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Strasser, pro chez les amateurs

Non, Jeff Strasser n'est pas mort. Le Luxembourgeois taquine encore la gonfle dans son pays via le modeste club de Fola Esch. A 36 berges, le grand gaucher ne veut pas raccrocher les crampons. Ça tombe bien, sa sélection affronte les Bleus ce mardi.

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10 septembre 2008, Jeff Strasser marque un splendide cageot sur coup-franc, le Luxembourg l'emporte en Suisse (2-1) à Zurich, chez un des favoris de la poule B. Les joueurs luxembourgeois sont en liesse, tous félicitent le grand frère, le capitaine, le professionnel. L'apogée de la carrière de Jeff en sélection nationale. Il en connait pourtant un rayon l'ancien Messin. 97 capes pour 7 pions et le respect de tout un peuple. Strasser est une idole placée juste derrière le grand-duc Henri de Luxembourg et les frères Schleck dans le cœur des habitants. « Le fait qu'il ait joué en France et en Allemagne lui donne beaucoup de crédit au Luxembourg. Jeff parle quatre langues, il aime beaucoup le foot et c'est un mec avec une grande conscience professionnelle, explique Joël Muller, son ancien entraîneur chez les Grenats. Il est à l'heure tous les matins et il possède toujours cette envie de s'entraîner, cette bonne humeur et ce plaisir d'aller au stade » .

Un retour au pays d'ordre privé

Un plaisir qu'il a décidé de prolonger. Après un détour en Suisse l'an dernier aux Grasshoppers Zurich, le capitaine du Luxembourg a souhaité rentrer chez lui et évoluer dans le championnat amateur avec le club du Fola Esch. « J'ai eu la possibilité de prolonger une année aux Grasshoppers mais j'ai fait le choix de revenir au Luxembourg, par rapport à ma vie privée et à ma famille, indique Strasser. Je sais que j'aurais pu rendre encore des services dans le foot pro mais j'ai préféré revenir au pays, en grande partie pour ma femme » . Mais pourquoi vouloir continuer à jouer au foot dans la BGL Ligue à un niveau équivalent au National ? « Je peux encore jouer pendant deux ou trois années. Vous savez, c'est difficile d'arrêter, de passer à autre chose » . Jeff est un vrai passionné de football. La preuve, ses heures supplémentaires à l'entraînement en plein hiver ou bien sa grinta lorsqu'il rentre seulement à quelques minutes de la fin d'une rencontre. « Quand certains font la gueule sur le banc, lui répond toujours présent. Ça vous classe le joueur » ajoute Muller.

Jeff Strasser souhaite rester sur les terrains pendant encore quelques mois. L'actuel directeur sportif des Grenats parle d'un joueur physique et plutôt habile : « C'est un défenseur central solide, autoritaire, avec un bon pied gauche et performant de la tête. Je l'utilisais plutôt dans l'axe de la défense. Il est intelligent dans son placement mais limité dans la vivacité et la course. Il sait compenser et son esprit collectif l'a vite amené au capitanat » . Un rôle assumé par le Luxembourgeois mais qui peut parfois lui poser des problèmes relationnels avec ses coéquipiers. Notamment avec la sélection nationale où le professionnalisme de Strasser tranche avec l'amateurisme des autres joueurs. Quand Jeff mange une salade pour être au top le lendemain, ses partenaires s'enfilent des whisky-coca. « La majorité des joueurs luxembourgeois sont des amateurs, lance Strasser. Ils ont tous un autre travail et les jeunes sont étudiants. Donc c'est difficile de progresser à un niveau professionnel pour nous » . Le capitaine des Lions Rouges fourmille d'idées pour développer le football de son pays et lui donner notamment un statut plus conforme aux ambitions de son joueur phare : « Nous pouvons prendre exemple sur le Liechtenstein, qui a décidé de former un club composé de joueurs locaux. Cette équipe participe aujourd'hui au championnat de Suisse. On pourrait aussi organiser une Ligue du Bénélux » .

« Ce mec est intouchable au pays »

Sa reconversion est toute trouvée, Jeff passe actuellement ses diplômes d'entraîneur et pourrait intégrer très rapidement un poste au sein de la Fédération Luxembourgeoise de Football, seule organe professionnel du pays. « Ce mec est intouchable chez nous, glisse un journaliste local. Son destin est tout tracé : sélectionneur dans trois ans, président de la Fédération Luxembourgeoise de Football dans cinq années » . Bref, ce pourrait bien être l'homme à tout faire du football local. Mais avant de penser à l'après, Jeff songe au présent. Il voudrait bien affronter l'équipe de France à Saint-Symphorien, un stade dans lequel il a évolué pendant plus de neuf années. Blessé au tendon rotulien, il n'a que peu de chances de participer à la fête même s'il fait tous les efforts nécessaires depuis plusieurs semaines pour pouvoir se frotter à Karim Benzema et consorts. « C'est sûr que le match contre l'équipe de France est un événement particulier. J'ai déjà joué à Metz avec ma sélection contre le Portugal. Mais là, contre la France, ça va me faire quelque chose. J'aurais du plaisir, une certaine émotion. Mais je dois aussi écouter mon corps et mes articulations qui me font de plus en plus mal. J'espère au moins être sur le banc mardi. Je ne suis pas fou et je ne vais me péter non plus pour un simple match de football » . Professionnel jusqu'au bout des ongles, le Jeff.

Romain Poujaud

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