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Saragosse sous respiration artificielle

Attention, monument en péril. Après 80 ans d'existence, le Real Saragosse est proche de la disparition. Entre une dette qu'ils n'arrivent pas à régler, une affaire de match truqué sur le dos et des employés non payés, les Blanquillos sont au fond du trou. Et personne ne semble vouloir leur offrir une échelle de sortie...

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Samedi, en fin d'après-midi, quelque 26 000 irréductibles aficionados se sont entassés dans la Romareda. Plus qu'une simple neuvième journée de Liga Adelante, plus qu'un simple Real Saragosse-Racing Santander, ces supporters blanquillos ont peut-être assisté au dernier rendez-vous d'un fanion vieux de 80 ans. Car ce lundi pourrait bien être le dernier du club d'Aragon. « À partir de lundi, nous n'allons plus pouvoir payer. Pas parce que le Real Saragosse n'a pas d'argent, il a quatre millions d'euros en caisse, mais parce que l'Hacienda (le fisc espagnol, ndlr) ne veut pas lever l'embargo d'une dette déjà payée » , regrettait en fin de semaine dernière Fernando Rodrigo, conseiller du président Christian Lapetra. Plus que cet imbroglio entre dirigeants de ce Real plus vraiment royal et l'autorité étatique, le vainqueur de la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe 1995 paie la gestion cataclysmique de l'ancienne présidence du club. Une présidence qui a laissé une ardoise de plus de 25 millions d'euros qui, aujourd'hui, est synonyme de passage à la guillotine.

Manif' monstres et match truqué


Pour comprendre la situation actuelle, un petit flash-back en mai 2006 s'impose. À cette époque, Agapito Iglesias, millionnaire aux dents longues, rachète le Real Saragosse. Son souhait est d'en faire l'une des places fortes du football espagnol, voire européen. Sitôt en place, il injecte quelques millions d'euros et forme l'une des paires offensives les plus sexy du continent. Avec Milito et Aimar, les Blanquillos atteignent la sixième place de Liga et retrouve la scène européenne. Le début de la fin. Suivent plusieurs descentes et remontées jusqu'à la relégation, définitive, de juin 2012. Depuis, le club végète en deuxième division et n'a que du malheur à offrir à ses supporters. En plus d'une gestion calamiteuse, et une dette impossible à résorber au second niveau national, ces aficionados doivent faire face à un président imbuvable et « j-m'en-foutiste » . En témoignent les manifestations monstres organisées par les amoureux du Real Saragosse – celle du 14 janvier 2012 avait rassemblé plus de 15 000 manifestants – qui ne changeront strictement rien...

Pis, Agapito Iglesias plonge le Real Saragosse dans une affaire de match truqué... Ainsi, la justice espagnole a ouvert une enquête tout ce qu'il y a de plus officiel pour des soupçons de corruption lors du match Levante-Real Saragosse. Dernière rencontre de la saison 2010-11, elle avait accouché d'une victoire capitale des Aragonais en terre valencienne (1-2). Trois points précieux pour les visiteurs, qui s'étaient par là-même sauvés in extremis au nez et à la barbe du Deportivo La Corogne. Depuis cet été, le ministère public anti-corruption mène l'enquête. Une trentaine de personnes a déjà été interrogée par la justice. En cause, des mouvements financiers qui auraient été perçus par les joueurs de Levante. Le président d'alors, le señor Agapito, est en plein cœur du scandale alors que la nouvelle direction du club annonce son entière collaboration à l'enquête. Il y a quelques semaines, Gabi, capitaine du Real aragonais lors de ce match, avait déclaré « avoir fait ce que (lui) avait demandé Agapito  » . Un héritage malsain, donc, pour la Fondation 2032.

L'Hacienda, accord et désaccord


Justement, la Fondation 2032, qu'est-ce que c'est ? C'est une association composée du président de Telefonica – troisième plus importante compagnie de télécommunication au monde – et des propriétaires du Grupo Heraldo – groupe des journaux d'Aragon. Mi-juillet, emmenée par Cristian Lapetra, fils d'une ancienne gloire du club, la Fondation 2032 se voit offrir par Agapito Iglesias le Real Saragosse. Un « cadeau » duquel la Fondation devra se défaire de la dette. Et rapidement. La LFP voit d'un bon œil la reprise du club par un projet jugé solide. L'Hacienda, un peu moins. Pour le fisc espagnol, les 18 millions d'euros de dette sont grimpés à 25 courant septembre.

Alors qu'un accord sur le remboursement était proche d'être trouvé, le régulateur des impôts a fait machine arrière : le Real Saragosse doit rendre à l'État ce qu'il lui doit. Problème, les caisses sont vides. Ainsi, mi-juillet, Victor Muñoz, nouveau coach, déclarait au Pais : « Depuis que je suis arrivé à Saragosse, j'ai travaillé pratiquement gratuitement, comme tout le monde. » Seul rayon de soleil, samedi après-midi, dans le temps additionnel, Jaime Romero a offert la victoire aux Blanquillos 2-1. Comme un symbole qui semblerait dire que l'on peut toujours sauver les meubles au tout dernier moment. La Romareda espère y voir un signe du destin...

Par Robin Delorme, à Madrid
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Mais puisqu'on vous dit que tout va bien en Liga! Les finances les plus saines d'Europe, des matchs tout ce qu'il y a de plus régulier... Circulez, y'a rien à voir!
Alex_Magpie Niveau : CFA2
Aimar, Milito, Piqué, D'Alessandro... Puis N'Daw. Une trajectoire à la Leeds, à l'espagnole. Mais tout va bien en Liga hein...
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