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Sébastien Pérez : « Les fumigènes, c’était beau »

Né dans la Loire, formé à Saint-Étienne, Sébastien Pérez est devenu un mec du Sud. Après Bastia, Marseille et Aix-en-Provence, il vit à Martigues et profite de la vie en attendant de nouveaux projets dans le monde du football. Un monde qui a un peu trop changé à son goût.

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Enfant, tu avais quelle image de la Méditerranée, de la Corse ?
J’allais en vacances en Corse avec mes parents. Du côté de Calvi, un camping à l’entrée : le Libeccio. Je me souviens des animations et donc des matchs de foot. Moi, le minot qui jouait avec les adultes. J’arrivais à gagner des cornets de glace. Très vite, je suis tombé amoureux de la Corse. À l’époque, il y avait deux clubs : Bastia et Saint-Étienne. J’avais le maillot des deux équipes.

Tu as vécu à Aix. Quel rapport la communauté corse entretient-elle avec l’OM ?
On dit toujours que c’est la première ville corse, la ville du Nord. J’y ai côtoyé beaucoup de Corses, qui sont devenus des amis.
« Je n’ai jamais rencontré de Corses anti-Marseille ni de Marseillais anti-Corse. L’histoire a fait que les deux clubs ont vécu des moments difficiles ensemble. »
On se retrouvait souvent à La Place, un restaurant corse de la vieille ville. Concernant l’OM, c’est une question de fierté. Tu leur demandes de choisir entre Marseille et Paris, c’est vite fait. Y en a quelques-uns qui sont passionnés de l’OM, ou du moins supporters, mais en secret. J’ai connu des potes qui étaient comme ça. Par fierté, ils niaient : « Moi, c’est le Gaz, l’ACA, le Sporting  » , « Moi je suis corse, je supporte LE club corse » . Mais tu sentais un amour refoulé marseillais. Je n’ai jamais rencontré de Corses anti-Marseille ni de Marseillais anti-Corse. L’histoire a fait que les deux clubs ont vécu des moments difficiles ensemble. Comme c’est des derbys, c’est chaud, y a de l’animosité le jour du match. Mais globalement, il y a du respect. Je me rappelle les dirigeants à l’époque, les Marseillais et les Corses avaient de bonnes relations. D’ailleurs, beaucoup de joueurs ont fait le voyage d’un côté ou de l’autre, en gardant le tacle haut.

Cyril Rool aussi traîne sur Aix. C’est un ami ?
Ouais, on a un ami en commun à Aix. Il tient le Grillon (bar élégant du cours Mirabeau, ndlr). Donc on s’y croise. Beaucoup de joueurs habitent Aix et ses alentours. Quand on a connu le Sud et sa qualité de vie, c’est difficile de repartir. Je peux en parler, j’ai passé trois ans à Dijon, où le climat est assez dur. Ce qui manque le plus, ce n’est pas forcément la chaleur, c’est la luminosité. Le matin, de se lever et de voir un ciel bleu. De voir une lumière si belle. Quand tu ne l’as pas, que tu as toujours la brume, le brouillard, ça influe sur ton comportement. Sur ton moral.


C’était comment ton retour à Furiani sous le maillot de l’OM ?
Pas un bon souvenir. Je pensais que j’allais être accueilli autrement. Je n’avais pas apprécié. Je pensais avoir laissé un bon souvenir. J’étais un peu énervé, j’en avais discuté avec des supporters et des dirigeants. Ils m’avaient dit que c’était surtout par rapport au truc de déstabiliser le joueur. Mais moi, je l’avais mal pris. J’avais l’habitude pourtant. Quand je jouais à Saint-Étienne et que j’allais à Lyon, je me faisais insulter. Mais je pensais avoir vécu des choses très fortes du côté du Sporting. J’attendais une autre réaction. Mais ça ne m’avait pas fait chanceler sur le terrain, ça m’avait motivé encore plus. Je me rappelle surtout de deux, trois frictions avec mes potes. Avec Jurietti et avec Pierre-Yves André. Avec Pierrot, c’était moi qui avais eu un mauvais geste. Je m’en étais excusé après. C’est un bon pote, c’est même un ami. Avec Juju, en fait, j’avais mis un tampon et il était allé voir l’arbitre pour réclamer un carton jaune... Alors que lui n’arrêtait pas d’en mettre ! Donc là, on s’était vraiment pris la tête, il m’avait mis une bonne boîte après.

C’est drôle que tu aies été agacé, malgré ta connaissance du système d’intimidation à Furiani...
Ce que j’avais vécu, c’étaient des moments très, très forts. Quand on aime, ça touche beaucoup plus. Quand on a des sentiments. Je l’avais mal pris sur le coup, mais maintenant c’est oublié. Je vais beaucoup en Corse et je n’ai jamais eu une mauvaise parole d’un supporter. On ne parle toujours que des bons souvenirs.


Et tu étais quand même à Fréjus, en 2011, pour le match de la remontée de Bastia en Ligue 2.
Ouais ! Ça m’avait beaucoup touché qu’un club comme le Sporting descende en National. Je voulais vraiment être présent, sans arrière pensée. Il faut savoir être là aux mariages, mais les vrais amis, ils sont aussi là aux enterrements. Je voulais montrer mon soutien au club. Des supporters étaient super contents de me voir. Et j’étais encore plus heureux de voir des supporters suivre leur club comme ça. C’est pas évident de s’organiser dans un championnat semi-amateur. Je me rappelle que les matchs, c’était plus le vendredi que le samedi. Les mecs étaient toujours là, jeunes et moins jeunes. C’est beau de voir des supporters suivre leur club avec cette passion-là.

Les identités marseillaises et corses se construisent en partie en opposition à l’identité parisienne. Comment expliques-tu ça ?
Paris, c’est la capitale. On est « les gars de la province, les provinciaux » . C’est le club un peu bourgeois qu’il faut taper.
« Tu vois arriver des types comme Raí, Leonardo, Weah, Alain Roche, Lama. Il y avait la fierté de pouvoir rivaliser avec des joueurs de cet acabit. »
Tout simplement. Ça a toujours été comme ça, surtout à Marseille, il y avait beaucoup d’animosité. Bastia, c’était David contre Goliath. Tu vois arriver des types comme Raí, Leonardo, Weah, Alain Roche, Lama. Il y avait la fierté de pouvoir rivaliser avec des joueurs de cet acabit. J’ai des super souvenirs de préparations de matchs. Après, il fallait avoir un dialogue adapté au groupe. Fred Antonetti avait souvent un langage imagé pour nous chauffer. Mais avec les fatigués qu’il y avait, il fallait aussi cadenasser ! Les faire redescendre. Quand tu disais à Jurietti ou à Cyril Rool : « Ce soir, il faut y aller  » , forcément, après il fallait leur dire : « Bon les gars, on fait pas n’importe quoi non plus. On se fait respecter, mais on finit le match à onze. »

En définitive, c’était toi, le plus calme des durs ?
Non, il y en avait un encore plus calme, c’était Patrick Moreau. C’était un gentil, mais sur le terrain il faisait mal... Comme Fred Mendy... (Il éclate de rire). Ah, on avait beaucoup de poètes. Patrick Moreau était vraiment rugueux parce ça ne se voyait pas ce qu’il faisait. Cyril, on le voyait arriver de trop loin. Juju aussi. Piotr Świerczewski était aussi assez rugueux, mais on ne le voyait pas venir. Il était tellement gentil, au premier abord. Ce n’était pas quelqu’un qui voulait faire peur à l’adversaire, mais dans les duels, il faisait vraiment, vraiment mal. Moi, ça dépendait de mon état du moment. J’ai la satisfaction de ne jamais avoir fait mal à un joueur. C’est vrai que j’étais très dur sur le terrain, mais, la plupart du temps, je n’étais pas à mettre des attentats par derrière. J’étais dur, je me montrais présent et je me faisais respecter. Il fallait être le plus malin pour prendre le moins de cartons possible.


Ça t'agace aujourd’hui, lorsque Pierre Ménès ou d'autres crient au scandale au moindre tacle un peu trop appuyé ?
« En France, t’as pas le droit d’arriver fort en taclant sur le ballon. C’est coup franc. Où t’as vu ça ? C’est un sport de contact. Du moment que tu as le ballon au milieu, c’est le duel qui prévaut. Et en France, on sanctionne plus l’engagement que la faute elle-même. C’est ça que je ne supporte pas. »
Ce ne sont pas ces personnes-là qui m’agacent. La plupart du temps, c’est toujours assez neutre. Même Ménès, on le connaît, il a des fulgurances, mais globalement, il envoie sur tout le monde. Ce qui m’agace, c’est le comportement des arbitres. Notamment des arbitres français. Ils vont prendre feu pour le moindre tacle, le moindre duel. On s’étonne que les clubs français n’y arrivent pas au niveau européen, à part Paris ou Monaco. Quand tu vois Nice ou Saint-Étienne l’année passée, ces équipes-là, qui arrivent pour la première année au niveau européen, elles n’y arrivent pas. Contre des clubs que tu connais à peine ! L’intensité des duels, le joueur français, il ne comprend pas. En France, t’as pas le droit d’arriver fort en taclant sur le ballon. C’est coup franc. Où t’as vu ça ? C’est un sport de contact. Du moment que tu as le ballon au milieu, c’est le duel qui prévaut. Et en France, on sanctionne plus l’engagement que la faute elle-même. C’est ça que je ne supporte pas. Ça nuit au football français. À l’époque, ils avaient fait un conseil d’éthique. Quelque chose comme ça... C’est n’importe quoi. Je ne dis pas qu’il faut voir des tacles à la gorge, il faut faire la différence entre l’intensité du duel et la faute.

On s’offusque aussi en France des ambiances très chaudes. En revanche, quand c’est en Turquie, on trouve ça formidable...
Exactement. Ils font la chasse aux sorcières à cause des fumigènes. Moi, ça ne m’a jamais dérangé de commencer un match cinq minutes en retard à cause des fumigènes. En revanche, qu’est-ce que c’était bon quand tu étais sur le terrain avec des ambiances comme ça. Le hooliganisme, il faut sanctionner. Mais des fumigènes ! Je suis fier d’avoir eu à attendre que la fumée sorte du stade. J’en ai des super souvenirs. Et c’était beau ! Que tu sois à domicile ou à l’extérieur. Ça donnait un parfum supplémentaire.


Dans le hors-série Bad Boy de So Foot, Laurent Moracchini explique que votre mot d’ordre à Bastia était « ne jamais faire le voyage à vide. Si tu ne prends pas le ballon... Prends autre chose  » . C’est vrai ?
(Il rit.) Ouais ! C’est peut-être extrapolé, ou il a le verbe imagé. Mais quand tu te livres, soit il faut faire la faute, soit il faut récupérer le ballon. Sinon tu laisses ton adversaire partir et il peut y avoir danger. Donc c’est ça. On avait l’habitude de défendre en avançant, on ne reculait jamais.


À l’inverse, plus positivement, il y avait un groupe soudé. Vous aviez fait un Réveillon ensemble, tu peux m’en dire plus ?
« Après les défaites, on allait seulement au restaurant. On y restait longtemps pour parler des matchs, mais il fallait mériter sa soirée. Tu la méritais par ta prestation et le résultat. »
On était vraiment une bonne bande de potes. Fred nous avait laissés jusqu’au 3 et on était rentrés plus tôt pour faire le Réveillon ensemble. À l’hôtel, sur la route, juste avant le Géant. Sur la droite : l’Ostella. On s’était bien marrés... Ça nous arrivait de boire des verres, mais on sortait après les matchs. Pas avant, comme on peut voir aujourd’hui. On ne se faisait pas un concours, on buvait de la Pietra ou du champagne. Les alcools forts, je n’aime pas trop. On avait toujours le respect du club. On ne se montrait jamais dans des états épouvantables. On était l’image du club. Après les défaites, on allait seulement au restaurant. On y restait longtemps pour parler des matchs, mais il fallait mériter sa soirée. Tu la méritais par ta prestation et le résultat.

Tu t’es déjà dit, en voyant un coéquipier tacler, «  putain, là tu vas trop loin » ?
Ah ouais : Pierre Maroselli. Pierre, il était vraiment... Quand il pétait un câble il était vraiment dangereux. Je me souviens d’un tacle qu’il a mis contre Nantes, à Ouédec, il me semble. S’il le fait aujourd’hui, il prend six mois ferme. Je l’ai rencontré depuis, on s’appelle de temps en temps. Comme Cyril, dans la vie, c’est quelqu’un de très calme. Juju aussi. Patrick Moreau aussi. Mais c’étaient des joueurs qui ne trichaient pas sur le terrain. Ils donnaient le maximum.


Y a-t-il un geste que tu regrettes ?
Non. Non, je ne regrette jamais rien. Et j’ai toujours assumé.

Pour finir, y a-t-il de gros tacles auxquels tu repenses en te disant « Celui-là, il l’a mérité  » ?
(Il rit) Ouais, y en a, ouais. Mais en Corse, j’ai appris une chose : c’est acqua in bocca (garde-le pour toi, ndlr). Voilà.

Propos recueillis par Thomas Andrei
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