Tigana, un bon coup de Bordeaux ?

C'est un secret de Polichinelle : Jean Tigana devrait succéder à Laurent Blanc à la tête des Girondins de Bordeaux. Un choix a priori excellent au regard du savoir-faire du bonhomme et de sa connaissance de la maison girondine. Mais attention, l'histoire n'est pas forcément pliée car il faut bien le dire, l'ancien membre du "carré magique" de l'équipe de France n'est pas ce qu'on appelle un mec simple à gérer.

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Laurent Blanc s'est barré et on ne sait pas exactement, au regard des titres autant que de la débandade des derniers mois, si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les Girondins de Bordeaux. Vraisemblablement, il devrait être remplacé par Jean Tigana. Et franchement, là encore, on ne sait pas s'il s'agit de la meilleure des nouvelles. Car les autres candidatures possibles avaient aussi de quoi faire rêver le quidam : ici Erik Gerets, là Gianfranco Zola ou encore Enzo Scifo. Bon. Mais surtout, l'ami Tigana n'est pas exactement ce que l'on appelle un gars facile. Le genre de gars capable de se fermer comme une huître quand ça le chante ou quand on le fait chier. Et puis, une fois encore, ça va mâchonner ferme du bâtonnet sur le bord de la touche et, il faut bien l'avouer, c'est vraiment laid. Ceci étant dit, la mauvaise foi doit aussi avoir ses limites. Car le bonhomme présente aussi des états de service de tout premier ordre. Et faut pas avoir la mémoire courte, l'ancien milieu de terrain de l'équipe de France nous a fait passer quelques-unes des plus belles soirées football des années 80. Et ça, ça n'a pas de prix. Alors rien que pour ça...

La gagne, pas une exclu de 98


C'est un peu l'effet de la victoire des Bleus en 1998 : Zidane et Cie ont rangé les champions d'Europe 1984 dans l'armoire à souvenirs comme autant d'aimables plaisanteries, Michel Platini évidemment mis à part. Mais pour le reste, il faut le rappeler à nos plus jeunes lecteurs : Tigana, tout comme Giresse, Rocheteau, Fernandez, Batttiston et on en passe, sont de vrais super-héros. Mais des super-héros d'une autre époque. Quand les Bleus étaient surnommés les “Brésiliens d'Europe”. Quand ils étaient incapables d'aller gagner un match dans le bloc de l'Est (brrr..., un voyage vraiment flippant à l'époque). Quand tout se jouait lors du dernier match des qualifications avec un sauvetage programmé de Platini. Quand tout surtout se finissait invariablement sur les Allemands. Membre du “carré magique”, Tigana aura sans doute été, derrière Platoche, le membre le plus influent sur la durée de cet entrejeu envié de tous. Et rien que pour ça, Tigana est un monstre, un vrai. D'autant que lui, contrairement à un Alain Giresse, a confirmé sa science sur le banc. Là encore, de la belle ouvrage : une deuxième place en 1995 avec l'OL d'avant (comprenez, la baltringue d'avant le troisième millénaire), un titre de champion à Monaco en 1997, une remontée en Premier League assortie d'un record de points avec Fulham (2001) et puis deux petites coupes nationales qui vont bien avec les Turcs de Besiktas (2005 et 2007). Bref, un ancien grand joueur qui prouve que la culture de la gagne n'est pas une chose née qu'avec France 98. Juste un mec qui, contrairement aux champions du monde de la génération suivante, n'est pas un maître de la com'. Du genre à se fâcher tout rouge à la moindre contrariété et à partir en freestyle avec ses employeurs. En cela, le contraste avec Laurent Blanc pourrait être saisissant. Mais pour le reste, il semble bien que Bordeaux sache où il va en engageant le Franco-Malien.

Pour garder Gourcuff, bon courage !


Car Tigana connaît très bien la maison girondine pour y avoir officié huit grosses années dans les 80's et pas pour blaguer, hein. Trois titres de champion, deux Coupes de France, une demi-finale de Coupe des Clubs Champions perdue de justesse face à la Juve de Platini (0-3, 2-0), et un statut d'homme à abattre. Pas une formule en l'air, demandez à Gillhaus, en service commandé sur lui lors d'un quart de finale de C1 face au PSV en 1988. Oui, Tigana, un nom qui compte dans l'Histoire bordelaise. D'ailleurs chez les champions de France déchus, l'ancien milieu défensif retrouvera quelques vieux compagnons de route des années de gloire comme Trésor et Battiston, comme une garantie absolue de son acclimatation pour son retour dans le Sud-Ouest. Et puis, Jeannot est un vrai familier de la direction du club : il avait organisé un audit du club pour Jean d'Arthuis, l'ex-boss de M6, avant de rencontrer Nicolas de Tavernost quelques années plus tard par l'entremise de Jean Drucker, à son tour aux commandes de la Six, décédé depuis. En clair, les deux parties savent précisément où elles vont. Reste le terrain. Et c'est là que ça se complique. Avec deux interrogations : quel entraîneur pour le seconder dans sa fonction de manager et quelle équipe demain ? Pour le rôle d'adjoint, Tigana ne pourra compter sur sa “garde” historique puisque Christian Damiano, n°2 de la Roma, devrait poursuivre chez les vice-champions d'Italie, tandis que Guy Stephan, actuel bras droit de Deschamps, n'est pas assez con pour quitter l'aventure marseillaise. Bref, Tigana cherche encore la perle rare. Question effectif, il aurait reçu la garantie de ne pas se faire déplumer, hormis Alou Diarra. On s'en doute, le plus dur ne sera pas de conserver Ciani, Sané et autres utilités. Mais pour Gourcuff, bon courage !

Oui, il se pourrait bien que Bordeaux, malgré sa bonne volonté, ne soit pas forcément en mesure de tenir ses engagements. Et doive prier pour que depuis son départ, avec les années, l'ombrageux Tigana, comme le vin, se soit bonifié. Mais rien que pour quelques rêves d'enfance enfouis pas si loin : welcome back !

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