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« Substitute » , le foot écrit par les vainqueurs et filmé par les supplétifs

Ce vendredi sera projeté Substitute à 14 heures, dans le cadre du festival international du film sportif, dans le complexe « L'écran » de Saint-Denis (93), suivi d'un débat avec les deux auteurs – Fred Poulet et Vikash Dhorasoo - de cet objet non identifié du cinéma français. Comment un groupe se construit en laissant certains sur le carreau ? Est-on encore un footballeur quand on ne joue pas ? Retour sur ce moment de 2006.

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Bien avant que L'Équipe ne viole le sacro-saint sanctuaire du vestiaire et provoque le drame national de Knysna, Vikash Dhorasoo et son acolyte Fred Poulet avaient donc déjà, à leur manière, levé le voile du mystère et des secrets de famille d'une sélection nationale. En 2007 sort Subsitute, hommage évident au titre des Who, création hybride entre docu et fiction où le principal acteur tient parfois la caméra – une Super 8 - et dont finalement le héros se révèle en creux : le manque. Le manque de temps de jeu, d'intérêt, d'engagement, etc. Ou par quelle magie noire le fils prodigue de Raymond Domenech, présenté un temps comme la relève du foot hexagonal, se retrouve à capter sur pellicule, du mauvais côté de la ligne de touche, sa descente dans le premier cercle des enfers, celui des limbes.

« Je suis assis sur le banc, en train de mater mes coéquipiers tapant le ballon et l'Italien »


Albert Camus disait : « Vraiment, le peu de morale que je sais, je l'ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. » . Impossible de ne pas partager son sentiment et la comparaison entre ces univers. Dans les deux cas, il existe une caste, structurelle et presque structurante, de laissés pour compte. Le banc de touche ou la doublure, vivre dans l'espoir que le « titulaire » ou « la vedette » se plante, saisir sa chance dans l'ombre de la chute d'un autre. Il ne s'agit pas d'avoir du talent ou de pouvoir le démontrer, encore s'impose-t-il de ne pas subir la bonne fortune des autres. Les dieux du stade sont farceurs et cruels. Les champions ne leur suffisent pas, ils réclament aussi leurs quotas de « destins brisés » pour nourrir leur appétit dramatique.

Vikash Dhorasoo le résume lui-même sur son blog Tatane : « Le 9 juillet, l'équipe de France est en finale, et moi, je suis assis sur le banc en train de mater mes coéquipiers qui tapent le ballon et l'Italien. France-Italie. Je suis prêt, chaud bouillant, comme d'hab, mais je n'entre pas sur le terrain. » Tout est là : un immense cri. Il n'est pas un supporter, mais un joueur. Tout ce que l'on rêvait d'entendre depuis des années. Le foot, c'est d'abord un sport individuel où l'on doit jouer collectif. Toutefois, le remplaçant s'en moque. Surtout durant un Mondial. Un tel événement, que tout le monde attend. Alors devoir ronger son frein en donnant le change aux médias et aux fans ! Fred Poulet se souvient encore d'avoir été lui-même pris dans l'ambiance : « Mon meilleur souvenir émotionnel reste la finale. J'aime le foot. La Coupe du monde, c'est un truc énorme. Et là, je me retrouve dans le stade, ultra bien placé, avec ma caméra en train de faire un film dans lequel j'étais complètement investi, avec un mec qui était en train de devenir mon ami, et la France arrive en finale. À un moment, je suis remonté aux toilettes et j'ai pris conscience de tout cela, j'ai une grosse montée… »

Ou comment raconter le rien


Vikash a joué seize minutes de cette Coupe du monde-là. Quelque part, la défaite contre la Squadra Azzurra lui a épargné un statut d'aigri dans la mémoire collective, d'autres tragédies ont pris le dessus. Le sport ne voit que les gagnants, mais le cinéma aime les losers. Substitute est la rencontre improbable entre ces logiques antagonistes, le tout happé par le soleil noir d'un adieu raté d'une grande génération de joueurs au football. « Alors que toute la France gagne, continue l'ex-milieu de l'OL et du PSG, moi, j'assume tout ça. Je n'ai pas de problèmes avec ce que dit le film à ce niveau-là, mais il faut savoir que c'était toujours hyper paradoxal, beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Sur le coup, j'étais avec tout le monde, j'étais content, et puis, ensuite, j'étais dans ma chambre, tout seul… »

Comme le précise le réalisateur Christophe Honoré, la position unique de Vikash Dhorasoo permet en fait, ontologiquement, la bascule dans le 7e art. « Étrangers en ce pays (le cinéma), ils finissent par nous raconter deux, trois choses sur le cinéma que bien des films ne racontent plus. Notamment qu'est-ce qu'on filme quand il ne se passe rien ? Qu'est-ce qu'on montre quand l'action se fait impuissante ou se joue ailleurs ? » Exactement le point nodal de Substitute. Un mélange de Napoléon à l'île d'Elbe et de chambre des secrets, qui mit même un certain temps à venir s'imposer dans l'esprit de Fred Poulet : « Sur le film lui-même, j'avais donné aussi de quoi enregistrer du son à Vikash. D'ailleurs, il me disait qu'il ne s'en sortait pas avec. Pendant que j'étais sur le montage, il m'a relancé dessus, me demandant si j'avais eu le temps d'écouter les bandes. À force d'insister, je l'ai fait. Je suis tombé sur cette longue scène. Il est trois heures du mat, il ne dort pas, comprend qu'il ne va pas jouer, il se confie longtemps au magnéto. Ce fut une des grands moments de fabrication du film… J'avais déjà mon film et j'avais omis cela. C'est revenu d'un coup avec cet enregistrement. » You'll never film alone !


Par Nicolas Kssis-Martov
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je ne comprendrai jamais l'amnistie générale accordée à Zidane, qui ruine la finale et lâche ses coéquipiers, et l'acharnement médiatico-public sur Vikash, qui (scandale !) a fait un film.

oui, blabla, Zidane est un grand joueur etc. ça a empêché personne d'éreinter Titi Henry après l'Irlande, et là encore c'était dans le sens de l'équipe. Et à l'instar de Micoud ou Lachuer (!), Dhorasoo a eu le malheur d'être dans la génération Zidane, et de paraître un peu plus intelligent que le stéréotype du footballeur (social-traître ?) : est-ce que ça explique que même lors de sa placardisation honteuse au PSG, les observateurs étaient côté Lacombe (Guy Lacombe sérieusement les mecs) ? Etrange traitement.
Mectoooooon Niveau : Loisir
Parce que tu crois que sans Zidane tu vas en finale ??
Message posté par Mectoooooon
Parce que tu crois que sans Zidane tu vas en finale ??


et alors quoi, what God giveth, God taketh away ? On parle d'un joueur de foot, hein.

aucun moyen de savoir si la France va en finale sans Zidane, mais une chose est sûre, quitte à aller en finale autant essayer d'aller au bout, non ?
Et pourquoi ne pas parler du film "Il Mundial Dimenticato" qui fait l'ouverture ou même "Comme Un Lion" ?

"Substitute" est quand même d'un ViDe sidéral. C'est le concept même, l'idée de base ( donner une caméra à un footballeur pro qui n'a que peu de chance d'être sur le terrain pendant le tournoi - non intégré au groupe de plus ) qui à la base était bancale. Cette caméra aura peut-être pu l'aider à communiquer avec ses coéquipiers. Il aurait aussi pu partager sa chambre avec son protecteur, aussi !

VD aurait mieux fait d'embarquer une GoPro ( Uchronie...) avec lui discrètement.

En parlant de film et foot, je vous recommande "Der ganz große Traum" avec Daniel Brühl. Qui explique pourquoi le stade de Brunswick s'appelle Konrad Koch Stadion entre autres.

Ceci dit, j'l'aime bien Vikash !
Message posté par ouam
je ne comprendrai jamais l'amnistie générale accordée à Zidane, qui ruine la finale et lâche ses coéquipiers, et l'acharnement médiatico-public sur Vikash, qui (scandale !) a fait un film.

oui, blabla, Zidane est un grand joueur etc. ça a empêché personne d'éreinter Titi Henry après l'Irlande, et là encore c'était dans le sens de l'équipe. Et à l'instar de Micoud ou Lachuer (!), Dhorasoo a eu le malheur d'être dans la génération Zidane, et de paraître un peu plus intelligent que le stéréotype du footballeur (social-traître ?) : est-ce que ça explique que même lors de sa placardisation honteuse au PSG, les observateurs étaient côté Lacombe (Guy Lacombe sérieusement les mecs) ? Etrange traitement.


Non Zidane n'est pas un grand joueur, ça a été le plus grand. Ca explique peut être l'amnistie post-coup de boule, quoique toute relative. A la manière d'un président de la République en exercice.
Pour le reste, quoi de plus normal que des 10 aient évolués dans son ombre ? Et quel rapport avec sa placardisation ? Vikash était mauvais au PSG, hormis une frappe en finale de coupe de France. Son physique l'avait déjà lâché, il a 33 ans à l'époque et ne supporte pas Guy Lacombe (et inversement). Je crois pas qu'il y ai de rapport avec son QI supérieur à la moyenne des footeux.

Tu dis aussi "aucun moyen de savoir etc...". Mais qui se souvient sait que sans Zidane dans le vestiaire et sur le terrain, on ne fait rien en 2006. Peut-être même qu'on ne passe pas la poule.
Et puis ce coup de boule.. ça reste quand même le seul cas d'arbitrage vidéo dans le foot.. je voudrais en exciter certain, j'ajouterai que le carton rouge n'est pas réglementaire ! Il aurait dû finir la finale.
didier gomis Niveau : CFA
est-ce que quelqu'un ici a vu le film et l'a apprécié ?

parce que moi j'ai bien essayé de le mater, mais à mon goût la lumière est trop sombre, le son pas assez audible et le contenu vraiment digne de ce que je retrouve dans mon bout de papier toilette une fois que je l'ai passé dans ma raie.

si quelqu'un veut débattre du film en lui même plutôt que de Vikash franchement ça serait cool.
ThisIsAnfield Niveau : Ligue 2
Si quelqu'un a un lien pour voir le film, je suis preneur !
Desmond Dekker Niveau : District
Il était bien ce film, bizarre et surprenant mais authentique, un peu comme une caméra cachée (une super 8 en plus :v ).

En tout cas 1000 fois mieux que les pseudo-reportages sur les vestiaires qui se ressemblent tous.

Respect.
Lost in translation Niveau : CFA2
J'ai vu le film et l'ai trouvé particulièrement vide.
C'est effectivement tourne à l'arrache dans éclairage et avec un micro pourri donc sombre et pas très agréable aux oreilles. Après c'est un documentaire qui est littéralement en caméra cache par moment et d'autant plus qu'on avance dans la compétition.

On n'y apprend pas grand chose du tout à mon goût. Oui un remplaçant sera toujours déçu de n'être que remplaçant. Bon voilà c'est dit.

Ce qui est peut être intéressant c'est de voir à quel point le mec se fait chier alors que son équipe est en train de faire quelque chose de grand.
Sa distance d'avec le groupe. La réalisation du film devenant presque plus excitante pour lui que la coupe du monde elle même. Je pense à la scène ou son pote lui donne des peloches je crois en clandestin dans le parc d'un hôtel.
C'est assez bien monte d'ailleurs. Le pote filme Vikash pendant qu'ils communiquent par téléphone et que l'un envoie à l'autre un paquet (des peloches ?). On sent une espèce d'excitement à braver l'interdit digne des plus belles heures de l'adolescence.

Le moment fort du film pour moi, c'est vous dire.

Donc oui bien vide, avec des monologues de psychologie de comptoirs sur le fait d'accepter ou pas son rôle de remplaçant. Ou plutôt de savoir que tu ne vas pas jouer parceque tu es la dernière roue du carrosse...

Je salue l'initiative mais le résultat était plus que moyen... Vous avez lu les articles de tâtantes ici quoi, bah pareil.
N'ayant pas vu le film (pourtant commenté et sur-commenté dans de nombreuses publications), je me garderai bien d'un jugement esthétique sur l'oeuvre.
Cela étant, j'aime bien la démarche, qui consiste à filmer de l'intérieur la vie d'un remplaçant, pas forcément au cœur de l'action, mais pas totalement à l'extérieur.
Ceci dit, quand je constate que certains comparent Zidane à Dorashoo, ça me fait doucement rigoler. Ils n'évoluaient pas au même niveau, n'avaient pas la même vision du truc (sinon, Chimbonda aurait fait un docufiction lui aussi, car il aurait également eu le temps)...Mais c'est vrai que Dorashoo a salement payé sa réputation de forte tête chez les fouteux pros.
Par contre, quand je lis que sans le Z les bleus n'auraient pas atteint la finale, je m'esclaffe.
Si on se sort du 1er tour, c'est sans lui (il a pris 2 jaunes contre les Suisses et les Coréens) et le 3° match est plié grâce à 2 autres Super joueurs: Le plus grand des poètes, à savoir l'immense Pat Viera (ennemi intime de Dorashoo) et à Thierry Henry, synthèse entre la puissance de feu d'un croiseur et la précision d'un flingue de concours...
Après, en 8°, le Z est énervé, ces cochons d'espagnols se sont bien foutus de sa gueule, donc il leur fait la totale (avec Kiki Ribery en mode Junior qui découvre le haut niveau et Pat, qui arrache tout sur son passage)
Cet écueil passé, le foute redevient une fête contre les Brésiliens (on est tellement décontractés que le Z fait même une passe dec' à Henry).
On passe ras les pâquerettes face au Portugal (de Figo, Maniche, CR7, Carvalho, Tiago, Deco et Pauletta) et on se rate face à l'Italie, avec la sortie de Diva de qui vous savez et une succession de moments dégueus (la charge de mongolo de Cannavaro sur Henry, le placage de Matrix sur Malouda, la non couverture de Pat sur ce même Matrix lors de l'égalisation, la gueule de Gattuso, la blessure de Pat, l'entrée de Diarra, l'arrêt de Buffon sur le tête de Z, le raté de Ribery devant les cages, la séance de cafetage de Buffon, le péno de Trézéguet, le péno de Grosso et au final, la remise de cette coupe, à cette banane de Canavaro qui ne se contient plus avec Gattuso...
Bref, nous faire tout un fromage pour un film d'un mec qui a vécu tout cela de l'intérieur mais à côté, c'est un peu pathétique au regard de la frustration vécue à l'issue de cette compétition...
Alors, quitte à être frustré, autant en faire un bon film plutôt que de mauvais articles...Aussi, SO Foot, c'est quand vous voulez pour l'éditer (ou le mettre en bundle d'un abo)...
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