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Tiens, revoilà Antonetti !

L’intérim de Patrick Collot sur le banc du LOSC n’aura donc duré qu’un match. Après l’échec Hervé Renard, Frédéric Antonetti retrouve un banc, celui de Lille, après plus de 900 jours de chômage pour ambiancer cette L1 qu’il connaît bien.

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Les dernières nouvelles de Frédéric Antonetti faisaient un peu de la peine. Lors d’une longue interview accordée en mai à France Football, il disait avoir eu des pépins de santé, avoir dû suivre un régime pour passer le cap sans trop flipper du demi-siècle bien tassé. Il avouait aussi avoir fait des erreurs, de grosses erreurs même, dans son comportement et la gestion de son image. « Je comprends à un moment donné que certains ne m'aiment pas. Quand on me voit sur un banc de touche, il y a des attitudes à ne pas avoir » , se flagellait-il. Pas le genre de la maison pourtant. Et puis il racontait au journaliste n’avoir aucune offre à étudier pour redevenir l’entraîneur qu’il était. Pour un peu, on aurait eu envie de prendre dans nos bras ce gros nounours braillard et excessif pour le consoler et lui dire que le football sur canapé et en pantoufles, c’est bien aussi. Qu’il n’y a pas de honte à être au chômage. Sauf que lui avait l’air d’en être malade, ce dingue du ballon rond, hyperactif toujours en mouvement, dans la gesticulation jusqu’à la caricature de lui-même. La Ligue 1 lui manquait et il manquait aussi un peu à la Ligue 1, ce Joe Pesci du football français, guère capable d’endosser le costume flamboyant de premier rôle (zéro titre, peu d’expérience européenne), mais rarement décevant s’agissant de jouer les seconds rôles. Adepte du ventre mou rassurant, jamais responsable d’une relégation depuis ses débuts sur un banc voici plus de 20 ans. Après Bastia, la parenthèse Osaka, Saint-Étienne, Nice et Rennes, le LOSC sera son cinquième employeur. Sa précédente expérience a duré, mais s’est plutôt mal terminée.

Pas si défensif que ça


En Bretagne, il a duré quatre ans. Un record sous l’ère Pinault. Et son bilan statistique est honnête : 59 victoires pour 38 nuls et 55 défaites. Il a classé Rennes deux fois à la sixième place, l’a qualifié pour une compétition européenne, l’a emmené jusqu’en finale de coupe au Stade de France (sans la gagner, faut pas déconner). Il l’a aussi fait bien jouer parfois, vraiment. Ses velléités sont bien plus offensives que ce que pensent ses détracteurs, de même que son projet de jeu plutôt séduisant à la base. Il cherche à ce que ses équipes aient la possession, qu’elles pressent haut, qu’elles soignent leurs attaques. C’est plutôt intelligent et ça a des conséquences positives : deux saisons de suite en 2011, puis 2012, il a permis au Stade rennais d’être sixième attaque de L1. Pour compléter ce bilan positif, il faut y ajouter des réussites dans sa gestion humaine. Avec lui, Yann M’Vila a été à une époque l’un des milieux de terrain les plus cotés de la planète foot. Il a sorti quelques jeunes aussi, comme Vincent Pajot et Abdoulaye Doucouré. Et puis il a recruté du technicien en faisant revenir Julien Féret, en tentant la relance Stéphane Dalmat, en jouant l’audace avec Jonathan Pitroipa, en lançant Romain Alessandrini en élite. Dans un entretien à Ouest France datant de janvier 2014, il disait ceci de son expérience en Bretagne : « D'accord, les trois derniers mois de la quatrième année ont été mauvais. Si on me juge sur trois mois d'accord. Mais ce qui a été fait avant n'était pas si mal. J'estime avoir fait mon travail. Si les Pinault avaient décidé de nous soutenir à la hauteur de ce qu'ils sont en train de faire aujourd'hui (…), le scénario aurait peut-être été différent. C'est pour cela que j'ai parlé d'arnaque. Bien sûr que sans les Pinault, Rennes ne serait pas où il est. Mais Rennes n'est pas un grand club, je me suis fait avoir. »

Des ratés, dont Brahimi


Des paroles pas dénuées de vérité, mais franchement faciles. À l’en croire, donc, s’il n’a pas pu faire mieux que de maintenir le Stade rennais un niveau « moyen plus » , ce ne serait aucunement de sa faute. Il a fait ce qu’il a pu, avec les moyens qu’il avait à disposition, et qui ne correspondaient d’ailleurs pas à ce qu’on lui avait promis. Alors il a longtemps composé avec cette frustration, avant de lâcher complètement l’affaire lors de derniers mois interminables (une seule victoire sur les 14 dernières journées de la saison 2012/2013). Ces paroles ressemblent au Antonetti plutôt bon client face aux micros, mais qui éprouve les pires difficultés à se remettre en cause. L’abattement et la résignation de son effectif à mesure des saisons à Rennes, ce n’est pas lui. La finale de Coupe de la Ligue complètement manquée face à Saint-Étienne en 2013, pas lui non plus, pas plus que la traumatisante élimination à Quevilly en demi-finale de Coupe de France un an avant. Les ratés Apam, Mandjeck ou Boukari, le triste départ de M’Vila, Brahimi obligé de s’exiler pour exploser, toujours pas lui. Clairement pourtant, Frédéric Antonetti a fait des erreurs, même s’il a du mal à l’admettre. Son bilan final, plus de deux ans après son départ, reste finalement difficilement estimable. La colonne des « plus » paraît aussi chargée que celle des « moins » . Il a d’ailleurs laissé en Bretagne un souvenir partagé. Il arrive à Lille – la bête noire du Stade rennais – avec la mission de secouer un effectif vieillissant, de lui redonner l’envie de jouer ensemble et de se battre pour un objectif qui n’était pas forcément prévu initialement : le maintien. Franchement, ça ne paraît pas insurmontable pour un homme de son expérience. Comme à Rennes pourtant, il aura certainement la frustration d’avoir au-dessus de lui une direction plutôt économe, voire pingre. Il lui aurait tout de même réclamé, fuitait L’Équipe en ce début de semaine, un renfort offensif cet hiver. Ce week-end, Frédéric Antonetti sera sur le banc d’une équipe de L1 pour la 510e fois. Bon retour à lui. Et bon courage.



Par Régis Delanoë
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