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Tintin s'amuse chez les Soviets

En 1986, les Diables Rouges réaliseront leur plus belle Coupe du Monde. Mais avant leur aussi éclatante qu'inattendue révélation en huitièmes de finale, c'est bien l'Union Soviétique qui faisait figure de grand favori.

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L'URSS ne le savait pas encore, mais le Bloc de l'Est qu'elle étouffait d'une main de fer, ne survivra pas aux années 80. Écrasée par les chars de Moscou en 1956, la rebelle Hongrie pliera une dernière fois l'échine trente ans plus tard à Irapuato, humiliée 6-0 au premier tour. Dans l'analyse de la démonstration de force de Belanov et consorts s'invita immanquablement la théorie de la soumission volontaire des Magyars, la théorie du match arrangé.

Première de sa poule devant la France de Platini, l'URSS ne prospérait toutefois pas sur son pouvoir d'influence, plutôt sur celui des jambes de feu de ses plus brillants soldats : les Belanov, Zavarov, Rats, et autres Aleinikov. Après ses premières démonstrations mexicaines, la sélection soviétique commençait même à faire figure d'épouvantail, de candidat au titre. D'une combinaison produite par l'exigence extrême de Valeri Lobanovski envers ses hommes et les fantasmes générés par les mystères de l'Est, découlait alors le portrait mécanique d'une équipe formée par des machines infatigables, astreintes à trois heures et demi d'entraînement quotidien sous l'assommant soleil de l'été mexicain.

Bien loin du visage impassible que l'on lui prête, l'URSS propose, avant tout, un football réjouissant et parfaitement chorégraphié, semblable à celui qui éblouit l'Atletico Madrid en finale de Coupe des Vainqueurs de Coupes. L'Ukraine n'est alors pas encore un État indépendant, et le Dinamo Kiev se confond alors avec la représentation soviétique. Au point de partager le même architecte, le toujours souriant Valeri Lobanovski. Enzo Scifo résuma à sa manière cette proximité entre les deux entités à la veille de rencontrer le péril rouge : « L'URSS sera championne du monde car treize joueurs du Dinamo Kiev y jouent » .

« L'apogée du football »

Sur le terrain, Igor Belanov symbolise mieux que personne cette parenté entre le Dinamo Kiev et sa sélection. En 1986, l'attaquant a de la dynamite dans les pieds, et un Ballon d'Or viendra récompenser sa folle année. Face à la Belgique, Belanov confirme son rang d'avant-centre d'élite en inscrivant un triplé. Ce sont pourtant bien les Diables Rouges qui créeront la sensation au terme d'une partie orgiaque, ponctuée de sept buts. Un match à ranger dans le top 10 de l'histoire de la Coupe du Monde. En Argentine, Grafico ne fait pas dans la dentelle en titrant sur « l'apogée du football » . Ce huitième de finale s'annonçait pourtant presque comme une formalité pour les hommes de Lobanovski. La sélection des Vercauteren, Gerets, Pfaff, et autres Scifo restée dans l'histoire du foot belge, n'avait alors rien, ou très peu montré de sa magie. Défaits par le Mexique, courts vainqueurs de l'Irak, et tenus en échec par le Paraguay, les protégés de Guy This n'avaient dû leur présence au deuxième tour qu'à leur statut de meilleur troisième. Pas de quoi se montrer hardis face aux puissants Soviétiques.


Presque défaitiste, la Belgique laisse totalement le contrôle du jeu aux coéquipiers de Dassaev en première période, et oublie de faire valoir ses talents : Vercauteren, Ceulemans, Scifo, Claesen... Les tours détenus dans la casquette de Jean-Marie Pfaff éviteront que l'URSS ne prenne le large après l'ouverture du score canon de Belanov (27e). Le futur Ballon d'Or remettra ça en seconde période après l'égalisation de Vercauteren parfaitement servie par les 20 ans d'Enzo Scifo. Les Soviets semblaient marquer leur territoire, mais il ne fallait pas plus de six minutes aux Diables Rouges pour refaire leur retard. L'arbitre de touche avait beau avoir brièvement levé son drapeau pour signaler la position de hors-jeu du capitaine Ceulemans, le régisseur du rectangle vert validait la réalisation (77e), une décision qui fit parler d'arbitrage « anti-sovétique » . « L'arbitre nous a éliminés » avait d'ailleurs déclaré, blessé, Valeri Lobanovski.

A défaut de respecter son hermétique plan de départ, la Belgique allait parvenir là où elle souhaitait aller : aux prolongations. L'entrée de Leo Clijsters, père de Kim, à la 99e minute, donna des balles neuves à sa sélection. Le défenseur central frappait le corner qui amenait les Diables Rouges à prendre les commandes du match (101e), avant d'offrir une passe décisive à Nico Claesen pour donner ses aises à sa sélection (107e). Le public mexicain prenait fait et cause pour les représentants du petit royaume, et clamait des « Belgica, Belgica » . D'un pénalty généreux, Belanov réduira toutefois le score pour écheveler encore un peu plus un match sans dessus-dessous (4-3, score final). Un match qui accouchait d'un surprenant vainqueur, donné battu en Flandres comme en Wallonie avant même le coup d'envoi. « Nous n'avons rien à perdre » avait annoncé Guy This. C'est une phrase qu'il pourra répéter jusqu'aux demi-finales.

Le résumé d'URSS-Belgique




Par Marcelo Assaf et Thomas Goubin, au Mexique

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