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Supporteur du PSG, je n'ai pas vibré hier

Dix-neuf ans que le supporteur du PSG attendait ça. Une éternité. Pour toute personne ayant Paris dans la peau, voir Lens, Auxerre ou Montpellier être champion de France, ça fait mal. Voir Lyon régner sans partager sur la Ligue 1, ça fait mal. Voir Marseille interrompre sa disette avant Paris, ça fait mal. Cette saison devait donc être celle de la revanche. Du retour du grand Paris, propulsé par les fonds illimités du Golfe. Bref, cette saison devait permettre aux Parisiens de vibrer à nouveau. Mission accomplie. Ou pas ?

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L'histoire retiendra que ce dimanche 12 mai 2013, peu avant 23 heures, le Paris-Saint-Germain a remporté son troisième titre de champion de France, le premier de l'ère qatarie. Le premier d'une longue série annoncée paraît-il. Dès le coup de sifflet final, des milliers de Parisiens descendent sur les Champs, crient, boivent, agitent les écharpes, pètent quelques vitres... L'épilogue d'une saison pas comme les autres, achevée dans une nervosité incroyable. Le titre était promis à Paris, on le savait. Neuf mois que le bébé était attendu. L'accouchement s'est fait dans la douleur.

Lundi 13 mai, lendemain de fête et gueule de bois avec ou sans champagne. Quand il dresse un premier bilan de cette saison 2012-2013, le supporteur parisien éprouve sûrement plus de soulagement que de bonheur. Après tout, l'an dernier aussi il devait gagner. Une saison de malade de Montpellier en a décidé autrement. Cette fois ça passe, mais Marseille n'est pas passé loin, à grands coups de 1-0, de faire le même braquage.

Docteur Jekyll et Mister Hyde

Alors oui, on a un peu vibré cette année, au Parc ou devant sa télé. Pour les signatures d'Ibra et de Thiago Silva, on a même bandé. On doute un peu en août, mais la machine se met vite en route. L'attaque est rodée, Zlatan met des ailes de pigeon au Vélodrome, ça gagne contre les gros et ça se balade en Ligue des Champions. Le Parc découvre Verratti, apprend (enfin) à aimer Pastore, s'enflamme à chaque chevauchée de Lavezzi et se prend à rêver d'une saison de dingue. Un huitième de C1 aller à Mestalla permet même de constater que le (gros) cheikh signé par Nasser pour faire venir un Brésilien de 20 piges valait le coup.

Mais honnêtement, la saison 2012-2013 du PSG laisse un gros gros goût d'inachevé pour les fans parisiens. Oui on est champions, mais on voulait plus. Sur le palmarès, déjà. Une petite coupe nationale n'aurait pas été de trop. On a le droit de se faire sortir aux tirs aux buts. On n'a pas le droit d'être aussi nuls que lors de ce quart de finale de Coupe de France contre Evian, avec autant de millions alignés sur la pelouse. Aucune envie, aucune rage, aucun respect. Capable d'être monstrueux certains soirs et de faire trembler le grand Barça, Paris est ridicule dès qu'il joue chez les petits, ce que Lyon n'était jamais. Sochaux, Reims et Evian en ont profité pour choper leur quart d'heure de gloire. Et ça, le supporteur n'aime pas.

Hier soir, même les scènes de liesse sonnaient faux dans le camp parisien. Comment s'enthousiasmer en voyant les déclarations d'une tristesse accablante d'Ancelotti, Zlatan, Beckham ou Al-Khelaïfi ? Même pas un Leonardo balancé sous la douche, un Nasser bombardé de champagne ou un seau d'eau versé sur Carlo. On ne demandait pas une crête à la Nicollin, mais quand même... Le PSG n'a pas gagné hier, le PSG a fait le job. C'est tout.

Paris, c'était mieux avant ?


Finalement, est-ce qu'on ne vibrait pas plus avec le PSG loser ? Celui qui gagnait une Coupe tous les deux ans pour cacher la misère quotidienne d'un club aux abois, dominé par la Province et bien trop occupé à virer ses entraîneurs et gérer ses tribunes. Celui des Yepes, Rothen, Mendy et Pauleta, celui qui mouille le maillot et se maintient à l'arrache grâce à un doublé de l'immense Amara Diané un soir de mai 2008 à Bonal. Celui des virages Auteuil et Boulogne qui craquaient des fumis aussi souvent qu'on boit du champagne aujourd'hui en tribune Francis Borelli. En vacances, on avait un peu honte de dire qu'on était pour Paris. Mais la moindre petite Coupe de France nous faisait kiffer grave. Hier, Zlatan s'embrouille avec Leonardo, les joueurs chantent en italien et les Français de l'équipe font la fête de leur côté. Super.

On ne fait pas la fine bouche, aujourd'hui. Ce titre reste merveilleux pour tous ceux qui aiment Paris. On est content pour le titi Sakho, pas à la fête cette saison. On est émus de voir Armand, professionnel ultime, soulever Hexagoal. Mais on n'oublie pas que beaucoup hier ont surjoué leur bonheur, la tête déjà tournée vers ce mercato estival qui s'annonce crucial pour Paname. On n'oublie pas que cette année, Paris a exaspéré ses fans plus d'une fois, en jouant en marchant, en prenant des rouges et en pleurnichant dès que onze provinciaux avaient le culot de ne pas s'agenouiller devant eux sur le terrain.

Après tant d'années à souffrir, les Parisiens attendaient mieux que ça. Le PSG a gagné la Ligue 1, mais Paris n'a pas gagné le respect. Il n'aura jamais celui de la France du foot, mais qu'il essaye déjà de regagner celui de ceux qui ont pleuré avec lui pendant quinze ans. Comment ? Vaste question. Des recrues françaises ? Une formation digne de ce nom ? Le retour du vrai Parc des Princes ? Les supporteurs veulent des succès, oui. Pas à n'importe quel prix.

Par Benjamin Jeanjean
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