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Souviens-toi l’automne dernier

Le 24 septembre dernier, Arsenal giflait Chelsea (3-0) à l’Emirates au cours d’une première mi-temps plus que parfaite et alors qu’Arsène Wenger fêtait ses vingt ans de règne à Londres. Depuis, rien n’est plus pareil.

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Arsène Wenger ferme les yeux. À quoi pense-t-il ? Probablement à ces vingt années écoulées, mais aussi à ce à quoi il vient d’assister. Il ouvre les yeux et réalise désormais. Le Français est face à la presse. « C’est le genre de moments dans une vie où l’on se dit : "Aujourd’hui est une belle journée" » , tranche l’entraîneur des Gunners. L’Alsacien vient de voir apparaître ce qu'il avait imaginé en rêve : une partition parfaite, aboutie, brillante et solide, face à un club qu’il a toujours regardé de travers. La Premier League n’est pas du genre à faire de cadeaux, mais celui-ci, Wenger l’a reçu de la part de ses joueurs, du mélange stylistique qu’il a toujours aimé façonner, mais aussi de cadres sur qui il aime se reposer. Pendant quarante-cinq minutes d’une première période autoritaire, Arsenal a démoli Chelsea, par un jeu de passes incroyables et qui n’atteint – malheureusement – un tel niveau qu’une fois par saison depuis quelques années. La saison précédente, c’était contre le Manchester United de Louis van Gaal à la même époque et sur un scénario similaire (3-0). Oui, Arsenal produit du jeu, c’est son ADN, mais beaucoup trop souvent stérile et inconstant. Là, les Blues d’Antonio Conte, encore en recherche de la formule parfaite, se sont écroulés en quarante minutes par tout ce qui a composé les vingt ans d’Arsène Wenger à Londres : la recrue la plus chère de son mandat et de l’histoire du club, Mesut Özil ; un gosse tant inconstant que génial par instant que le technicien français a taillé selon ses envies, Theo Walcott ; et un pur produit du centre de formation des Gunners, Alex Iwobi. La première pierre, elle, avait été posée par son meilleur joueur : Alexis Sánchez, admiré et adulé par Arsène Wenger en privé. Le 24 septembre dernier, le Français soufflait sa vingtième bougie sur une démonstration de force. Et plus rien ne sera comme avant. Malheureusement.

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La page blanche


Le contexte, d’abord. Au moment où la bande à Conte s’avance à l’Emirates à la fin du mois de septembre dernier, elle sort de son premier dérapage de la saison à Stamford Bridge contre Liverpool (1-2), sans s’être vraiment battue, ce qui est contraire aux dogmes de son nouvel entraîneur italien. Le début de campagne des Blues est difficile à lire entre des matchs remportés à l’arrache contre West Ham (2-1) et à Watford (2-1) ou ce nul arraché dans les dix dernières minutes à Swansea (2-2). Antonio Conte demande du temps et il en aura. L’Italien n’est pas du genre à s’incliner et à se morfondre dans ses principes. L’homme a simplement son style, dans le sens où il veut que son équipe lui ressemble et il sait déjà le caractère de son groupe. De son côté, Arsenal s’est remis de sa défaite initiale contre Liverpool (3-4) et marche juste derrière un City lancé trop vite avec dix matchs consécutifs sans défaite toutes compétitions confondues. Deux approches de la rencontre différentes, une volonté commune de frapper un gros coup, mais finalement, une leçon tirée : après la baffe de l’Emirates, où son 4-1-4-1 s’est fait croquer, à l’image d’un Kanté matraqué sous les crampons d’un Özil en chaleur et les failles d’une défense en travaux, Conte s’est installé devant une page blanche, là où Wenger testera rapidement le mental friable de son escouade.


Under the bridge


Plus de quatre mois ont passé depuis la démonstration de l’Emirates et plus rien n’est pareil. Tout simplement car en cas de victoire samedi à Stamford Bridge, où Chelsea n’a perdu que trois points cette saison, les Blues prendront douze points d’avance sur des Gunners en plein doute après leur défaite de la semaine contre Watford (1-2). Que s’est-il passé entre-temps ? Après le revers de l’aller, Conte a décidé d’installer son fameux 3-4-3 à Hull (2-0) dont on connaît aujourd’hui la réussite : treize victoires consécutives, sans trop trembler, une défaite à Tottenham (0-2) et trois nouveaux matchs sans défaite avec un nul solide à Anfield mardi (1-1). Arsenal n’a pas réalisé d’éclat majeur malgré quelques belles partitions, mais a surtout perdu des points où il n’avait pas le droit de le faire : contre Watford cette semaine donc, mais aussi à Bournemouth ou Everton, ou encore face à Middlesbrough à domicile le 22 octobre dernier là où Chelsea explosait dans le même temps Manchester United (4-0). La musique s’est répétée, les Gunners sont redevenus des intermittents du spectacle et les Blues des machines déjà prêtes à soulever un sixième titre de champion d’Angleterre. Cette fois, Arsène Wenger est suspendu et regardera le match des tribunes. Loin des bougies, probablement assez loin, aussi, de la magie.

Par Maxime Brigand
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