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Sniper : « Entre les Ultramarines et nous, la fierté est réciproque »

Cette saison, les ultras bordelais ont été aussi chauds en tribunes que leurs joueurs ont été décevants sur les pelouses. Un peu trop, même, au goût de la LFP et des pouvoirs publics, qui leurs ont infligé plusieurs interdictions de déplacement, ainsi qu'un match à huis clos partiel. En guise de protestation, le groupe qui vient de fêter ses trente ans a à deux reprises déroulé des banderoles reprenant des paroles de Sniper. Il était donc logique que tout ce petit monde échange sur la situation du foot français.

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Les cloisons de cet immeuble de Clichy (92) ont beau être aux normes, elles ne peuvent totalement étouffer les basses qui émanent du studio d'enregistrement sis dans son sous-sol. Dans les entrailles du bâtiment, Tunisiano, Aketo et Blacko, les trois MC's de Sniper, peaufinent les derniers réglages de leur cinquième album, dont la sortie est prévue pour octobre 2018, sept ans après le précédent. Entre deux écoutes en compagnie de la réalisatrice Leïla Sy, qui sera chargée de cliper le premier extrait, le débat est intense pour décider quel titre aura l'honneur d'annoncer le come-back du trio du 9-5. En attendant de trancher, le groupe coupe le son pendant une bonne demi-heure, histoire de se réunir autour d'un téléphone en mode haut-parleur. Au bout du fil, Tibo Gros, un des responsables des Ultramarines bordelais en charge des animations, est là pour expliquer aux rappeurs à quel point leurs paroles ont influencé la mentalité de son groupe de supporters, au point d'afficher certaines de leurs paroles sur des banderoles. Si bien qu'au bout de quelques minutes, l'admiration change de camp.


Tibo, depuis combien de temps es-tu fan de Sniper ?
Tibo Gros : Je n'aime pas trop l'expression « fan » . Chez les Ultramarines, nous ne sommes pas fans des joueurs, par exemple. Mais oui, on aime la musique de Sniper depuis le départ. En 2003, quand Gravé dans la roche sort, j'ai 13 ans, ça passe tout le temps sur Skyrock, je suis à fond. Et autour de 2006-2007, quand je rentre chez les Ultramarines, les morceaux de Sniper tournent en boucle dans notre local, comme toute la musique contestataire qu'on écoute, peu importe le style.

« L'idéal, ce serait que notre tournée passe par Bordeaux et qu'on se voie. On vous invite au concert et vous nous invitez au stade. Ça, ce serait très lourd. » Tunisiano
Chez Sniper, comment avez-vous réagi en découvrant vos paroles sur les banderoles des ultras bordelais ?
Tunisiano : C'est Aketo qui m'a montré ça sur Instagram, j'ai trouvé ça incroyable. Le slogan « On est catalogués coupables à chaque fois » et tout. Ce qu'on a kiffé, c'est que le morceau a quasiment 18 ans et que rien n'a changé, l'état d'esprit est le même, c'est un éternel recommencement. Ce morceau, Pris pour cible, on pourrait le sortir aujourd'hui.
Tibo : S'il sortait maintenant, il cartonnerait encore plus qu'à l'époque, même. Aujourd'hui, il y a plus de répression. Toutes origines et toutes classes sociales confondues, on est réprimés pour rien.
Tunisiano : Oui, c'est bien pour ça qu'on prépare un nouvel album pour octobre. On va mettre les choses au clair.
Tibo : Vous avez bien raison. D'ailleurs, venez jouer dans notre local, à l'occasion.
Aketo : Ce qu'on kifferait, ce serait de venir voir un match à Bordeaux, avec vous.
Tibo : C'est quand vous voulez, les gars.
Tunisiano : Grave. L'idéal, ce serait que notre tournée, qui devrait débuter en novembre, passe par Bordeaux et qu'on se voie. On vous invite au concert et vous nous invitez au stade. Ça, ce serait très lourd.
Tibo : Ah, mais si tu me dis que demain vous êtes à Bordeaux et qu'il y a un match, je te garantis que vous avez vos places. Notre local est surtout un lieu de vie associatif, c'est ouvert. On multiplie les actions sociales, on ne fait pas que supporter les Girondins, donc c'est ouvert tous les jours, vous venez boire un coup quand vous voulez.
Tunisiano : Ce sera avec grand plaisir. Dès qu'on vient à Bordeaux, on se voit.
Tibo : Ça fait plaisir, parce que vous êtes vraiment un groupe qui nous inspire. Pour l'animation de notre trentième anniversaire, on avait repris les paroles de Gravé dans la roche, en les modifiant un peu. On avait mis « Gravé dans le mouvement » . C'est une chanson qui parle d'elle-même, elle colle parfaitement à notre situation.


« Les idées que votre musique véhicule reflètent exactement nos valeurs. » Tibo des Ultramarines
Aketo : Ça fait super plaisir, parce qu'on ne se rend pas toujours compte de la portée que nos chansons peuvent avoir, même près de vingt ans après leur sortie.
Tibo : Dites-vous que les jeunes de notre asso qui ont vingt piges connaissent vos chansons. Et les idées que votre musique véhicule reflètent exactement nos valeurs.

Pour parler un peu foot, on soutient quel équipe chez Sniper ?
Tunisiano : Je suis parisien...
Aketo : Moi aussi, mais je soutenais plus le PSG avant l'arrivée des Qataris. Parce que là, il n'y a plus de concurrence, j'aimerais que le championnat soit plus équilibré.
Blacko : Moi j'aime bien jouer, mais je ne regarde pas le football à la télé. C'est un beau sport, mais c'est devenu un outil. Aujourd'hui, le football est autant politique que sportif, et cela ne me convient pas.
Tibo : Je suis d'accord avec ça, mais c'est également vrai dans beaucoup d'autres domaines.
Blacko : Je n'ai pas de problème avec le foot en tant que tel, mais regarde : les joueurs viennent des mêmes endroits que nous, ils pourraient faire des trucs pour les jeunes. Quand je vois un joueur danser parce qu'il vient de marquer un but et ensuite rentrer dans sa voiture hors de prix, ça me parle pas. Si je l'applaudis, est-ce qu'il va m'applaudir en retour pour tout ce que j'accomplis au quotidien ?
Tibo : Jamais de la vie.
Blacko : Quand les joueurs se soucieront de nous, je me soucierai d'eux.
Tibo : Le jour où vous viendrez au stade avec moi, vous verrez que je n'applaudis jamais les joueurs, parce que ce sont des mercenaires. Ils ne sont là que pour l'argent, et c'est ce qui pourrit le sport. Qu'ils ne pensent pas à leur quartier après leur changement de statut social, c'est une vérité.
Blacko : Dans le rap, on est obligés de passer par des maisons de disques ou de monter nos structures, et à moins de vendre beaucoup, beaucoup, beaucoup de disques, on n'a pas des revenus de footballeurs.
Tibo : Franchement, je préfère que vous gagniez moins qu'un footballeur, mais que vous continuiez à écrire ce que vous pensez.
Tunisiano : Mec, je te fais un check à travers le téléphone.
Tibo : Mais ouais, moi j'aime les gens comme vous, qui refusent de se compromettre. L'argent, on en a besoin pour vivre, mais on ne nous enterrera pas avec des liasses de billets. Dans le rap, il y a des artistes qui gagnent énormément d'argent. Mais eux, ils chantent qu'ils « roulent en Y » .


Sniper, vous allez au stade de temps en temps ?
Tunisiano : Non, jamais.

Aketo : J'allais de temps en temps au Parc, tribune Auteuil, mais maintenant il n'y a plus d'ambiance avec les Qataris...
Tunisiano : Tu mens, t'allais à Boulogne avec une boule à Z...
Tibo : Entre ultras bordelais et parisiens, il y a de l'animosité, on ne s'aime pas. Mais depuis quelque temps, force est de reconnaître qu'il y a de nouveau de l'ambiance à Auteuil.
Tunisiano : À ce propos, les supporters bordelais ont eu des galères récemment, non ?
Tibo : Ouais. On a fait une animation à Troyes, en sortant un voile qui recouvrait le parcage visiteurs dans lequel nous étions installés, et il a pris feu. À la suite de cela, la Ligue de football professionnel nous a interdits de tribunes visiteurs durant les deux matchs suivants (ce qui a eu pour conséquence de pousser les préfets de Nantes et Strasbourg à interdire les déplacements de Bordelais par arrêté, N.D.L.R.). De notre point de vue, c'est une aberration, c'est complètement stupide, on veut juste aller voir des matchs de foot. Donc nous avons transgressé les interdictions, en nous rendant à Nantes, Strasbourg et Marseille. Nous avons été arrêtés par les forces de l'ordre à chaque fois, et placés en garde à vue deux fois, avant d'être relâchés en attente de jugement. Depuis, nous avons décidé qu'à chaque match, nous déploierons des banderoles dénonçant cette répression. Et c'est dans ce cadre que nous avons cité les paroles de « Pris pour cible » , votre morceau, lors du match face à Angers. Ensuite, quand on a vu que vous aviez partagé la photo sur Instagram, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point on était fiers.
Aketo : C'est réciproque, on s'est sentis honorés.
Tibo : Lorsque tu mènes un combat, cela fait toujours plaisir de te sentir soutenu.


« Je suis un militant des Girondins de Bordeaux. » Tibo des Ultramarines
Les Ultramarines ont pour habitude de se déclarer apolitiques. Pourtant, vous défendez des valeurs que tout le monde ne partage pas...
Tibo : Chez nous, il y a des gens qui votent pour Jean-Luc Mélenchon, d'autres pour Emmanuel Macron, et beaucoup qui ne votent pas. Ce qui nous rassemble, c'est que nous sommes anti-racistes et anti-fascistes. Nous nous opposons à toute forme de discriminations. À partir de là, nous sommes attentifs à tout ce qui se passe dans la société. Par exemple, nous soutenons les Sahraouis, ce peuple apatride originaire du Sahara occidental, qui représente une grosse communauté à Bordeaux. Nous leur venons en aide en récoltant de la nourriture et des vêtements. De même, nous aidons La gamelle bordelaise, une asso qui distribue des repas aux sans-abris.
Aketo : Cela dépasse le cadre du foot, c'est génial.
Tibo : À la base, la passion qui nous unit, c'est celle pour les Girondins de Bordeaux. Mais nous nous définissons comme des militants, plus que comme des supporters. Je suis un militant des Girondins de Bordeaux. Nous sommes engagés, et cela se traduit par des actes. Les repas qu'on distribue aux démunis, on les prépare dans la cuisine de notre local.

Sniper, vous savez que si vous allez voir un match dans le Virage Sud bordelais, il va falloir chanter...
Tunisiano : Donnez-moi un mégaphone !
Tibo : À la mi-temps, on signalera évidemment votre présence. Et vous serez très bien accueillis. Au fait, les gars, il y aura de l'auto-tune sur l'album que vous préparez ?
Aketo : On va pas te mentir, il y en aura. Mais tu verras qu'on utilise les éléments de la musique actuelle à d'autres fins. On se sert de la forme sans perdre le fond.
Tunisiano : Il faut voir ça comme une bataille aérienne : si on arrive avec un coucou de 1930 face à un avion de chasse de 2018, on a aucune chance. Donc on a pris un engin de 2022 pour voler au-dessus de 2018.

Propos recueillis par Mathias Edwards Le prochain album de Sniper sera disponible à la rentrée 2018.
Ils se lanceront ensuite dans une tournée qui passera probablement pas très loin de chez vous.
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