1. //
  2. // Drame de Superga

Si l’avion du Grande Torino ne s’était pas crashé...

67 ans après la tragédie de Superga, on ne peut toujours pas s’empêcher de se demander à quoi aurait ressemblé le foot avec le Grande Torino encore en vie. Imaginons…

Modififié
1k 37
4 mai 1949. Il est un peu plus de 17h quand l’équipe du Torino atterrit à l’aéroport de Turin. Les Granata reviennent tout juste de Lisbonne, où ils se sont rendus pour affronter Benfica en l’honneur du capitaine portugais, Francisco Ferreira, qui compte bientôt prendre sa retraite. Juste avant, ce dernier avait d’ailleurs avoué à son grand pote Valentino Mazzola vouloir marquer le coup pour l’occasion. « Je voudrais organiser quelque chose de spécial » , lui avait confié Ferreira. « Je voudrais affronter l’équipe la plus forte du monde. » Ce jour-là, Leslie Lievesley et ses hommes avaient perdu 4-3, mais peu importe, ce n’était qu’un amical. Et puis, le Torino Calcio est champion d’Italie avec quatre journées d’avance depuis le partage 0-0 contre l’Inter, deuxième, à San Siro, quelques jours avant. À l’aéroport, le deuxième gardien Sauro Tomà, le défenseur Renato Gandolfi et le président Ferruccio Novo, qui étaient restés à Turin, viennent accueillir le groupe avant de partir manger un bon plat de fritto misto alla piemontese dans un restaurant pas loin du stade Filadelfia.

Ossola Jr : « C’était une chorégraphie théâtrale »

Les choses sérieuses commencent


Les quatre dernières journées de championnat sont survolées comme le reste de la saison, avec notamment un sévère 6-0 infligé à la Fiorentina. Chaud comme jamais, Mazzola plante cinq buts en quatre semaines et se positionne troisième au classement des buteurs, avec 21 réalisations, aux côtés du Hongrois de Bologne, István Mike Mayer. Et de cinq pour « Gli Invincibili » qui dominent facilement le championnat italien depuis 1943, avec deux ans d’interruption à cause de la guerre. Pour le président Novo, « on ne change pas une équipe qui écrase tout sur son passage  » donc le onze type Bacigalupo, Maroso, Rigamonti, Ballarin, Martelli, Grezar, Mazzola, Loik, Ossola, Menti, Gabetto rempile pour une saison avec seulement quelques renforts. Le premier défi est la Coupe latine, fraîchement créée et opposant les champions d’Italie, d’Espagne, du Portugal et de la France, au mois de juillet. Gabetto ne fait qu’une bouchée de la défense du Sporting Lisbonne au premier match en inscrivant trois buts (3-0) et renvoie fissa les joueurs adverses manger leur bacalhau. De son côté, le Stade de Reims se prend une grosse claque 5-0 par le Barça. En finale, les buts pleuvent encore et les deux réalisations de Basora ne suffisent pas à arrêter les Granata qui l’emportent 3-2 avec de nouveau Gabetto, mais aussi Loik et Ossola. En dehors des matchs amicaux qui font le bonheur du public en milieu de semaine, cette compétition officielle permet pour la première fois de confronter les champions de quelques grandes nations européennes.

Un conte de Ferruccio


La saison 1949-1950 passe en un éclair, et c’est de nouveau le Torino, avec toujours Lievesley sur le banc, qui est couronné champion pour la septième fois de son histoire. Ça commence à faire beaucoup pour les autres clubs qui n’en peuvent plus de passer sous le baby. Même le cousin juventino s’en est mangé quatre sans même pouvoir lever le petit doigt. À vrai dire, seul Gunnar Nordahl est parvenu à mettre à genoux la légendaire formation grâce à un triplé lors d’un match fou au terme duquel le Milan s’est imposé 5-4 à San Siro. Mais les supporters italiens mettent de côté leur ras-le-bol pour profiter des sept Granata sélectionnés en Nazionale pour la Coupe du monde 1950 au Brésil. Bacigalupo, Rigamonti, Ballarin, Mazzola, Grezar, Ossola et Loik, en plus du Juventino Boniperti et de l’Interista Amadei, entre autres, sont présents dans l’effectif. Dans son groupe, la Nazionale, guidée par Ferruccio Novo - le président du Toro en personne, est redoutable, comme prévu. Trente ans avant le jeu révolutionnaire des Néerlandais, les Italiens jouent à la turinoise, avec des footballeurs qui attaquent et défendent en même temps. La Suède (2-0), puis le Paraguay (3-1) s’inclinent, pendant que l’Inde déclare forfait après avoir jugé inutile de réaliser ce voyage coûteux pour se prendre une volée. En plus de l’Italie, le groupe final comprend le Brésil, l’Uruguay et l’Espagne, qui doivent s’affronter dans un mini-tournoi. Que ce soit Ademir pour la Seleção, Varela pour la Celeste ou Basora pour la Roja, tout le monde se casse les dents devant la surpuissante Squadra Azzurra qui remporte haut la main son troisième titre de champion du monde.

Dans l’histoire à grands coups de sabots


Après la Coupe du monde, la hype du Toro est à son paroxysme. En véritables stars, et alors que le football est encore loin des accords marketing qu’il connaît de nos jours, Mazzola, Ossola et Bacigalupo sont courtisés pour participer aux prémices de l’âge d’or du cinéma italien. Ainsi, le premier cité est préféré à Anthony Quinn pour accompagner Giulietta Masina dans La strada de Fellini, le deuxième donne la réplique à Fernandel dans Le retour de Don Camillo, et le dernier s’illustre avec Brigitte Bardot dans Voulez-vous danser avec moi ? Au niveau du foot, les équipes adverses ont fini par s’adapter au jeu du Toro et vont jusqu’à le recopier. Seulement, étant très dur à maîtriser, beaucoup n’y arrivent pas, mais ce n’est pas le cas du Milan qui parvient à mettre un terme au règne granata en 1956, après onze scudetti consécutifs. La reconstruction du club, à bout de souffle après tant d’années passées au sommet, prend du temps et ce n’est qu’en 1962 qu’il redevient compétitif au point d’aller chercher son douzième titre. Mieux que ça, l’équipe remporte la Coupe des clubs champions européens avec un onze composé notamment de Giuliano Sarti, Guido Vincenzi, Raymond Kopa, Giacomo Bulgarelli, Luis Suárez Miramontes et le tout jeune Gigi Riva. Au fil des décennies, le Torino s’est maintenu parmi les grands clubs d’Italie et d’Europe. De son duo Altobelli-Rossi dans les années 80 en passant par son milieu Albertini-Conte-Donadoni-Häßler une dizaine d’années plus tard, ou encore son impressionnante ligne défensive Roberto Carlos-Gallas-Nesta-Zambrotta avec laquelle ils ont gagné la C1 sous le règne de Sarti en 2007, les Granata font bien partie de l’histoire du foot. Et du haut de la discrète colline de Superga, le spectacle d’un Turin en feu après un éventuel sacre en Ligue des champions est attendu depuis la victoire de ce mardi contre l’Atlético (3-1).



Par Giuliano Depasquale
Modifié

Dans cet article

Superbe article, comme d'habitude très cohérent. Et je pense en effet que ça aurait pu se passer comme ça, mais la tragédie (non, pas le groupe R'N'B...) en a décidé autrement!!
On peut peut-être faire un article identique avec l'OM de cette année non? ;-)
Très sympa cette uchronie!
En effet le scénario des années 50 est très plausible (scénario qui aurait donc profondément bouleversé l'histoire de la seleçao aussi, puisqu'il n'y aurait pas eu de maracanazo!). Après à savoir si cette période dorée aurait permis de faire du toro un des grands d Europe actuellement, c'est moins évident! Il suffit de voir où en est Reims aujourd'hui!
Mais rien que pour l'évocation de la charnière Nesta/Gallas ça valait le coup de partir cette option!

Super article en tous cas!
Peñarol mi Amor Niveau : National
Message posté par TuToJuVe
Superbe article, comme d'habitude très cohérent. Et je pense en effet que ça aurait pu se passer comme ça, mais la tragédie (non, pas le groupe R'N'B...) en a décidé autrement!!
On peut peut-être faire un article identique avec l'OM de cette année non? ;-)


Tu pense vraimment que l'Italie aurait pu gagner la Coupe du Monde au Brésil !?
wallotexas Niveau : CFA
Si ma tante en avait, on l'appellerait ''"Mon oncle''.
Message posté par Peñarol mi Amor
Tu pense vraimment que l'Italie aurait pu gagner la Coupe du Monde au Brésil !?


ça aurait été compliqué. Ce qui est sur par contre, c'est qu'elle n'aurait pas vécue une décénnie aussi dégueulasse (éliminations au 1er tour en 1950 et 1954, non qualification en 1958, seule fois de l'histoire d'ailleurs puisque leur absence de 1930 n'était pas due à une non qualification mais à une non invitation, ou non participation)
Peñarol mi Amor Niveau : National
Message posté par themiz
ça aurait été compliqué. Ce qui est sur par contre, c'est qu'elle n'aurait pas vécue une décénnie aussi dégueulasse (éliminations au 1er tour en 1950 et 1954, non qualification en 1958, seule fois de l'histoire d'ailleurs puisque leur absence de 1930 n'était pas due à une non qualification mais à une non invitation, ou non participation)


Ah oui, je te rejoint entiérement la dessus.

Par contre, l'Italie fut bel et bien invité en 1930 au même titre que bon nombre d'équipes européenes qui déclinérent la plupart car sachant qu'elle n'aurait eu absolument aucune chance en Uruguay face au pays hôte qui était a l'époque beaucoup trop fort pour le reste du Monde, Argentine mis à part...

Je ne dis vraimment pas ça par nationalisme, mais le football rioplatense jusqu'a la fin des années 50, puis sud-américain était largement supérieur au football européen jusque dans le milieu des années 60, l'Uruguay et l'Argentine collaient des valises aux sélections européenes à chaque tournée sur le Vieu Monde.

Il était impensable pour Mussolini de laisser sa Nazionale se faire ridiculiser par quelques salopard d'oriundis...

Le gouvernement fasciste avait d'ailleurs tenté des 1928 de convaincre les plus talentueux oriundis argentins et uruguayens de rejoindre la Squadra, mais ils refusérent tous car ils avaient d'excellent salaire au pays (pour l'époque, je veux dire...).

Par contre, des 1930, lorsque l'Italie reçut l'organisation de la prochaine Coupe du Monde, le régime fasciste proposa de véritable forunes aux oriundos les plus talentueux, et beaucoup accépterent ces propositions indécente pour l'époque (tu comprend, fallait pas que l'Italie perde chez elle, ça en valait pour la crédibilité du régime...).
Ainsi, les 3 meilleurs joueurs argentins de l'époque(Guaita, Orsi et Monti, la colonne vertébrale de l'Albi finaliste en 1930) représentérent la Squadra en 1934, c'est pour cela que l'Argentine et le Brésil envoyérent des équipes B, et que l'Uruguay refusa de participer à cette édition...

Pour te donner juste un exemple de l'avance sud-américaine par rapport à l'Europe en matiére de football, des types comme Di Stefano, Altafini, Sivori ou Santamaria, considerer en Europe comme des monstres sacrées, n'étaient que des second couteau en Amérique, des Di Stéfano, il y'en avait une vingtaine sur le continent, Sivori n'était que le remplaçant de Sanfilippo et Santamaria peinait vraimment a se faire une place de titulaire au sein de la Celeste...
L'Europe n'a rattrapé son retard que lors des années 70.

Désolé pour le pavé et pour l'heure tardive l'ami, je suis en pleine mi-temps de Corinthians-Nacional en Libertadores, 1-1 pour l'instant avec un énorme Nico Lopez auteur d'un superbe but. Fallait pas le leur prêter putain !!!
Bon, j'ai quand même bonne espoir pour que les Brazucas se réveillent un peu pour leur en coller une belle en seconde période...
JimPooley Niveau : CFA2
Note : -1
Message posté par Peñarol mi Amor
Ah oui, je te rejoint entiérement la dessus.

Par contre, l'Italie fut bel et bien invité en 1930 au même titre que bon nombre d'équipes européenes qui déclinérent la plupart car sachant qu'elle n'aurait eu absolument aucune chance en Uruguay face au pays hôte qui était a l'époque beaucoup trop fort pour le reste du Monde, Argentine mis à part...

Je ne dis vraimment pas ça par nationalisme, mais le football rioplatense jusqu'a la fin des années 50, puis sud-américain était largement supérieur au football européen jusque dans le milieu des années 60, l'Uruguay et l'Argentine collaient des valises aux sélections européenes à chaque tournée sur le Vieu Monde.

Il était impensable pour Mussolini de laisser sa Nazionale se faire ridiculiser par quelques salopard d'oriundis...

Le gouvernement fasciste avait d'ailleurs tenté des 1928 de convaincre les plus talentueux oriundis argentins et uruguayens de rejoindre la Squadra, mais ils refusérent tous car ils avaient d'excellent salaire au pays (pour l'époque, je veux dire...).

Par contre, des 1930, lorsque l'Italie reçut l'organisation de la prochaine Coupe du Monde, le régime fasciste proposa de véritable forunes aux oriundos les plus talentueux, et beaucoup accépterent ces propositions indécente pour l'époque (tu comprend, fallait pas que l'Italie perde chez elle, ça en valait pour la crédibilité du régime...).
Ainsi, les 3 meilleurs joueurs argentins de l'époque(Guaita, Orsi et Monti, la colonne vertébrale de l'Albi finaliste en 1930) représentérent la Squadra en 1934, c'est pour cela que l'Argentine et le Brésil envoyérent des équipes B, et que l'Uruguay refusa de participer à cette édition...

Pour te donner juste un exemple de l'avance sud-américaine par rapport à l'Europe en matiére de football, des types comme Di Stefano, Altafini, Sivori ou Santamaria, considerer en Europe comme des monstres sacrées, n'étaient que des second couteau en Amérique, des Di Stéfano, il y'en avait une vingtaine sur le continent, Sivori n'était que le remplaçant de Sanfilippo et Santamaria peinait vraimment a se faire une place de titulaire au sein de la Celeste...
L'Europe n'a rattrapé son retard que lors des années 70.

Désolé pour le pavé et pour l'heure tardive l'ami, je suis en pleine mi-temps de Corinthians-Nacional en Libertadores, 1-1 pour l'instant avec un énorme Nico Lopez auteur d'un superbe but. Fallait pas le leur prêter putain !!!
Bon, j'ai quand même bonne espoir pour que les Brazucas se réveillent un peu pour leur en coller une belle en seconde période...


Ton analyse me paraît un peu biaisée, ami hispano-sud-américain... L'Amérique du sud, et particulièrement en foot, ne se limite pas à l'axe argentino-uruguayen. D'ailleurs ces deux nations ont disparu complètement de la scène internationale, non pas dans la années 70, mais dès 1950, pour ne réapparaître (l'Argentine surtout) qu'à la fin de 70s. C'est le Brésil qui a repris le flambeau dans les années 50. Quand à la non-participation de l'Uruguay aux éditions 34 et 38, d'autres ont pu dire que la Celeste n'avait tout simplement pas envie de remettre son titre en jeu, meilleur moyen de ne pas le perdre et de rester "à jamais les premiers", comme disent nos amis (enfin vos amis, pas les miens) marseillais.
JimPooley Niveau : CFA2
Par contre, les réactions du style "rooo mais tu penses vraiment que l'Italie aurait pu gagner en 50? (sous-entendu "mais évidemment que non, pauvre con qui connait quedalle au football")" ou "ça aurait été compliqué", les mecs... Vous pouvez pas avoir deux secondes d'ouverture d'esprit et d'imagination? Evidemment que l'Italie n'a PAS gagné la CM au Brésil, tout le monde sait ça. Mais elle aurait PU y être, et la gagner, si... En littérature, ça s'appelle une uchronie et il y en a de très réussies (essayez "Chronique des années noires" de KS Robinson).
Une uchronie? Et pourquoi pas, mais.. En l'espèce, je crois que la nostalgie fait toujours prêter trop de vertus à certaines équipes frappées par la tragédie, j'en dirais spontanément autant des hommes de Busby en 1958..

Qu'est-ce que ça aurait changé pour le foot mondial? Rien, le football ouest-européen était et resta tout un temps encore culturellement attardé..

Pour le football rital? Ses ressorts sont bien trop souterrains que pour juger ce à côté de quoi le Torino passa à côté à Superga ; pour ma part je crois que ça n'aurait strictement rien changé, sinon quelques lignes supplémentaires au palmarès du club probablement, mais fondamentalement rien sur le long terme..

Deux petits bémols, si je puis me permettre? Coupe latine glorifiée, quand dans le même temps la plus pertinente et vénérable Mitropacup est tout bonnement oubliée.. Et "jeu révolutionnaire des Néerlandais" n'est rien plus qu'un cliché..
Message posté par JimPooley
Ton analyse me paraît un peu biaisée, ami hispano-sud-américain... L'Amérique du sud, et particulièrement en foot, ne se limite pas à l'axe argentino-uruguayen. D'ailleurs ces deux nations ont disparu complètement de la scène internationale, non pas dans la années 70, mais dès 1950, pour ne réapparaître (l'Argentine surtout) qu'à la fin de 70s. C'est le Brésil qui a repris le flambeau dans les années 50. Quand à la non-participation de l'Uruguay aux éditions 34 et 38, d'autres ont pu dire que la Celeste n'avait tout simplement pas envie de remettre son titre en jeu, meilleur moyen de ne pas le perdre et de rester "à jamais les premiers", comme disent nos amis (enfin vos amis, pas les miens) marseillais.


Je ne suis pas le moins du monde sud-américain, et je ne trouve pour ma part rien à redire au fond de son propos.

Si l'Argentine semble disparaître des débats dans l'après-guerre, c'est d'abord par volonté politique.. Et quand elle revint à de meilleurs sentiments, le moins qu'on puisse dire est qu'elle fut peu gâtée par les instances..

Le retrait uruguayen des éditions 1934 et 1938? Penarol a raison, sinon en Europe centrale le football européen ne valait pas grand-chose, d'où d'ailleurs ses manoeuvres tordues à gogo ; Argentins, Uruguayens voire Brésiliens avaient, dans un cadre loyal, un boulevard devant eux.. Or la "gestion" de la Coupe du Monde 1934 donne précisément raison aux Uruguayens, ce fut une farce un brin macabre.. Ajouter enfin que, en refusant d'y prendre part, ils rendaient la pareille aux grandes nations géopolitiques européennes qui tout un temps avaient refusé, voire refusèrent pour de bon, de se déplacer en Uruguay.. En 1930 ça faisait 6 ans qu'Uruguayens et Argentins faisaient ostensiblement joujou avec la fine fleur euro-continentale, sur le coup il n'y a pas le moins du monde à douter de la fierté mal placée des Européens..
Pour 1930, à nouveau d'accord avec Penarol : c'est l'Italie qui refusa d'y aller, comme d'ailleurs la France tout un temps..

Les grandes nations avaient conscience de leurs dramatiques carences et retards culturels, même en Europe elles étaient attardées.. Si la France se décida finalement à y aller, ce fut après que les Belges forcèrent les choses en engageant leur équipe dans la compétition..

Les grandes nations d'Europe continentale, dans les années 1920? Suisse, Belgique, Europe centrale.. Et le reste était médiocre quoique perclus de vanité..
Message posté par JimPooley
Ton analyse me paraît un peu biaisée, ami hispano-sud-américain... L'Amérique du sud, et particulièrement en foot, ne se limite pas à l'axe argentino-uruguayen. D'ailleurs ces deux nations ont disparu complètement de la scène internationale, non pas dans la années 70, mais dès 1950, pour ne réapparaître (l'Argentine surtout) qu'à la fin de 70s. C'est le Brésil qui a repris le flambeau dans les années 50. Quand à la non-participation de l'Uruguay aux éditions 34 et 38, d'autres ont pu dire que la Celeste n'avait tout simplement pas envie de remettre son titre en jeu, meilleur moyen de ne pas le perdre et de rester "à jamais les premiers", comme disent nos amis (enfin vos amis, pas les miens) marseillais.


Et puis bon, affirmer que l'Uruguay disparut complètement dès les années 1950.. Faut voir au-delà des palmarès, fort biaisés, voire voir tout simplement les matchs.. L'Uruguay de la fin des années 1960 est encore une puissance majeure du jeu, et qui d'ailleurs proposait un football très attractif, loin des (durables..) clichés véhiculés ensuite à mesure que leur football sombra dans la brutalité en dépit d'évidentes qualités - mais à qui la faute (c'est l'Ouest qui mit ce pays sens dessus dessous..)..

Rocha, Mazurkiewicz, Cubilla.. C'est du lourd ; proposer de tels profils, pour des pays qui auraient disparu de la circulation, hum..

L'Histoire officielle du jeu souffre de deux maux majeurs, dont il faudra bien sortir un jour : impérialisme européocentriste d'une part, et "logique" discursive non pas articulée autour du jeu, mais bien plutôt de palmarès abondamment vérolés ; or il suffit de s'intéresser à la dimension "jeu", voir les matchs et mesurer les dynamiques culturelles, pour comprendre qu'il faille en sortir pour comprendre quoi que ce soit à l'Histoire réelle du jeu..
JimPooley Niveau : CFA2
Faudrait vérifier, mais ça m'étonnerait que la France, directement à l'origine de la création de la coupe du monde, ait hésité avant de se rendre en Uruguay. C'est en 50 que la fédération française, prétextant le refus de la FIFA de réaménager son calendrier pour éviter aux bleus des déplacements trop longs entre les stades brésiliens (mais en fait faute d'avoir pu reconstruire une sélection compétitive après la libération) a décliné l'invitation. En 1930, quasiment toutes les sélections européennes contactées refusèrent, principalement pour le coût et la durée du voyage (en paquebot!). Et la France entama la compétition en torchant le Mexique 4-1, preuve que l'écart entre football européen et latino-américain n'était pas si grand que ça. Les "manœuvres tordues" des années 30 étaient spécifiquement le fait du régime mussolinien.
Message posté par JimPooley
Faudrait vérifier, mais ça m'étonnerait que la France, directement à l'origine de la création de la coupe du monde, ait hésité avant de se rendre en Uruguay. C'est en 50 que la fédération française, prétextant le refus de la FIFA de réaménager son calendrier pour éviter aux bleus des déplacements trop longs entre les stades brésiliens (mais en fait faute d'avoir pu reconstruire une sélection compétitive après la libération) a décliné l'invitation. En 1930, quasiment toutes les sélections européennes contactées refusèrent, principalement pour le coût et la durée du voyage (en paquebot!). Et la France entama la compétition en torchant le Mexique 4-1, preuve que l'écart entre football européen et latino-américain n'était pas si grand que ça. Les "manœuvres tordues" des années 30 étaient spécifiquement le fait du régime mussolinien.


En 1930, tous les frais (déplacement, logement..) étaient avancés et payés par la fédération uruguayenne.. A noter que la seule fédération qui rendit aux uruguayens ce qui n'avait été dépensé fut la belge ; les autres..

La France, à l'origine de la création de la Coupe du Monde? C'est la version Rimet, dont la postérité doit beaucoup au fait que l'historiographie française pesa plus lourd que d'autres.. Assurément, c'est un tout autre son de cloche que suggèrent les archives d'époque conservées par les diverses fédérations européennes, et qui suggèrent que Rimet s'employa surtout à torpiller l'édition uruguayenne..

Mexique? Le propos de Penarol, et le mien, vise exclusivement le football rioplatense, avec dans mon chef un brin de considération pour le brésilien, nul d'entre nous n'a évoqué le cas mexicain..

Seulement l'Italie de Mussolini? La France du football s'est construite en mobilisant des footballeurs issus de son (ex-)Empire ; les premières stars du foot français, sinon poignée de figures endogènes, se passent de commentaires.. L'Allemagne du football annexa la Wunderteam sitôt l'Anschluss consommé.. Les grandes puissances géopolitiques d'Europe ne valaient rien..à l'exception de l'Espagne (mais était-elle alors une grande puissance géopolitique?).. L'Angleterre même, cas toutefois particulier, était quant à elle sur la pente savonneuse ; point par hasard si elle se retrancha dans un confortable isolationnisme..

Je comprends que ce puisse être difficile à réaliser, envisager.. Et pour cause : ces grandes nations ont réécrit l'Histoire dans leur sens durant des décennies..
"Manoeuvres tordues", j'ajoute sans vouloir être exhaustif (sujet bien trop long..) que l'Angleterre, par exemple, refusa et refuse encore de considérer bonne part des défaites essuyées à l'époque, et que pour ce-faire tout était bon..dont sous prétexte d'avoir été battus par des équipes amateurs en alignant, eux, une équipe pros (ou inversément).. L'enjeu était d'entretenir, coûte que coûte, l'illusion d'une Angleterre dominante (quoique en bonne voie de déclassement sur tous les plans)..

Dans un registre analogue, on trouve aussi la réécriture de l'Histoire des compétitions (Coupes du Monde, d'Europe..) dans le sens d'une décisive impulsion/contribution française..mais voilà de versions plus qu'accomodantes, voire à bien des égards scandaleuses..

Les grandes nations géopolitiques d'Europe, pas seulement l'Italie, étaient dans une logique d'image et de puissance, de propagande ; ne surtout pas croire que ce fût ou soit l'apanage des dictatures..

Le Kiosque SO PRESS

Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
Article suivant
La Squadra Granata
1k 37