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Songe bleu d'une nuit d'été

La France gagne « sa » Coupe du monde en humiliant le Brésil (3-0) et renoue avec une tradition perdue depuis vingt ans et la victoire de l'Argentine chez elle en 1978. Zidane devient un dieu vivant, un mythe à l'image de la symbolique qui l'escorte : la fameuse France black-blanc-beur. Au vrai, c'est tout ce Mondial qui aura avancé au rythme des mythes : tactique (la France, équipe marquante ou pas ?), technique (Zidane, si transparent que ça avant la finale ?), brisé (Ronaldo), éternel (la lose arrogante des Pays-Bas) et politique (la vraie fausse réconciliation entre États-Unis et Iran).

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Grande équipe ou pas ?


Au fond tout est dans la passe d'arme entre Didier Deschamps et Michel Platini. Soit le capitaine des champions du monde (1998) et d'Europe (2000) contre le “lider maximo” des vainqueurs de l'Euro 84 et double demi-finalistes de Mondial (1982 et 1986). Le second au sujet du premier : « Il a un palmarès immense mais ça ne restera jamais qu'un porteur d'eau » . Réponse de DD : « Peut-être mais quand mon équipe mène de deux buts, elle ne se fait jamais remonter, elle » . Pas faux. En vérité, l'équipe de 98 est bâtie sur les cendres de sa devancière de la période 82-86. Avec une leçon définitive : on ne gagne pas en jouant magnifiquement mais en défendant comme des “crève la dalle”. En ce sens, les Bleus de 98 se posent quasiment en référence historique mondiale avec trois milieux def' en acier devant un back four invaincu. Le postulat de départ est évident : tant qu'on ne prend pas de but, on ne perd pas. Une philosophie qui aura même guidé le choix de l'avant-centre. Guivarc'h, malgré ses 43 pions en deux saisons, n'est pas le premier attaquant mais le premier défenseur. Bilan : zéro but mais un pressing de chien enragé. On se moque ? Même pas. A cette époque, la mode était au tandem d'attaque et on s'était gaussés de la frilosité française. Sauf que plus d'une décennie plus tard, presque plus personne ne joue autrement qu'avec une pointe unique. On a toujours tort d'avoir raison trop tôt.



Zidane, un triomphe paradoxal


Tout commence avec lui, tout finit avec lui. Une passe décisive pour Dugarry sur le premier but de la France dans la compétition face à l'Afrique du Sud (3-0) et bien entendu deux buts en finale face au Brésil (3-0). Mais entre les deux ? Pas grand-chose. Enfin plus exactement, davantage qu'on ne le pense, moins que ce que l'on pouvait attendre. Zidane ne se sera pas tourné les pouces durant cette phase finale. En moyenne, ZZ aura touché en moyenne 90 ballons par match, une forme de record pour un joueur aussi haut (pour info, Maradona, autre référence du genre en 86, n'en aura touché que 77 en moyenne), surtout avec plus de 80% de passes réussies derrière (mieux que Platini, si, si). Une stat qui en rend bien d'autres inquantifiables comme la fluidité des relais tricolores et sa capacité de conservation qui aura toujours permis aux Bleus de se déplacer en bloc, un ingrédient majeur de la recette gagnante de la bande à Jacquet. Utile mais pas efficace alors, le Zizou ? Peut-être, sauf à oublier qu'en finale, le maestro signe un doublé... sur ses deux seules frappes de la rencontre.



Ronaldo, après le buzz, le bug


La star du Mondial, c'est lui. Depuis deux saisons, il est le plus extraordinaire attaquant de la planète. Par séquences, il est même tout près d'être le joueur le plus impressionnant de l'histoire tout en étant l'incarnation du futur. Mais voilà, le cyborg donne des signes de dysfonctionnement. Sa première saison en Italie avec l'Inter a laissé des traces, quelles qu'elles soient... Fatigué, le Brésilien galère pendant toute la Coupe du monde, plus lent, plus maladroit, malgré quatre buts au compteur. Et le jour de la finale, Ronie craque : crise d'épilepsie, transport à l'hosto, un forfait puis annulation du forfait... 45 petites minutes avant le grand match. Le reste appartient aux rumeurs : qui, quoi, pourquoi et comment ? Un incident qui rappelle que la trajectoire de R9 aura quand même pas tenu à grand-chose. Un titre en 94 sans jouer (en clair : il aurait très bien pu être absent et ça n'aurait rien changé), une finale paumée en 98 et un sacre en 2002 après être revenu in extremis de trois ans de blessures. Extraordinaire et fragile à la fois. Comme Ronaldo en somme.



Oranjes, Ô désespoir


Dans les années 70, les Néerlandais se pourrissaient tout seuls pour des histoires de primes, de contrats et de gonzesses. Vingt ans plus tard, les Pays-Bas continuent de se mettre sur la gueule mais cette fois sur fond d'embrouilles raciales. Edwin Van der Sar et Edgar Davids sont même tout près d'en venir aux mains à la fin d'un match du premier tour. Le groupe est scindé en deux et peine à trouver de la cohérence malgré un effectif probablement sans égal durant ce Mondial. Car il faut bien le dire, l'escouade de Guus Hiddink était probablement la plus forte de la compétition, un back four hyper solide, un milieu aussi dominateur que celui de l'Espagne aujourd'hui, et une attaque aussi talentueuse que complémentaire (les jambes d'Overmars, la puissance de Kluivert, la classe de Bergkamp). D'ailleurs, plusieurs joueurs français étaient très soulagés de les voir se faire dégager par le Brésil en demie. Mais comme l'Angleterre, les Bataves sont des quiches certifiées aux penos avec trois éliminations de rang lors de la séance fatale (96, 98 et 2000). Un triste record...



















USA-Iran, la parenthèse enchantée


Évidemment, une Coupe du monde réussie est une Coupe du monde qui touche sa petite dimension politique. Cette fois, c'est le tirage au sort qui fait le job : États-Unis et Iran dans le même groupe ! Un dossier explosif depuis la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran dix-neuf ans plus tôt. Mais en 1998, la tendance est à la “normalisation” entre Bill Clinton et Mohammad Khatami. Et autour de ce match pas comme les autres, tout le monde en fait des caisses, de Madeleine Albright, la Secrétaire d'Etat, qui propose « d'explorer d'autres voies pour assurer une confiance mutuelle » sans toutefois évoquer une levée de sanctions contre Téhéran, à la Fifa qui consacre le jour du match comme la journée du fair-play. Les joueurs ne sont pas en reste dans ce concert de bons sentiments, avec distribution de fleurs et pose pour une photo commune. Score final : 2-1 et déjà la fin de la romance avec l'ayatollah Khamenei qui chambre tranquillou en voyant « l'oppresseur connaître le goût amer de la défaite » . Back to reality... Quelques années plus tard, les attentats du 11 Septembre et le règne de Bush achèveront de remettre les choses à leur place.





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