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Sinsemilia : « Balotelli a un rôle politique et social à jouer »

On peut avoir des dreadlocks et adorer le football. La preuve avec Sinsemilia, vingt ans de carrière et autant d’années à fouler les terrains. Mike, membre fondateur de la formation, revient sur la Jamaïque du football, les grands matchs de 1982, le génie de Maradona et la Squadra de Balotelli.

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Le football et Sinsemilia, une longue histoire d’amour ?

Nous avons commencé ensemble en pupilles. On jouait dans la banlieue de Grenoble, à Eybens, un petit club de passionnés. Je joue toujours en amateur dans la Drôme, à côté de Crest, au Foot Loisir d’Eurre. J’aime le foot, à onze contre onze sur un terrain en herbe, sans prendre de coups. On joue contre les villages du coin, il n’y pas de classement. Si une équipe est trop chiante, qu’elle n’est pas fair-play, elle n’est pas reprise la saison suivante. Comme ça, tu fais le ménage en interne pour rester dans une dimension fair-play : pas de coups, pas d’embrouilles, apéro, repas, c’est parfait.

Pourquoi avoir arrêté de jouer à Grenoble ?

Parce que là-bas, je n’arrivais pas à trouver cet esprit fair-play. En plus, avec ma gueule de chanteur de Sinsemilia, j’avais droit à des tacles à hauteur de genoux, avec des mecs qui se marraient d’avoir pété le mec de Sinsemilia. Et puis, j’ai trouvé cette bonne ambiance dans la Drôme, où l’on peut jouer avec une vraie volonté de se faire plaisir.

La plaisir du jeu, ce que tu recherches avant tout ?

Clairement, oui. Je suis un amoureux du foot mais il y a tellement de choses dans l’esprit de ce sport qui sont à l’opposé de mes valeurs. J’aime le jeu, je prends un plaisir monstrueux à jouer, mais entendre des parents sur le bord du terrain insulter le gamin du club d’en face, ou voir ces mêmes parents s’en prendre à des arbitres de 16 ans, ce n’est pas possible. J’ai envie de dire : « Vas-y, on joue en 749ème division de district, laisse-le tranquille l’arbitre » . J’avais arrêté le foot pour ça, j’étais trop en décalage. Aujourd’hui, je suis content d’avoir retrouvé le foot autrement.

Tu as des souvenirs de gosse ?

On squattait dans un parc, on écoutait du reggae, on fumait et on jouait au foot. Quand tu penses à nos idoles jamaïcaines, Bob Marley était un passionné de foot, et il paraît qu’il jouait bien en plus ! Quand il dit : « Le foot, c’est la liberté » , je comprends ce qu’il veut dire. Jouer au foot entre potes, c’est des vrais moments de liberté. C’est le seul moment où quel que soit ton niveau social, tout le monde est à égalité.

Bob Marley a joué à différents postes, et toi ?

Tout a été dit, qu’il jouait avant-centre, qu’il jouait 10. Gamin, je jouais plutôt derrière. Plus j’ai grandi, plus je suis monté. Maintenant, j’aime bien jouer devant. Avec passion, mais ça a beau faire vingt ans que je joue, dont dix ans de club, on parle de tout petit niveau, de mecs qui prennent plaisir à jouer.

Au niveau pro, qu’est-ce qui t’agace ?

Au niveau pro, c’est cliché de dire que l’argent a pourri beaucoup de choses, mais c’est vrai. Je ne veux pas dire que les joueurs sont trop payés, ça va plus loin que ça. Ceci dit, on est quand même déconnectés. Récemment, je regardais des images des années 1980, il s’agissait de footballeurs tout aussi géniaux que ceux d’aujourd’hui. Malgré tout, on sentait moins la déconnexion. Maintenant, c’est plus des people et des stars que des footeux. Je ne m’y retrouve pas de la même façon. C’est devenu trop en décalage avec la société.

L’argent dans le foot pro est-il responsable de tout ?

Pour moi, il y a le football pro, que l’on suit avec plaisir, en passionné, parce qu’on aime voir des bons joueurs, et puis il y a le fait de jouer à un petit niveau. Je prends beaucoup de plaisir à jouer à un petit niveau, et ce n’est pas de la faute à trop d’argent dans le foot s’il y a des abrutis qui se tapent dessus le dimanche en 7ème division de district. C’est juste parce que les gars sont cons et que le foot est un défouloir. Donc, on ne peut pas tout mettre sur le dos du foot pro non plus.

Que te procure le fait de jouer au foot ?

C’est le seul moment où je ne pense à rien d’autre qu’à un plaisir d’enfant. Le truc le plus important, c’est de réussir à faire une passe propre qui arrive pile dans les pieds de son coéquipier. Quel plaisir ! C’est un des rares endroits où j’oublie tout, un des rares endroits où j’ai 12 ans… qu’est-ce que ça fait du bien !

Qui t’a permis d’aimer autant ce sport ?

Il y a eu un éducateur dans notre parcours. On est trois de Sinsemilia à avoir commencé le football en pupilles. A notre adolescence, s’il n’y a pas ce mec-là, la suite de notre parcours ne se serait pas passée de la même façon, on aurait sans doute fait plus de conneries, mais le foot nous a tenus dans un cadre cohérent. Dans le football amateur, il y a de vrais animateurs qui ont un rôle socialisant et qui inculquent de vraies valeurs. A l’inverse, il y en a d’autres qui inculquent des valeurs merdiques, la gagne avant tout, j’en ai vu aussi. Ce n’est pas possible d’enseigner des valeurs comme ça à des gamins.

Pourrais-tu toi-même être entraîneur ?

J’adorerais ! Mais je ne suis pas sûr que je puisse supporter les parents longtemps… Car j’en vois encore pour qui la gagne est une notion importante, alors que pour moi, le plaisir est la notion primordiale, bien plus que la gagne.

Quels sont les joueurs qui t’ont profondément marqué ?

Je suis un amoureux transi de Maradona. Pourtant, les valeurs sont différentes. Mais je suis amoureux du plaisir que mec-là me donnait quand il touchait le ballon. Le génie balle au pied. Le côté caractériel aussi.

Et quelles équipes ?

J’ai des souvenirs du PSG qui gagne la finale de la Coupe de France contre Saint-Étienne en 1982. C’est mon premier souvenir de football étant gamin. Voir les potes de mes parents péter les plombs pendant France-Allemagne en 1982. J’avais 9 ans, je trouvais ça lunaire. J’ai aussi plein de souvenirs dans le bus en tournée avec Sinsemilia.

Quelques anecdotes à ce propos ?

Je supporte l’Italie, et pendant la Coupe du Monde 98, alors que nous sommes en pleine tournée, j’en prends plein la gueule pendant le quart de finale. Pareil en 2000, pendant la finale. Au moment de monter sur scène, il reste trois minutes à jouer, et je fais l’erreur cruciale de commencer à chambrer les autres membres du groupe à ce moment. Je peux te dire que j’ai passé un concert de merde. Je me suis fait pourrir tout le long ! Mais je me suis vengé en 2006 en recouvrant leur couchette avec la couv de L'Équipe, le lendemain de la finale de la Coupe du monde. On est très cons entre nous !

Pourquoi es-tu supporter de l’Italie ?

Les origines italiennes. Et puis, gamin, un petit plaisir de contradiction, tous mes potes étaient pour l’équipe de France, ça me gonflait. Sinon, je suis le foot un peu comme tout le monde, autant le Calcio que la Liga ou la Premier League.


Qui pourrait te rappeler Maradona aujourd’hui ?

Messi, le parallèle est facile à faire : la taille, le pied gauche, l’accélération. Après, c’est toujours bizarre de comparer les époques. Maradona a quand même réussi à faire gagner l’équipe de Naples. Quand tu vois sur le papier l’équipe qu’ils ont à ce moment…

Qui te plaît dans la Squadra Azzurra actuelle ?

Pour des raisons sociales, je rêverais que l’Italie gagne une grande compétition grâce à Balotelli. Il y a des Italiens qui ont du mal à accepter qu’il y ait un noir en équipe d’Italie. Si ce mec-là pouvait les faire gagner, ça créerait un choc pour beaucoup d’entre eux. Donc là, c’est le supporter et le "militant" qui parle. Je ne sais pas jusqu’à quel point ça pourrait faire bouger les mentalités mais, au moins, cela mettrait certains tifosis face à leurs contradictions.

Balotelli, le Barack Obama italien ?

Il n’est pas élu, mais il est évident qu’il a un rôle politique et social à jouer.

Quelques mots sur l’image que véhicule le football aujourd’hui ?

Quand je dis que je suis un passionné de foot, certaines personnes de mon public ne comprennent pas. Ils se disent : comment peux-tu être passionné par le foot avec les valeurs que tu défends ? Je reste amoureux de ce sport, mais il est vrai que le football s’est construit une mauvaise image, notamment par l’attitude de certains joueurs, de certains supporters, par l’argent brassé. Le foot paye l’image qu’il s’est lui-même construite.

Pourquoi, dans d’autres pays, le foot semble-t-il mieux perçu qu’en France ?

Je dirais que certaines nations ont gagné de grandes compétitions plus tôt que nous et, de fait, le foot s’est imprimé plus vite dans ces sociétés. Il n’y a qu’à voir l’effet Coupe du monde 98 en France. Juste après, tout le monde s’est mis à aimer le football. Et puis, il y a aussi la culture liée au sport en général. En Allemagne, le sport est en plus de l’école. Les cours arrêtent plus tôt pour que les gamins puissent faire du sport. Cela change la donne.

Selon toi, les joueurs de football devraient-ils plus l’ouvrir ?

Peu de footeux utilisent leur notoriété et leur aura pour dire des choses. Politiquement, on ne les voit pas beaucoup. On peut dire que ce n’est pas leur rôle, mais tout le monde a le droit d’être citoyen ! Sur ce point, je trouve que Yannick Noah, à sa façon, est cohérent dans l’expression de sa citoyenneté. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, qu’on soit d’accord ou pas, c’est un citoyen, il assume ce qu’il dit, il est en accord avec ses actes. Si les footeux pouvaient le faire un peu plus, ça ne me dérangerait pas. Surtout que beaucoup de ces mecs ne sont pas cons. Il y a quand même des sujets sur lesquels il n’est pas difficile de faire un petit commentaire. Malgré les sponsors, malgré tout ça, ils devraient quand même garder une certaine liberté !

En quête de sens, album toujours disponible (Epic/Sony)

En concert le 14 septembre à Auberive


Propos recueillis par Romain Lejeune
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