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Séville, toujours roi du mercato

Plus que son titre de roi de la petite Europe, le FC Séville se distingue par une maîtrise du mercato à conjuguer au plus-que-parfait. À la différence des autres étés, les emplettes de ce millésime révèlent pourtant un changement des objectifs d'un club qui veut désormais jouer dans la cour des grands d'Europe.

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Plus qu'une nationalité, Carlos Bacca partage avec Radamel Falcao un goût prononcé pour la petite Europe. Déjà vainqueur de la Ligue Europa au mois de mai 2014, le Colombien récidive à Varsovie un an plus tard. D'un doublé, il envoie le FC Séville au paradis, tout comme son compatriote tigré le faisait en 2011, puis 2012, respectivement avec le FC Porto et l'Atlético de Madrid. Depuis les prémices de juillet, le natif de Barranquilla suit d'encore plus près les pas de son aîné de quelques mois. Sa signature pour le Milan AC, contre un modique chèque de 30 millions d'euros, lui interdit de connaître les joies de la Ligue des champions. Cette compétition, qu'il ne pourra disputer avant au minimum un an, ce sont pourtant bien ses pieds qui l'ont offerte au FC Séville, cinquième de la dernière Liga, mais bien qualifié pour la prochaine édition grâce à son sacre en C3. Une qualification qui, plus qu'être salvatrice, booste un fanion palangana en quête de nouveaux défis. Et pour ce, sa direction sportive a, une énième fois, réussi à vendre cher et recruter à bas prix pour ce qui semble être le plus beau mercato de l'ère Monchi.

Séville et sa devise du « vendre pour grandir »


Les chiffres, loin d'être souverains dans l'analyse du jeu, renvoient toujours une vérité arithmétique implacable en période de mercato. À l'instar de ses succès en Ligue Europa - dont il est le roi avec quatre breloques dorées depuis le début du millénaire -, le FC Séville truste le titre officieux de champion du marché des transferts. Ainsi, lors des quatre derniers étés, le club des bords du Guadalquivir a engrangé pas moins de 106 millions d'euros de bénéfice. Le tout sans s'appauvrir sur le plan sportif. Un exploit devenu banal, tant la bande à Monchi est devenu le nec plus ultra du recrutement. Cette stratégie a, à son origine, été dictée par une situation économique précaire à l'aube des années 2000. « Le club était un désastre et je devais me charger de tout et n'importe quoi, rembobine ledit Monchi dans les colonnes du Pais. Le président de l'époque, Roberto Alés, m'a proposé d'être directeur sportif même si je n'y connaissais rien. » De fait, il décide de s'entourer de connaisseurs du marché et compose une petite équipe de scouts. Aujourd'hui, cette direction technique compte 16 membres et plus du double d'observateurs autour du monde.

Fort de ses succès originels - Dani Alves acheté 1,5 million d'euros, puis revendu pour 40, ou encore Julio Baptista recruté pour 2,5 millions, puis lâché pour 20 -, la direction sévillane conserve cette stratégie du « vendre pour grandir » . Une obligation, puisque le club ne connaît aucun investisseur étranger et se trouve dans la région la plus soumise au chômage d'Europe. « Nous vendons pour conserver un niveau supérieur à nos possibilités. Grâce à nos revenus, nous sommes arrivés jusqu'ici » , renchérit Monchi. Pour ce millésime, l'excédent est déjà largement positif. Avec les seules ventes de Carlos Bacca, Iago Aspas et Aleix Vidal, le FC Séville a empoché pas moins de 50 millions d'euros. Du côté des arrivées, le montant déboursé ne dépasse pas les 17 millions. Et pourtant, les noms, à défaut d'être ronflants, ne font pas perdre en qualité l'effectif d'Unai Emery. Pour sûr, Gaël Kakuta, Adil Rami, Sergio Escudero, Steven N'Zonzi, Michael Krohn-Dehli, Ciro Immobile et Yevhen Konoplyanka semblent taillés pour assurer la relève. Mieux, ils indiquent également un changement dans les objectifs du club de Nervion.

L'été du changement de dimension ?


La signature de Yevhen Konoplyanka en est le meilleur révélateur. Après s'être fait les dents dans le championnat ukrainien, la révélation de la dernière Ligue Europa était courtisée par de nombreuses grosses écuries du continent, dont quelques écuries anglaises prêtes à faire chauffer leur compte en banque pour son salaire. Pas fou, il décide pourtant de s'engager avec le FC Séville, « car il souhaite évoluer » , selon les dires de son paternel d'agent. Un choix qui sent déjà la réussite, tant pour un attaquant dont le jeu a tout pour s'épanouir en Liga, que pour un club qui s'offre une recrue de poids, libre de surcroît. Bien que différents, les cas Immobile, en panne de confiance à Dortmund, N'Zonzi, en constante progression outre-Manche, ou encore Kakuta, auteur de sa première saison pleine avec le Rayo, sentent bon le retour d'investissement décuplé. Cet effectif, le plus complet de la récente histoire sevillista, a tout pour faire franchir un palier au club. Idem, la prolongation d'un Unai Emery ardemment courtisé prouve le nouvel arsenal financier andalou. Autant de preuves d'une évolution qui n'aurait été possible sans les deux pions varsoviens de Bacca. Et de ses 30 millions d'euros ?

Par Robin Delorme, en Espagne
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