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Thomas Lemar : « Je me voyais douanier, comme mon père »

À Monaco, on a beaucoup parlé de la finition de Kylian Mbappé, des montées de Benjamin Mendy, des récupérations de Fabinho, des dribbles de Bernardo Silva alors que l’ailier créatif Thomas Lemar était, sans doute, l’un des rouages les plus importants de l’ASM. International français, l’ambitieux numéro 27 du Rocher se livre sur la folle saison monégasque, mais aussi sur son parcours, son style de jeu et sur la saison avenir.

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Avec le recul, vous prenez conscience de ce que vous avez réalisé l’an dernier ?
Oui, quand même. On a fait une saison extraordinaire, avec des coéquipiers qui sont devenus des potes. On formait une famille et ça nous a portés durant toute la saison. Que ce soit les jeunes, les anciens, les mecs plus expérimentés, on avait comme objectif de ne jamais se prendre la tête et d’avancer tous ensemble. Au fur et à mesure des matchs, on est devenus ambitieux. Ça a payé sur la fin. C’est certain que ça va nous marquer à vie, mais on est déjà dans une nouvelle saison, à nous de faire aussi bien.

Vous aviez compris que vous donniez du plaisir aux gens en matière de jeu ?
Oui, on avait aussi fait un très beau mercato, avec Ben’ (Mendy), Djib’ (Sidibé), Glik, Falcao et Valère (Germain) qui revenaient tous les deux de prêt, tous ces mecs-là avaient l’expérience de la Ligue 1 et de la Coupe d’Europe, ça nous a fait avancer. Et on s’est vite très bien entendu sur et en dehors du terrain.

On a l’impression que votre saison a débuté à Wembley face à Tottenham début septembre. Un match que vous avez pourtant commencé sur le banc.
Oui, Nabil Dirar se blesse rapidement et je rentre contre Tottenham, c’est notre premier match de poule en Ligue des champions. Puis je marque et on gagne. C’est un match forcément particulier car si je ne joue pas ce match, je ne suis peut-être pas titulaire par la suite. C’est un concours de circonstances au départ puis je ne suis plus sorti du onze ensuite.

Un autre tournant, c’est votre convocation en équipe de France, en novembre.
Lors du premier appel, je n’étais pas prêt car je remplace Kingsley Coman qui se blesse. Sur le coup, je suis pris de court même si c’était un objectif sur la saison. En novembre, je suis en soins à La Turbie quand le team manager me dit que le coach souhaite me voir. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre et là il m’annonce que je dois rejoindre l’équipe de France rapidement. Je lui demande si c’est les Espoirs, il me dit que c’est les A. Je suis tellement surpris que la seule réponse que j’ai c’est : « Vous me faites une blague ? » . Ensuite, c’est le feu dans ma tête. Ça va très vite. Je rentre en vitesse chez moi pour faire mes bagages. J’appelle ma mère très rapidement, je ne réalise pas, alors je l’appelle vraiment en coup de vent et je lui annonce en trois secondes. Elle était très étonnée. De mon calme surtout (rires). Pour les rassemblements suivants, j’étais vraiment appelé dès le départ, c’était la récompense du travail collectif.

« Avec Ben' Mendy, on se connaît depuis longtemps. Il a été formé au Havre, moi à Caen, donc on jouait souvent l’un contre l’autre. »

D’autant que vous étiez convoqué avec d’autres Monégasques dont Benjamin Mendy. Comment s’est passée votre entente sur le côté gauche ?
On se connaît depuis longtemps. Il a été formé au Havre, moi à Caen, donc on jouait souvent l’un contre l’autre. On a joué dans les sélections de jeunes aussi et à Monaco, ça a tout de suite fonctionné. On avait une entente technique naturelle. C’était fluide.

À Tanger, lors du Trophée des champions, on vous voit lancer votre latéral en profondeur sur le côté gauche, comme vous l’avez fait tant de fois l’an dernier avec Mendy. Et là...
La balle termine en touche, oui (rires). Terence Kongolo n’a pas les mêmes caractéristiques que Ben’. Que ce soit lui ou Jorge, on va s’atteler à créer des automatismes très rapidement.



Vous avez perdu de nombreux titulaires cet été : comment on relance la machine ?
Ça va être différent au début, mais le coach est là pour retrouver une cohésion, mettre en place des automatismes. Ça va être pareil, là, on va remettre la machine en route. Ça se fera naturellement.

Vous entamez votre troisième saison à Monaco. Est-ce que votre rôle a évolué ?
Tout le monde veut que je sois un leader, mais prendre la parole, ce n’est pas mon truc. Je ne vais pas donner des ordres. Je suis là pour aider mes coéquipiers sur le terrain, c’est tout. Un leader de jeu, oui, à la rigueur. Ça me correspond sans doute plus.

« Il faut que les gens se rendent compte de la dureté de la Ligue 1. »

Monaco va être forcément être plus attendu que l’an dernier...
On reste une équipe de jeunes, on va rester insouciants quoi qu’il arrive. On ne se prend pas la tête, on veut participer à la Ligue des champions, c’est ça l’objectif principal. Si on termine premier, on sera très content. Si on termine deuxième ou troisième, on aura fait le job. Cette saison, on sait que ça sera très compliqué, on l’a vu dès le premier match contre Toulouse (victoire difficile 3-2 à domicile après avoir été mené deux fois au score, ndlr).

La Ligue 1 a changé de dimension cet été. Neymar, Sneijder, Bielsa, Ranieri...
De très grandes stars arrivent, ça va enrichir le championnat, le rendre plus passionnant. Il faut que les gens se rendent compte de la dureté de la Ligue 1. C’est compliqué. C’est un très bon championnat, avec de très bons jeunes, des entraîneurs au point tactiquement.



C’est aussi une année de Coupe du monde. Est-ce que ça change quelque chose dans votre approche de la saison ?
J’y pense, forcément. Il y a une saison à faire et ma présence au Mondial passe par des performances en club. Je ne me mets aucune pression malgré tout.

« On a des latéraux qui montent énormément alors je peux rentrer dans l’axe et faire partie de la création. »

Dans le 4-4-2 de Jardim, vous êtes un joueur de côté, mais pourtant au cœur de la création. Quel est votre poste de prédilection ?
Je suis un milieu axial au départ, mais je me suis adapté au coach. On a la chance d’avoir des latéraux qui montent énormément alors je peux rentrer dans l’axe et faire partie de la création. Le coach a vite compris que je n’étais pas un ailier de débordement (rires). Ce n’est vraiment pas mon fort d’être sur un côté.

L’an dernier, vous avez autant marqué de buts que délivré de passes décisives (14). Quel sentiment est le plus fort ?
Je suis plus un passeur honnêtement. La sensation de délivrer une passe décisive est plus forte. Surtout avec les buteurs que l’on a, que ce soit Falcao, Silva, Mbappé, Germain, on s’est tous régalé. Donner une balle de but, c’est un sentiment unique. Bien plus fort que marquer.

Vous avez aussi marqué de nombreux coups francs directs.
C’est un exercice que je travaille régulièrement. Il faut que cela devienne une arme pour nous. On a la chance d’avoir de très bons tireurs à Monaco. Boschilia a une main à la place du pied. Vraiment. Ça force à élever le niveau.

« Depuis petit, je suis dans l’anticipation pour éviter les coups. »

Dans quelle mesure votre petit gabarit vous a obligé à jouer différemment ?
Depuis petit, je suis dans l’anticipation, dans la prise d’informations pour éviter les coups ou perdre le ballon bêtement pour donner des possibilités de contre-attaque. J’essaie de jouer le plus simplement possible tout en optimisant mes déplacements. Si je peux aller provoquer, je vais y aller. Je suis obligé de jouer sur mes forces, je dois savoir exactement ce que je vais faire avant de recevoir la balle. Je ne suis pas un grand dribbleur, je suis plus dans les changements de direction, un joueur d’instinct.

C’était une crainte, jeune, d’exploser au moindre contact physique ?
Pour moi, non. Pour mes entraîneurs à Caen, sans doute plus, oui. C’est du passé maintenant. Je me suis étoffé avec l’âge, on est obligé de faire le minimum pour résister dans les duels, surtout avec la Ligue des champions.



On dit souvent que les gauchers sont exclusifs, mais ce n’est pas forcément votre cas.
Disons que j’essaie de travailler le droit de temps en temps (rires). Si je peux faire une transversale du droit, je m’y colle. Si je la foire, ce n’est pas très grave.

Petit, vous rêviez de quoi ?
J’ai toujours plus ou moins voulu être footballeur sans pour autant que ce soit un rêve. Jusqu’à mon entrée au centre de préformation en Guadeloupe, je n’y pensais pas. Mais au fin fond de la Guadeloupe, c’est compliqué de s’imaginer footballeur. Sinon, je me voyais douanier, comme mon père.

« Petit, j’adorais David Silva. Je l’ai affronté en vrai, quel joueur... »

Première idole ?
J’étais fan du milieu du Barça, Xavi-Iniesta-Busquets. Mais en joueur, j’adorais David Silva. L’an dernier, j’ai enfin joué contre lui en Ligue des champions. Quel joueur... Petit, gaucher, pffiou... C’est vraiment quelque chose. La touche espagnole, ça me parle.

Vous êtes parti tôt de Guadeloupe pour Caen, à 14 ans. Avez-vous douté ?
Non, mais c’était compliqué. On était plusieurs Guadeloupéens à Caen donc on se serrait les coudes. Mais être loin de sa famille, 8000 kilomètres quand même, c’est difficile. Alors je me focalisais sur mon objectif. Avec le temps, on s’habitude à la distance, à la solitude. Ça donne une force mentale incroyable. On devient autonome très vite, on allait laver le linge en ville, tu gères ton argent de poche, tes fringues, ta chambre, t’es tout seul donc tu deviens indépendant très vite. Je suis très proche de mes parents, mais je pense que ça a été plus dur pour eux que pour moi. Dès que j’ai eu mon premier contrat professionnel à Caen, j’ai pris un appartement. Je me suis occupé de moi, des courses, ça fait partie de l’apprentissage.

Valère Germain dit de vous que vous avez une préparation invisible très au point, que vous aviez déjà tout compris des spécificités de votre métier.
C’est mon métier de footballeur : dormir, manger sainement, se reposer, faire les soins, bain froid, bain chaud. Ça devient un rituel à force. À Monaco, à 19 ans, c’était facile à suivre comme rituel puisque je ne jouais pas beaucoup au début (sourire). Mais quand on veut s’imposer au plus haut niveau, il faut passer par là.



De nombreux footballeurs occupent l’espace médiatique via les réseaux sociaux. Ce n’est pas votre cas.
Je vais devoir en passer par là, faire un petit effort, vraiment léger. Ce n’est pas du tout mon truc. À Monaco, avec Djibril Sidibé, on est les seuls un peu réfractaires à ça. C’est sûr que par rapport à Benjamin Mendy, ça change (rires).

Pourtant, vous êtes catalogué comme un sacré filou en interne...
(Rires) Oui, bon, j’aime bien chambrer. Une fois en déplacement à Montpellier, on s’est mis à plusieurs sur Djibril Sidibé. Il adore le sirop de pêche et on a changé son sirop par du vinaigre. Il a quand même goûté malgré l’odeur. Il a recraché direct sur tout le monde (rires). Mais je ne suis pas le seul à titiller. Moutinho, c’est le pire. C’est un père de famille, il a 30 ans, mais c’est un gamin. Une fois, on se décrassait tranquillement et il m’a chopé les deux chevilles par derrière et je suis tombé direct la tête en avant. Quand t’as une bonne ambiance dans une équipe, tu peux tout faire.

Pourquoi le numéro 27 ?
Tout bête, à Caen il restait trois numéros : 25, 26 et 27. Un joueur plus grand que moi a pris le 26, Jérôme Rothen est revenu au club et a pris le 25 alors j’ai pris le dernier libre. Et dès que j’arrive dans un club et que le 27 est libre, je le prends alors que je ne suis pas du tout superstitieux.

À quoi ressemble votre vie en dehors du football ?
J’ai une vie banale : film, sieste, série. En ce moment, je suis sur Power, The 100 et Games of Thrones.

Vous avez vu le dernier épisode de Game of Thrones ?
Pas encore.

Regardez-le...
Ah oui ? On va regarder ça vite alors.

Propos recueillis par Gabriel Marson Photo : Fifou