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Sergio Pirozzi : « Je dois maintenant entraîner ma communauté »

Voilà plus de deux mois que la terre ne cesse de trembler dans le centre de l’Italie. Une série de secousses qui a débuté le 24 août dernier, rasant quasiment la ville d’Amatrice, dont le maire est Sergio Pirozzi. Il est également entraîneur dans le civil, une carrière qu’il a dû mettre entre parenthèses.

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Comment est la situation plus de deux mois après le tremblement de terre ?
Les activités devant améliorer les conditions de vie suivent leurs cours avec les maisons et les commerces temporaires. Il y a une programmation pour l'avenir, mais les dernières secousses ont évidemment rappelé la funeste journée du 24 août dernier. Depuis ce jour, je passe 100 % de mon temps à m’occuper de ma ville.

Comment êtes-vous devenu maire d’Amatrice ?
Je suis né à San Benedetto del Tronto, mais j’ai toujours vécu ici. Mon père était d’ailleurs employé municipal à la commune d’Amatrice. Plus jeune, je faisais partie du monde associatif, avec ma bande, on faisait de la radio, il y avait la « Pro Loco » , donc j’ai toujours œuvré pour la communauté. J’ai d’abord été adjoint au maire de 1995 à 2001, mais c’était seulement un hobby. En 2009, j’ai été élu une première fois, c'est à ce moment que j'ai dû abandonner mon poste d’entraîneur dans le monde du foot professionnel, même si j’ai continué à exercer chez les amateurs.

Quel est votre parcours dans le monde du foot ?
J’ai été joueur jusqu’en quatrième division et j’ai commencé à entraîner dès l’âge de trente ans. J’ai gagné à tous les niveaux, en Seconda Categoria, Prima, Promozione, Eccellenza, Serie D. J’ai terminé premier de mon groupe avec les U20 de l’Ascoli que j’ai coachés pendant deux ans. Rieti, dont j’avais porté les couleurs en tant que joueur, est monté en Serie C2 sous mes ordres et on s’est sauvés l’année suivante. J’ai également fait un passage à la Viterbese l’année suivante. En gros, j’ai été entraîneur professionnel pendant quatre ans de 2005 à 2009, avant de devoir renoncer pour ma grosse indemnité de maire qui est de 660 € nets par mois.

Du coup, vous êtes repartis dans le monde amateur, avec ce poste que vous occupez aujourd’hui à Trastevere.
Oui, je n’ai jamais arrêté d’entraîner. Là, c’est une équipe de Rome qui a son petit suivi de supporters et est très active chez les catégories de jeunes. Je la dirige pour la troisième saison d’affilée. On a gagné le championnat d’Eccellenza et on s’est sauvés dans la foulée. Cette année, on a une belle équipe, assez jeune, on a même battu l’Ascoli, une formation de Serie B, lors du stage de pré-saison. La saison avait débuté par une victoire en coupe contre Anzio, et deux jours après il y a eu le tremblement de terre. J’ai donc dû laisser l’équipe à mon entraîneur adjoint. Je ne suis pas redescendu à Rome depuis, je suis à temps plein a Amatrice, car je dois maintenant entraîner ma communauté.

« Vous devez créer un esprit de groupe avec votre équipe, valoriser au mieux toutes les ressources que vous possédez. Pour moi, dans un club de foot, la personne la plus importante est l’intendant, c'est dire ! »

Quel est l’objectif cette saison ?
De faire mieux que la onzième place de l’an passé, mais on n’a pas l’ambition de remporter le championnat, même si on est actuellement premiers. Il y a deux ans, la promotion en Serie D s’était décidée à la toute dernière journée, on recevait notre dauphin, Fiumicino, et on l’a emporté dans les arrêts de jeu, c’était incroyable, ça nous a permis d’éviter les barrages.

Quel type d’entraîneur êtes-vous ?
Je m’adapte en fonction des joueurs que j’ai. Ce qui est certain, c’est que je n’aime pas avoir la possession du ballon. Les statistiques disent qu’un but est marqué après que l’équipe a gardé le ballon en moyenne quatre secondes, donc ça ne sert à rien de vouloir jouer à la baballe, à moins que vous ayez des joueurs très au-dessus techniquement. J’aime que mon équipe joue vite vers l’avant, qu’il y ait un esprit de collaboration entre l’attaque, le milieu et la défense. Ma seule habitude est d'avoir trois attaquants dans ma formation de départ.

Vous avez entraîné des joueurs qui ont fait carrière ?
Bien sûr, j’ai eu Giuseppe Bellusci du temps de l’Ascoli, il est aujourd’hui titulaire avec l’Empoli en Serie A. Giorgi aussi qui est d’Ascoli et qui y est revenu après être passé par l’Atalanta. Beaucoup évoluent aujourd'hui en Serie B.

Maire et entraîneur sont-ils deux professions comparables ?
En partie oui, même si c’est plus simple d’être entraîneur. Vous devez créer un esprit de groupe avec votre équipe, valoriser au mieux toutes les ressources que vous possédez. Pour moi, dans un club de foot, la personne la plus importante est l’intendant, c'est dire ! Vous devez transmettre une certaine mentalité, c’est-à-dire ne pas s’abattre quand vous perdez. Ne pas donner la faute aux autres ni chercher d'alibi.

« L’esprit de groupe de la part de tout le monde est vraiment fondamental. Ici, il n’y a plus grand monde et le football peut permettre de combattre la dépression post-tremblement de terre. C’est un moment d’agrégation, une façon de rester ensemble et soudés. »

L’équipe d’Amatrice qui évolue au dernier niveau national a également repris ses activités depuis peu.
Je n’ai pas le temps de m’y intéresser personnellement, je souhaite juste que cette reprise ait un suivi, notamment dans la ponctualité des entraînements. J’ai entraîné Amatrice fut un temps. Une fois, il y avait 60/70 cm de neige sur le terrain. On a déneigé à la pelle avec les joueurs, les gamins, tout le monde, et le dimanche, on a joué et gagné six buts à un ! L’esprit de groupe de la part de tout le monde est vraiment fondamental. Ici, il n’y a plus grand monde et le football peut permettre de combattre la dépression post-tremblement de terre. C’est un moment d’agrégation, une façon de rester ensemble et soudés.

La Lazio est venue vous rendre visite fin octobre.
La mère du président Claudio Lotito était originaire d’Amatrice, il est donc souvent venu ici par le passé. Nous nous connaissons depuis longtemps, même si je tiens à dire qu’il n’a jamais cherché à me faire embaucher dans une équipe (rires). Il a emmené tous les joueurs avec lui, ils ont distribué des cadeaux, du matériel, fait les services au repas du midi (évidemment pasta all' amatriciana au menu, ndlr). Ce fut une journée très importante. Ils ont même fait la photo officielle de l’équipe qui est maintenant en vente dans les kiosques, et cela dans le but de récolter des fonds pour nous. D’une manière générale, je peux affirmer que le monde du football s’est montré très sensible, entre les collectes dans les kops et les matchs de gala organisés exprès pour nous, et ça continue toujours d’ailleurs.

Il était également question d’une visite de la sélection italienne, c’est ce qu’avait en tout cas annoncé le président de la Fédération.
Pour le moment, je n’en sais rien, ce qui est certain, c’est qu’ils sont les bienvenus, cela ramènerait le sourire à ceux qui l’ont perdu.

Par Valentin Pauluzzi
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