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Thierry Henry et l'opportunité catalane

À ses débuts, la carrière de Thierry Henry au Barça a senti le sapin. Une erreur de casting qui, fort heureusement, n’a duré qu’une saison. Entre acclimatation espagnole et intégration au toque, Titi s’est surtout attelé à se mettre dans la poche l’exigeant public du Camp Nou. Et pour ce, il a actionné le levier indépendantiste cher aux Catalans.

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À défaut de les élire, le Camp Nou choisit ses princes. De Leo Messi à Luis Suárez - premier du nom - en passant par László Kubala, l’antre blaugrana se veut d’une exigence sans faille envers ses stars. Que ce soit grâce à des prouesses sur le pré comme à des saillies publiques en dehors des terrains, il les érige au rang de demi-dieux, à l’instar de La Pulga, ou les descend en flèche, en atteste l’épisode de Luís Figo, passé du statut d’étendard culé à celui de parjure en un transfert vers l’ennemi héréditaire merengue. Lorsque Thierry Henry débarque en Catalogne à l’été 2007, il est au fait de cette pression médiatique sans commune mesure avec ses précédentes expériences turinoise ou londonienne. Le joueur avisé qu’il est met pourtant une saison à se mettre le public azulgrana dans la poche. Plus que par des performances éblouissantes, ce sont bien quelques déclarations dans la presse locale qui lui permettent de prendre du galon dans le cœur des aficionados. Car oui, avant qu'il ne se prononce dans une interview pour La Vanguardia à la fin février 2009 sur son amour pour la Catalogne, l’épisode Henry au Barça se résume à une incompréhension avec la nébuleuse du Camp Nou.

Le seul domaine où Arsenal domine Barcelone

L’échec cuisant des Quatre Fantastiques


« Les Quatre Fantastiques » . Loin d’Hollywood et de ses blockbusters, la presse catalane innove lors de l’officialisation du transfert de Thierry Henry vers le FCB à l’été 2007. Après la première ère des Galactiques de Florentino Pérez, la direction de Joan Laporta mise à son tour sur une équipe composée presque exclusivement de stars. Aux côtés du Français, dragué depuis des saisons par la direction du Barça, se retrouvent Ronaldinho, Eto’o et le prometteur Messi. Avec ce quatuor, le Camp Nou espère faire tourner les têtes, tout en s’offrant des bénéfices records grâce au merchandising. La saison s’écoule, et l’échec est au rendez-vous. Bancal sans son sempiternel 4-3-3, le Barça échoue dans toutes les compétitions auxquelles il participe. Quant à Henry, ses performances inquiètent autant qu’agacent l’aficion. Pour les journalistes locaux, la goutte d’eau déborde du vase à la suite de la demi-finale de Ligue des champions face à Manchester United. « En plus de ne pas être bon, il passait en zone mixte sans jamais s’arrêter » , rembobine Felip Vivanco, journaliste du quotidien régional La Vanguardia. « Alors, après cette demie, un collègue de la télé catalane s’est énervé contre lui. »
Cette engueulade entraîne un changement radical du comportement du Français vis-à-vis de la presse barcelonaise. Chaque fin de rencontre, ou presque, s’accompagne alors d’un arrêt d’Henry auprès des micros de ces médias. À l’instar de sa bonhomie affichée à Arsenal, il retrouve le sourire face caméra. Pour autant, le déclic sur les prés se fait toujours attendre. Pep Guardiola, débarqué sous la guérite du Camp Nou lors de l’été 2008, tente bien de lui rendre sa meilleure version, la différence entre le toque espagnol et le jeu direct anglo-saxon n'est pas si évidente à gommer. À la mi-saison, les mouches changent enfin d’âne, et le natif des Ulis retrouve de sa superbe sur un flan gauche dont il a enfin adopté les préceptes. Surtout, il s’offre une déclaration d’amour envers la Catalogne lors de sa première interview fleuve concédée depuis son arrivée. Felip Vivanco, auteur de l’entretien, raconte : « Contrairement à certains joueurs, Henry est très, très intelligent. Il a bien compris que pour se faire adopter définitivement, il fallait déclarer sa flamme à la Catalogne. Et quoi de mieux que de le faire dans les pages qu’un quotidien généraliste et catalaniste. »

Henry : « La Catalogne n’est pas l’Espagne »


Dans les faits, Henry s’offre un cours de géopolitique version ballon rond : « La Catalogne, ce n’est pas l’Espagne, et ça, il faut le sentir. Il faut le vivre pour le comprendre. » Ces quelques mots lui permettent alors d'entrer dans une nouvelle spirale avec le Camp Nou, plus positive. Pour sûr, les aficionados blaugrana ne manquent plus de saluer le Français, enfin apte à comprendre la spécificité catalane du FC Barcelone. Surtout, c’est dans le vestiaire que ses paroles font mouche : « On m’a raconté que lorsqu’il est entré dans le vestiaire au lendemain de l’interview, les joueurs catalans l’ont applaudi sous les chants de "Molve Catala", autrement dit "Vive la Catalogne" » , dixit ce même Felip Vivanco. Ce nouveau catalanisme lui fait ainsi gagner l’amour du public et le respect des cadres du vestiaire. Mieux, Thierry Henry offre, lors des semaines qui suivent, son meilleur visage sous la tunique catalane. Sa meilleure performance reste, elle, un doublé dans l’antre de l’ennemi merengue, symbole de ce pouvoir castillan qui refuse toute indépendance à la Catalogne. Encore un coup calculé d’avance ?




Par Robin Delorme
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