des mes amis, Bertrand Ndzomo, avec qui je jouais souvent à l’époque, évolue aujourd’hui en D2 suisse (au Mont, ndlr), mais j’ai fini par rencontrer des tas de footeux qui écoutent ma musique et apprécient mes albums.
« N’ayant pas réussi dans le foot, c’est toujours bon de savoir que ma musique est écoutée dans les tribunes ou sur le terrain. J’ai l’impression d’apporter ma petite pierre au monde du football. »
Des mecs comme Sambou Yatabaré, John Bostock, Paul-José Mpoku, Luis Pedro Cavanda ou encore Ricardo Faty. Avec eux, on partage exactement les mêmes valeurs, saines, modestes et humaines. Ça me fait plaisir aussi de voir qu’il leur arrive de partager ma musique sur les réseaux sociaux. N’ayant pas réussi dans le foot, c’est toujours bon de savoir que ma musique est écoutée dans les tribunes ou sur le terrain. J’ai l’impression d’apporter ma petite pierre au monde du football.

Tu es également très proche de Mouctar Diakhaby, le défenseur de Lyon que tu as accompagné ces dernières années...
« Mouctar, quand il était encore au Pôle Espoir, je l’emmenais moi-même en détection. Je l’ai vu grandir du niveau excellence jusqu’à la Ligue des champions. Pourtant, c’était loin d’être le meilleur lorsqu’il était à Nantes. »
Mouctar, quand il était encore au Pôle Espoir, je l’emmenais moi-même en détection. Je l’ai vu grandir du niveau excellence jusqu’à la Ligue des champions. Pourtant, c’était loin d’être le meilleur lorsqu’il était à Nantes. En toute honnêteté, il faisait même partie des plus mauvais de sa promotion, mais à force de travail et de rigueur, il a fini par dépasser tout le monde et s’imposer dans le monde professionnel. Le plus dingue, c’est que l’US Vertou avait mis en garde les dirigeants lyonnais lorsqu’ils étaient venus l’observer. Les mecs leur avaient dit qu’il ne savait pas bien se tenir. Mais les recruteurs de Lyon ne voulaient rien savoir : ils trouvaient que Mouctar était le meilleur défenseur né en 1996 qu’ils avaient vu, et le voulaient absolument.

Comment est née ta passion pour le foot ?
En jouant dehors, tout simplement. C’est vraiment ça qui m’a fait découvrir mon talent pour le ballon rond. Il faut savoir que j’avais dix ans quand j’ai commencé le foot. C’est tard, mais j’ai très vite était le plus fort de mon équipe (il a joué à L'Isle-Adam, dans le Val-d'Oise, ndlr). C’était mal parti, pourtant : lorsque je débarque pour mon premier entraînement, je n’avais même pas de crampons. L’entraîneur ne voulait pas que je participe à la séance, mais le président me connaissait et m’a laissé jouer quand même. Et là, alors que j’étais en Converse All Star et que mes parents n’étaient pas au courant de ce que je faisais, j’ai convaincu tout le monde. Sachant que mes parents n’avaient pas l’argent pour me payer ma licence, les mecs du club ont trouvé une petite astuce financière pour que je puisse avoir ma licence et jouer rapidement mon premier match. Et là, je marque deux buts et fait une passe décisive. En tant que numéro 10, ça le fait, non ?

Il y avait des meneurs de jeu qui te faisaient rêver à l’époque ?
Étant fan du PSG et du Barça, j’étais forcément très admiratif de Raí et de Rivaldo. Un peu plus tard, il y avait aussi Ronaldinho, sans doute le joueur qui m’a le plus marqué. Mais le problème, je pense, c’est qu’il a eu tout très vite et qu’il n’était pas préparé à ça. En gros, le mec a tout fait pour réussir, pour se sortir de sa condition de vie difficile et arriver au sommet du foot mondial. Une fois l’objectif accompli, je pense qu’il a perdu la niaque, le goût du challenge, ce que des mecs comme CR7 ou Messi conservent malgré les titres collectifs et les récompenses individuelles. Ronaldinho, lui, s’est satisfait de ce qu’il avait. Mais bon, il a au moins le mérite d’avoir tout gagné, collectivement et individuellement.

Hormis Ronaldinho, il y a des moments footballistiques qui t’ont plus marqué que d’autres ?
« J’ai pleuré à chaudes larmes lorsque le Nigeria a été éliminé de la Coupe du monde 1998. »
J’ai pleuré à chaudes larmes lorsque le Nigeria a été éliminé de la Coupe du monde 1998. Tout simplement parce que voir une nation en difficulté économique arriver aussi haut dans une telle compétition et susciter une joie terrible dans les différentes villes du pays, ça me procure des sensations de malade. J’étais réellement triste pour eux que leur aventure s’arrête là.

Ces derniers jours, l’affaire Football Leaks remet une fois de plus l’argent dans le football sur le tapis. Tu en penses toi ?
Tout ce que je sais, c’est que tous les joueurs que je côtoie n’ont pas du tout le mode de vie décrit dans les médias. Ce sont des mecs qui placent leur argent, qui ne flambent pas, etc. Et puis quand bien même certains footballeurs seraient dépensiers et toucheraient énormément d’argent, ce n’est pas une raison pour l’étaler sur la place publique. C’est normal, après tout, qu’ils touchent autant quand on voit ce qu’ils rapportent en matière d’image, de marketing, de droits télé ou autre. Leur salaire, finalement, ne doit représenter que 10% du budget d’un club...

Propos recueillis par Maxime Delcourt
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