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Schweinsteiger, prêt à mordre ?

Franz Beckenbauer dans les années 70, Lothar Matthäus dans les années 80 et 90, Michael Ballack dans les années 2000. Historiquement, l’équipe d’Allemagne adore les leaders occupant une position axiale. Depuis 2010, il y a Bastian Schweinsteiger. Retour sur le rôle du vrai meneur de jeu de la Mannschaft, ses doutes et ses défis.

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De petit cochon à gros cerveau

En 2007, Franck Ribéry arrive au Bayern Munich et dégage Schweinsteiger de sa place de titulaire. Lui, le local, le futur capitaine, le titulaire avec la Mannschaft, le déjà-taulier. À l’Euro qui suit, expulsé en poule contre la Croatie, il se fait sérieusement remettre en question outre-Rhin et gagne le surnom de « Schweini » (petit cochon). Aux yeux de l’Europe, Bastian est un joueur talentueux, mais perturbé. Quelques jours plus tard, il réalise un match XXL en quarts contre le Portugal et confirme qu’il a ce qui faut pour devenir le leader de cette Mannschaft. Un tournant. L’été suivant, Van Gaal décide de replacer Bastian en milieu relayeur devant Van Bommel. À l’heure du départ de Ballack, l’Allemagne retrouve un joueur axial qui a de la gueule. Membre de l’équipe-type du Mondial 2010, Schweinsteiger éteint Messi en quarts et démonte l’Argentine presque à lui tout seul. Joachim Löw ne tourne pas autour du pot : « Bastian est le cerveau de la Mannschaft. »

Si la structure allemande en 4-2-3-1 est modulable sur les ailes et en pointe, l’axe ne se négocie pas : Schweinsteiger-Khedira-Özil et rien d’autre. Celui qui organise, celui qui court partout et celui qui crée. Positionné en pivot avec Khedira, Schweinsteiger laisse le Madrilène se lancer dans les intervalles, tenter des reprises ou ratisser tout ce qui bouge devant. Derrière, il oriente les attaques, distribue sur les ailes et vient souvent chercher le ballon très loin dans son camp pour lancer les offensives teutonnes. Bastian est le socle de cette équipe, l’homme sur qui tout repose. Et on peut dire qu’avec 36 kilomètres parcourus après les trois matchs de poule (plus grand total de l’Euro), une aisance technique de milieu offensif et un sens tactique hors-pair, l’Allemagne peut dormir tranquille. Tactiquement, d'ailleurs, son rôle est bien différent de celui qu’il occupe au Bayern. Devant Van Bommel en 2010 ou Luiz Gustavo en 2012, on a pris l’habitude de voir un Schweinsteiger explosif débouler dans l’axe comme un Panzer et tenter de décrocher des lucarnes. Sous les ordres de Löw, Bastian s’occupe de réguler le jeu et de couvrir les espaces. Finalement, « The Brain » pense le jeu plus qu’il ne joue.

Un cerveau en veille ?

Mais Schweinsteiger n’est pas au top. Après une saison marquée par les blessures, Bastian a encore des douleurs à la cheville, et sa présence ce soir était même incertaine. Moins de tirs, moins de percées, moins de folie, le Bavarois donne l’impression de ne pas pouvoir récupérer son meilleur niveau. Après le quart de finale contre la Grèce, il s’est même excusé de sa prestation au ralenti. À l’image de son homologue espagnol Xavi, Schweinsteiger est le baromètre de son équipe : un gros match individuel donne toujours un saut de qualité collectif. Mais derrière un Khedira en feu, on a parfois l’impression que le numéro 7 se contente de faire du Alou Diarra. Et le problème n’est pas seulement physique. Psychologiquement, son entourage le dit « paralysé » depuis son penalty manqué contre Chelsea à l’Allianz Arena. Forcément, l’Allemagne s’inquiète. Quand le cerveau a des problèmes dans la tête…

Une Mannschaft trop bonne

Pourtant, la machine collective allemande reste l’équipe ayant le mieux contrôlé son Euro. Après ses trois victoires dans le groupe de la mort et son poker contre la Grèce, la confiance règne. La preuve ? Seulement trois cartons jaunes et neuf fautes commises par match. Serein. Mais on la connaît trop bien, cette histoire de la belle équipe allemande trop gentille qui maîtrise son sujet, mais craque dans la zone de vérité, une fois mise en difficulté. 2002, 2006, 2008, 2010 plus les finales de Ligue des champions perdues par le Bayern, le bilan est très, très, très lourd. Schweinsteiger, international depuis 2004, en est un symbole. À l’image de cette Allemagne de patrons de PME, Bastian est cool, productif, tendance et correct. Mais quand ses équipes se sont retrouvées dos au mur, Schweinsteiger a toujours donné l’impression de ne pas être assez méchant pour aller chercher une victoire pas forcément méritée, préférant un gentil décalage sur Robbéry ou Özil/Müller à une montée rageuse. Ballack avait cette grinta, mais pas le même talent autour de lui. Aux côtés d’Özil et Khedira encore un peu « verts » et d’un Capitaine Lahm jouant bien loin des buts, ce sera à Schweinsteiger de se faire violence et d’apprendre à mordre.

Et du gibier, il y en aura ce soir dans l’axe, à commencer par Pirlo, cible du milieu de terrain et des journaux allemands. Dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, on pouvait effectivement lire ce matin : « Non seulement il se coiffe comme une femme, mais en plus il répond à un nom de fille » (Andrea étant un prénom féminin en Allemagne, ndlr). Ce n’est jamais cool d’être méchant avec les filles, mais Schweinsteiger n’est pas là pour être cool. Le défi est double : démontrer pour de bon que cette image de petit cochon était erronée, et faire de la Mannschaft le doberman qu’elle a toujours été : une équipe antipathique et agressive, mais qui gagne à la fin.


Par Markus Kaufmann

À visiter :

Le site Faute Tactique

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