1. //
  2. // Groupe H
  3. //
  4. // Shakhtar Donetsk/Porto

Shakhtar, une saison pas comme les autres

La nouvelle place forte du football ukrainien a vu son irrésistible ascension bousculée depuis quelques mois par des événements extra-sportifs de grande ampleur : climat de guerre civile, bombardements et affrontements entre pro-Ukrainiens et séparatistes pro-Russes. Il a fallu convaincre les expatriés de rester et déménager provisoirement à l'ouest du pays. Pour combien de temps ? Nul ne le sait.

Modififié
9 2
Il y a des clubs obligés de disputer leurs rencontres à domicile hors de leurs bases car leur stade est en travaux. D'autres aussi sont contraints à l'exil car leur enceinte n'est pas aux normes requises. Et puis il y a le Shakhtar Donetsk, qui va accueillir ce mardi soir Porto à Lviv, 1 000 km à l'ouest de Donetsk, pour fuir la guerre et les bombardements. L'excuse calme donc. On ne vous apprend rien, ça craint sévère ces temps-ci en Ukraine. Le président Viktor Ianoukovytch a été destitué en février dernier et il règne depuis un climat de guerre civile dans le pays. La Crimée a été annexée par la Russie et des séparatistes se sont regroupés à l'est, près de la frontière russe. Ils n'acceptent pas la légitimité du nouveau gouvernement à Kiev. Du côté de Donetsk, l'une des plus grandes villes d'Ukraine et l'un des poumons économiques du pays, des affrontements violents opposent régulièrement les pro-Russes aux pro-Ukrainiens. C'est le cas aussi dans la ville voisine de Louhansk. Une large zone géographique est désormais entre les mains des rebelles, mais la situation reste extrêmement instable. Le 17 juillet, le vol MH17 de la Malaysia Airlines, en provenance d'Amsterdam et qui devait se rendre à Kuala Lumpur, s'écrasait sur la commune de Torez, à environ 70 km de Donetsk. Abattu en plein vol, très probablement par un missile. Les deux camps se rejettent la faute du drame, qui a coûté la vie à 298 personnes. Voici donc, très brièvement, le résumé du contexte dans lequel est contraint d'évoluer le Shakhtar Donetsk, l'incontestable et incontestée place forte actuelle du football ukrainien, quintuple champion national en titre, auteur de quelques « coups » sur la scène européenne, dont la conquête de la Coupe UEFA 2009.

Stade et centre d'entraînement bombardés


Sur le plan pratique, le club a donc été contraint de déménager expressément durant l'été pour continuer son activité. Le choix s'est porté sur Lviv comme ville de refuge, pour deux raisons principales : d'une part, c'est tout à l'ouest du pays, bien loin des conflits, et d'autre part, l'Arena Lviv, 35 000 places, construite pour l'Euro 2012, répond aux normes UEFA les plus récentes. Le Shakhtar peut donc accueillir ses rencontres en championnat comme en Coupe d'Europe dans une belle enceinte et bénéficier de conditions d'accueil et d'entraînement tout à fait acceptables. La situation est tout de même censée n'être que provisoire bien sûr. L'entraîneur Mircea Lucescu, comme toute l'équipe, essaie de ne pas montrer trop de frustration face à cette situation. « Nous voulons tous jouer de nouveau à la Donbass Arena devant nos fans passionnés, mais nous devons pour l'instant évoluer à Lviv car notre président a estimé que c'était trop dangereux de retourner là-bas » , a-t-il commenté sobrement il y a quelques jours. La Donbass Arena, le stade du Shakhtar, qui faisait la fierté du club il y a encore quelques mois, a subi un bombardement au cours du mois d'août et sa façade a été touchée, de même que le Kirsha Training Center où l'équipe s'entraînait, un centre réputé qui avait également accueilli l'équipe de France durant l'Euro 2012. Aujourd'hui, des séparatistes occuperaient les lieux. À Lviv, le Shakhtar ne bénéficie évidemment pas du même soutien qu'à Donetsk. En championnat, il évolue devant un stade aux trois-quarts vide. Face à Porto pour cette première « à domicile » de la saison en C1, il est néanmoins annoncé plein.

Des fuyards de retour


En ce qui concerne l'équipe, tout est revenu à la normale ou presque depuis quelques semaines, après la rocambolesque évasion de six des Sud-Américains de l'effectif, à l'issue d'un match amical disputé en France face à l'Olympique lyonnais, le 20 juillet dernier, trois jours après le crash de l'avion de la Malaysia Airline. Et les fuyards - les Brésiliens Fred, Alex Teixeira, Douglas Costa, Dentinho, Ismaily et l'Argentin Façundo Ferreyra – semblaient décidés à ne pas retourner en Ukraine, craignant pour leur sécurité. Évidemment, Lucescu fit part de sa fureur. Il accusa le sulfureux agent Kia Joorabchian d'avoir monté le bourrichon à ses joueurs pour les pousser vers la sortie et négocier de nouveaux contrats ailleurs en Europe. Finalement, les cinq fuyards brésiliens revinrent et seul Façundo Ferreyra fut transféré en prêt du côté de Newcastle. Tant qu'ils jouent à Lviv, à Kiev ou ailleurs en Ukraine, en dehors de l'Est du pays et des zones de conflit, les joueurs du Shakhtar ne risquent rien pour leur sécurité. Ils se sentent néanmoins en exil, comme l'a exprimé l'historique Darijo Srna, au club depuis plus d'une décennie. « Ce n'est pas facile de se lever chaque jour et de voir ce qui se passe en lisant les journaux ou en regardant la télévision, a-t-il récemment expliqué en conférence de presse. Donetsk, c'est ma ville, j'y suis heureux, quand la guerre sera finie, on y retournera. » En attendant, les résultats sportifs restent plutôt bons. En C1, le Shakhtar a débuté sa saison par un nul à Bilbao et en championnat, l'équipe occupe actuellement la deuxième position, avec six victoires pour une défaite.

Un président et des supporters en guerre


Enfin, pour ce qui est de la politique, le très influent président Rinat Akhmetov fait pas mal parler de lui ces derniers temps. Ancien proche de Viktor Ianoukovytch (ce qui lui a permis de faire prospérer une fortune aujourd'hui estimée à plus de 12 milliards de dollars), le très puissant businessman s'est rangé du côté du nouveau pouvoir à Kiev, contre les séparatistes pro-Russes qui occupent actuellement Donetsk. Un choix qu'il n'a pas fait immédiatement. Akhmetov n'est pas né de la dernière pluie et il a semble-t-il attendu d'analyser dans quel camp il avait le plus à gagner avant de se décider… Désormais engagé à fond du côté du gouvernement actuel, Akhmetov a choisi d'agir humanitairement pour la population locale, envoyant régulièrement depuis août des camions de nourriture à Donetsk et dans toute la zone de combats. Pour la distribution, les anciens employés et bénévoles du club ont été sollicités. Par ailleurs, des supporters ultras auraient également décidé de rejoindre le bataillon Azov, un groupe paramilitaire de quelques centaines de personnes qui lutte actuellement contre l'insurrection pro-russe. Clairement, le Shakhtar est actuellement un club en guerre.

Par Régis Delanoë
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Merci pour cet article.
Les photos du stade: http://shakhtar.com/en/news/32721
*somagic* Niveau : CFA
Je m'attendais à une équipe chahutée par tout ce qui se passe autour...
Et pourtant en championnat ils ont un rythme hallucinant et leur 1er match de LDC, ils auraient du l'emporter à Bilbao.
Lucescu continue année après année a produire un travail incroyable et surement pas assez estimé à sa juste (très haute) valeur.
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
9 2