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Super Huth

Dans ce casting de fonds de tiroir merveilleux qui a fait de Leicester le plus improbable et le plus beau des champions d’Angleterre, Robert Huth ne dépareille pas. Un colosse aussi dur que drôle, révélé à Chelsea et plombé toute sa carrière par des blessures. Pour mieux se relever.

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Les 32 000 personnes présentes samedi 7 mai au King Power Stadium ont peut-être attendu ce moment toute leur vie : Leicester est champion d’Angleterre. Andrea Bocelli tonne, comme lors de la finale de Ligue des champions. Claudio Ranieri pleure. Comme souvent. Jamie Vardy marque. Comme toujours. Everton ne gâche pas la fête, et les joueurs peuvent communier avec leur public, le trophée bien en main. Une tête dépasse. Elle semble taillée dans la pierre, avec sa mâchoire carrée et son nez fier, posée sur un coup de taureau, pas si loin finalement d’une statue de l’île de Pâques.

C’est Robert Huth, 1,92m, le reste du corps à l’avenant, ses muscles saillants sous son maillot et son short. Sauf que l’Allemand est suspendu depuis son arrachage de cheveux sur Marouane Fellaini. Qu’importe, Huth avait prévenu sur Twitter : «  Going full John Terry today !! #fullkit #LCFC.  » Un hommage humoristique au capitaine emblématique de Chelsea, qui avait agi de la sorte en 2012 lors de la victoire des Blues en Ligue des champions. Dans un autre temps, les deux étaient coéquipiers. Dans un autre monde, ils pourraient l’être encore.

Laver les chaussures


Comme Terry, Robert Huth arrive jeune à Chelsea. Repéré par les scouts des Blues lors d’un match international en Irlande. Il quitte son Berlin natal à seize ans pour Londres sans comprendre grand-chose à la langue de Shakespeare. Très vite, il se rapproche de Sebastian Kneißl, un compatriote attaquant d’un an son aîné. Les deux Teutons écoutent, impressionnés. Le club n’a pas encore été racheté, mais l’effectif compte son lot de médaillés : Didier Deschamps leur propose de l’aide pour leur premier jour, Marcel Desailly leur fait laver ses chaussures. Nous sommes en 2001, et l’entraîneur s’appelle alors, ironie du destin, Claudio Ranieri.


Sous ses yeux, le timide Huth se métamorphose. «  Sur le terrain, il était déjà très déterminé, explique Kneißl, aujourd’hui entraîneur et agent de coachs. Il savait ce qu’il voulait et il était sans pitié en défense, impitoyable. Il avait 16 ans, mais il taclait les grands joueurs et ne s’excusait pas.  » Une volonté de fer qui vient de l’autre côté du mur.
« Il tirait à lui seul tous les autres dans son sillage. Il avait cette volonté que les autres n’ont pas. » Gunnar Heidrich, éducateur au FC Union Berlin
Celui qu’on appelle aujourd’hui le «  Berlin Wall  » est né à une époque où l’original n’était pas encore tombé, à l’Est, où rien n’est facile. Gunnar Heidrich, éducateur au FC Union Berlin, connaît bien son gamin, qu’il a eu trois ans sous son aile : «  Assez souvent, il tirait à lui seul tous les autres dans son sillage. Il avait déjà toutes les qualités qu’il montre aujourd’hui : sa volonté extraordinaire, sa combativité, sa bravoure. Il y en avait d’autres meilleurs que lui au niveau football, d’un point de vue technique ou tactique. Mais il avait cette volonté que les autres n’ont pas.  »

Coup de tête et Portugais


Huth est ce qu’on appelle couramment un défenseur à l’ancienne. Bon dans les duels, très dur à passer - «  Même les meilleurs buteurs, Hasselbaink, Crespo, disaient qu’il était incroyablement fort  » , dixit Kneißl -, gros tacleur, puissant, énorme joueur de tête.
« À l'entraînement, pendant 25 minutes, Robert ne faisait que dégager de la tête. C’était complètement fou. Il avait aussi des cibles, et il devait les toucher avec ses têtes. » Sebastian Kneißl
Un «  package complet  » d’après Heidrich, façonné à force de travail. Beaucoup de travail. L’intelligence d’Huth, c’est de connaître ses qualités, et d’en tirer profit le mieux possible. Sebastian raconte : «  Il restait toujours pour s’entraîner plus longtemps que les autres. Il travaillait même plus que Frank Lampard. Mais il ne jouait pas au football. Robert se tenait dans la surface. Et les assistants envoyaient des longs ballons aériens. Et pendant 25 minutes, Robert ne faisait que dégager de la tête. C’était complètement fou. Il avait aussi des cibles, et il devait les toucher avec ses têtes.  »


Cette abnégation plaît à Ranieri, qui lui offre ses premiers pas en PL, et tant pis pour les pieds carrés. «  Il lui disait : "Fais ton job. Prends la balle et donne-la à Frank Lampard", se marre Sebastian. Son job était de donner le ballon à ceux qui savaient s’en servir. C’est son style de jeu, le style de jeu anglais.  » Heidrich approuve : «  Il s’est complètement adapté au style anglais dès le début, et il a complètement été adopté. Il a quelque chose de britannique en lui.  » Huth est un adepte de la devise «  playon  » : pas de faute, on continue. D’ailleurs, il déteste les pleureuses et les simulateurs. Il se prépare à prendre la relève, dans l’ombre de Desailly, Gallas et Terry.


En 2004, l’histoire prend néanmoins un tournant inattendu. Ranieri est remercié, au profit de José Mourinho et son contingent de Portugais, dont Ricardo Carvalho.
« Juste après son opération de la cheville, il me dit : "Ok, l’opération est terminée, tout doit être bon." Je lui dis : "Nononononon, tu as une cicatrice, tu ne peux pas marcher." Et il m’a répondu : "Si, je peux." » Sebastian Kneißl
C’est le Chelsea qui «  qui joue en mode triche à Football Manager » d’après Huth lui-même. Pas la meilleure des situations pour l’éclosion d’un jeune joueur. D’autant plus que le bon géant fait connaissance avec une compagne qui le suivra toute sa vie : la blessure. «  On était tous les deux touchés à la cheville et on avait besoin de repos, se rappelle Sebastian. Mais Robert s’en foutait. Juste après l’opération, il m’a dit : "Ok, l’opération est terminée, tout doit être bon", et je lui ai dit : "Nononononon, tu as une cicatrice, tu ne peux pas marcher." Et il m’a répondu : "Si, je peux", il a marché, et ça s’est rouvert. Je lui ai dit : "Regarde, tu saignes." "C’est seulement un peu de sang." Il s’en foutait, il voulait juste jouer au foot.  » Alors que l’attaquant plonge et se perd dans la nuit londonienne, le défenseur redouble de travail. Il sait qu’il ne peut pas rester, mais qu’il lui suffit de 10 ou 15 apparitions pour être remarqué par une autre équipe. Huth se vend aussi avec la Nationalmannschaft, alors en pleine transition entre son ancien style restrictif et l’actuel plus porté sur le jeu. Après une Coupe du monde 2006 où il perd sa place au profit de Metzelder, il tape néanmoins dans l’œil de Middlesbrough. Robert Huth ne sera jamais John Terry.

L'autre Angleterre


Le reste de la vie de Robert, celle d’un robuste défenseur de PL, commence mal. Recalé, il doit s’y prendre à deux fois avant de passer sa visite médicale. Un présage qui n’annonce rien de bon. À Boro, Huth alterne bonnes performances et blessures, et décide globalement d’arrêter de parler aux médias, lassé de toujours répondre aux mêmes questions. Seule sa saison 2008-2009 est - presque - satisfaisante, au point d’être rappelé en NM, seulement pour être forfait à cause d’un pied touché. De rechute en rechute, il doit finalement quitter le navire en 2010, seulement 63 petits matchs en 4 ans à son compteur.


Tony Pullis lui ouvre la porte de Stoke. Au sein de l’équipe la plus détestée du pays, Huth renaît. Le vent, la pluie, le kick’n’rush, les touches longues de Rory Delap, tout ça, ça lui plaît beaucoup. Il peut laisser cours à son côté anglais, humour compris. Dans les vestiaires, Huth fait le pitre, et sur Twitter, sa complicité avec Jonathan Walters vaut le détour. Tout comme sa participation au jeu Cock or no Cock, où il faut deviner le sexe de la personne à partir de photos NSFW, qui lui vaudra une belle amende. De quoi être adulé par les fans, qui voient en lui un type comme eux, et lui dédient une chanson : «  Robert Huth, Huth, Huth, He's a massive german youth, Robert Huth, Huth, Huth, He'll knock out your tooth. To the left to the right, He'll defend with all his might, He's the best defender in the land, And he shits on Ferdinand…  »

Vidéo

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Encore une fois trahi par son corps, Huth quitte Stoke début 2015. «  Now the sexy football show rolls into Leicester !!  » tweete-t-il.
« Yes ! Ligue des champions assurée ! Je ferais mieux de commencer à bosser mon coup du foulard ! » Robert Huth sur Twitter
Le maintien assuré d’un rien, l’Allemand voit débarquer Claudio Ranieri, l’entraîneur de ses débuts, l'été venu. La suite, c’est une saison parfaite, ponctuée de coups, de clean sheets, de buts, de tweets ( « Yes ! Ligue des champions guaranteed ! Better start practicing my Rabonas » ). De professionnalisme toujours, lui qui a acheté un gros Range Rover aménagé et engagé un chauffeur pour pouvoir dormir sur le trajet Leicester-Manchester, où il habite. Au point de reparler de lui pour l’Allemagne, même si Jogi Löw a déclaré qu’il n’entrait toujours pas dans le bon moule. Trop anglais. Huth a ainsi dépassé Didi Hamann au nombre de matchs en PL. Pour finir par la soulever. En tenue. Robert Huth n’est pas John Terry, n’est pas défenseur de Chelsea, n’est plus tout à fait allemand, n’a pas 100 sélections en équipe nationale, ne sait toujours pas faire une passe. Robert Huth est seulement champion d’Angleterre.

Par Charles Alf Lafon
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