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Souleymane Camara : « Je ne me considère pas comme un joker »

Remplaçant le plus prolifique de Ligue 1, Souleymane Camara continue à 32 ans de sortir régulièrement de sa boîte pour faire gagner des points à Montpellier. Entretien avec la réponse française à Ole-Gunnar Solskjær.

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Ole-Gunnar Solskjær, ça te parle ?
Oui, ça me parle ! D'autant plus que je suis un supporter de Manchester United depuis le temps d'Éric Cantona. Solskjær, c'était un grand joueur, mais lui comme moi aurions sûrement préféré être titulaires à tous les matchs. En tant que joueurs professionnels, notre objectif, c'est de débuter les matchs. Chaque joueur veut être titulaire, mais ce sont les entraîneurs qui doivent faire des choix. Nous, on doit respecter ces choix et essayer de faire le maximum. Du moins, moi, je le fais. À chaque fois qu'on fait appel à moi, même cinq minutes, je me donne à fond.

On comprend bien que même un remplaçant efficace prend plus de plaisir à être titulaire...
C'est clair. Mais je ne peux pas le dire comme ça parce que le foot, même si c'est cinq minutes sur le terrain, cela reste un privilège. Il faut penser aux autres sur le banc qui n'ont pas eu la chance d'entrer en jeu, il faut les respecter. Donc on a beau être mécontents de débuter sur le banc, il ne faut pas le montrer et réagir sur le terrain, je vois les choses comme ça.

Être remplaçant décisif, c'est un métier, car il faut se mettre dans les meilleures dispositions mentales et on se prépare sûrement différemment ?
Oui, ce n'est pas la même approche. Souvent, on est un peu plus détendu que le titulaire, alors qu'on devrait être aussi concentré. Mais le fait de rigoler un peu avec les amis, de se chambrer, de parfois parler d'autre chose sur le banc, cela aide.

On dit souvent qu'un bon banc de touche fait gagner des compétitions. Montpellier est champion en 2012 quand tu plantes 5 buts sur la saison comme remplaçant... Le remplaçant est essentiel ?
On est un groupe de 25 joueurs, tout le monde doit être concerné. Certains sont moins heureux que d'autres, mais moi, je vois les choses sous cet angle collectif. Même si je ne suis pas titulaire, j'essaie de me préparer pour être prêt au moment où l'entraîneur va faire appel à moi, afin que je sois capable de me donner à fond sur le terrain. En 2012, j'ai commencé la saison remplaçant avant d'être plus souvent titulaire sur la fin. C'est comme ça chaque année pour moi. Je ne me considère pas comme un joker, je n'aime pas du tout ce mot ou l'appellation « joker de luxe » . Je suis juste un joueur pro qui donne le maximum quand on fait appel à lui, même comme remplaçant. L'intérêt de l'équipe passe avant tout.

Être aussi efficace dans ce rôle de remplaçant, cela implique une certaine manière d'observer le match depuis le banc ?
Bien sûr, même si cela nous arrive de rigoler, je suis concentré sur le match. Je regarde comment se déplacent les défenseurs, comment les déstabiliser, quels types d'appels gênent le plus le bloc défensif, quels sont les points faibles de l'adversaire, les joueurs, mais aussi les associations entre les deux centraux, entre chaque central et son latéral...

Tu as débarqué en France à Monaco quand tu avais 16 ans, c'était un énorme déracinement par rapport au Sénégal ?
Oui, c'est vrai, c'était très dur. J'avais l'habitude d'avoir tout le temps du monde autour de moi, de boire le thé entre amis, d'aller jouer au football... Quand j'ai débarqué à Monaco, j'étais dans un appartement avec un ami, car j'étais arrivé en retard et il n'y avait plus de places au centre de formation. La seconde année, je me suis retrouvé tout seul. J'ai eu une facture téléphonique de 750 euros parce que j'appelais la famille et les amis tous les jours. Je pleurais au téléphone, j'ai même eu l'envie de rentrer. J'étais habitué à voir plein de monde et là, je me retrouvais seul. En Afrique, on partage beaucoup, on fait les choses ensemble. Heureusement qu'à Monaco, j'avais des grands frères comme Salif Diao et Tony Silva qui m'invitaient chez eux, et j'avais quelques amis qui venaient me voir, dont Grégory Lacombe.

Sans la communauté sénégalaise de l'AS Monaco, tu aurais tenu le coup ?
Je ne sais pas, mais en tout cas, ils m'ont beaucoup aidé. Si tu viens d'Afrique et que tu débarques d'Afrique sans connaître personne, ce n'est pas évident. Quand tu as des habitudes et soudainement tu dois faire des choses seul... Sans eux, peut-être que j'aurais quand même tenu, peut-être pas, dur à dire.

Tu as fait toute ta carrière pro en France jusqu'à présent. Tu n'as jamais été tenté par un autre championnat ?
(Il rigole) En fait, chaque année il y a des approches, mais cela n'aboutit pas. En 2011, j'avais des contacts en Angleterre, notamment à Blackburn, mais malheureusement, cela n'avait pas abouti. Il y a eu des clubs en Turquie et dans les pays du Golfe.

D'ici ta fin de carrière, tu as un rêve à réaliser ?
Je viens de resigner pour deux ans, j'aurais 34 ans à la fin de mon contrat, je profite au maximum et j'essaierai de jouer encore 4-5 ans. Mon rêve ? J'en cite un seul : gagner la Coupe de France. J'ai gagné la Coupe de la Ligue avec Monaco, le championnat avec Montpellier. Si je pouvais gagner la Coupe de France avec Montpellier, ce serait parfait.


Propos recueillis par Nicolas Jucha
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Dans cet article

Note : 1
Oh mon Souley. Un article sur Camaradona, je coupe tout et je lis religieusement. Merci.


Bon par contre vous tombez mal, il est peut-être titulaire ce soir . Et faut avouer que ses dernières rentrées étaient très mauvaises. Mais ça reste notre Souley. Capable du meilleur comme du pire, de rater les cages vides comme de marquer le but de l'année. Voire même de jouer gardien si il le faut. https://www.youtube.com/watch?feature=p … Uxb5c#t=34


Forza Souley.
Une carrière de joker à raison d'une trentaine de minute en moyenne par match vaut mieux qu'une carrière d'intérimaire en tribune voire de titulaire à l'infirmerie. Diaby si t'es à bout, courage. Tiens le bon bout.
La moustache d'Alioune Touré Niveau : District
J'adore ce mec, cette mentalité. Se dire qu'entrer en jeu est un privilège par rapport aux autres sur le banc, ça doit rendre un entraîneur heureux. Pas étonnant qu'il se soit vu proposer une prolongation de 2 ans à 32 ans...Un beau pied de nez à Sagnol soit dit en passant.
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