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SANEL IBRAHIMOVIĆ : «  ON JOUE L’EUROPE SUR NOS JOURS DE CONGÉS  »

À quelques heures d’affronter Qarabağ au deuxième tour de qualification à la Ligue des champions avec Dudelange, l’homonyme de Zlatan s’est confié.

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Sanel, ce mercredi, un match décisif contre Qarabağ attend Dudelange. Qu’attendez-vous de ce match ?
J’espère un bon match. Au match aller chez eux, on a perdu 2-0, un mauvais résultat. C’est une équipe solide qui est au-dessus de nous tactiquement et techniquement. Certains joueurs sont internationaux. J’ai discuté avec leur gardien à la fin du match, il vient de Bosnie comme moi, il m’a dit qu’ils visent la phase de poules. Mais je garde espoir. Tout est possible. Si on marque vite, on peut prendre le jeu à notre compte et on verra bien ce qui peut arriver.

À Dudelange, vous êtes amateurs. Qu’est-ce que cela fait de jouer la Ligue des champions ?
« Pour aller en Azerbaïdjan au match aller, on est arrivés à 22h en étant partis à 5h du matin. C’était long… »
Ça fait plaisir, ce sont des moments incroyables. On n'a pas eu de chance en tirant Qarabağ, une équipe habituée aux coupes d’Europe. On côtoie le haut niveau, là. Mais ce n’est pas toujours facile. Pour aller en Azerbaïdjan au match aller, on est arrivés à 22h en étant partis à 5h du matin. C’était long… Notre objectif est de créer la surprise, entrer dans l’histoire. L’Islande ou le pays de Galles l’ont fait à l’Euro, pourquoi pas nous ?

Justement, vous disputiez le 1er tour alors que l’Euro n’était pas terminé. Le foot s’arrête-t-il pour vous ?
Non pas vraiment. Fin juin, on est déjà sur le pont avec des matchs officiels. Ce n’est pas évident. L’équipe n’a pas le temps de se remettre de la saison passée, de s’habituer aux nouveaux joueurs.


Tu joues la Ligue des champions alors que ton célèbre homonyme doit se contenter de la Ligue Europa, ça fait quoi ?
Il mériterait de la jouer, mais il a choisi de rejoindre une équipe en course pour la Ligue Europa. C’est son choix. J’ai la chance d’avoir été dans une équipe qui a remporté un titre national, c’est un plaisir, mais je ne pense pas à lui quand je joue.

Ton nom est-il difficile à porter ? Qui plus est quand on est attaquant comme Zlatan ?
Je joue pour moi, il joue pour lui. C’est une bonne pub pour moi, des gens s’intéressent à moi à cause de cette particularité, mais ça s’arrête là. On a chacun une trajectoire bien différente. Il me fait rêver, m’a fait aimer la Ligue 1. Il a du caractère, un style à lui. Sur le terrain, il fait les choses comme personne. Même en portant le même nom que lui, je n’y arrive pas.

Travailles-tu à côté du football ?
Avant oui. J’ai travaillé comme gardien dans un parking pendant un moment, mais ce n’était plus possible. J’ai dû démissionner. Je partais à 5h du matin pour le boulot, puis l’entraînement, je rentrais à 22h. J’ai une femme, un bébé, c’était difficile de leur accorder du temps. Quand on joue comme là en Coupe d’Europe, c’est sur nos jours de congés, c’est un rythme difficile à suivre.


Pourtant, tu n’as pas toujours été amateur…
Oui, j’ai joué au futsal comme professionnel en Croatie à un moment. Ce sont de très bons souvenirs. Je jouais presque tous les jours, on était une bande de copains à jouer en 1re division. J’étais bien installé, je gagnais bien, mais derrière les choses ont vite évolué et j’ai de nouveau joué au foot à 11.


Pourquoi ?
Je suis venu en vacances au Luxembourg voir ma famille. J’ai joué quelques matchs amicaux avec une petite équipe et j’ai marqué. Tout de suite, le club m’a proposé un contrat. J’en ai beaucoup parlé avec ma famille, j’ai pensé au futur. C’est allé très vite. J’ai changé de vie et je ne regrette pas. Tout était nouveau, mais il m’est arrivé plein de belles choses.

Tu penses quoi de ce championnat aujourd’hui ?
Je suis arrivé sans savoir où je mettais les pieds au niveau football. J’ai été surpris. Certains joueurs ici mériteraient d’être pros à l’étranger.
« On a plus de footballeurs qu’en Islande, mais ils sont plus structurés, plus pro. Ça fait la différence. »
Ce sont des malchanceux des autres pays. Le problème, c’est qu’il est difficile de partir du Luxembourg une fois qu’on y joue. Le fossé avec le professionnalisme est trop important. C’est dommage pour les jeunes ambitieux qui sont ici et espère franchir un cap. L’équipe nationale éprouve les mêmes difficultés. On a plus de footballeurs qu’en Islande, mais ils sont plus structurés, plus pro. Ça fait la différence. Je ne vois pas comment le Luxembourg pourrait un jour se qualifier pour un Euro. Et pourtant, c’est mon équipe de cœur derrière la Bosnie.

Le foot t’a-t-il aidé à t’intégrer dans la vie luxembourgeoise ?
Oui, énormément. Le foot et le travail. Je suis arrivé, je ne parlais pas la langue, mais quand les coéquipiers parlent français, le coach allemand, il faut apprendre. Aujourd’hui, je parle couramment les trois langues du Duché. On apprend plus au foot qu’à l’école.


Il n’y a pas de division pro au Luxembourg, les Luxembourgeois s’intéressent-ils quand même au foot ?
Ils regardent un peu le foot, mais sans plus. Au maximum pour un derby, il y a 1300-1400 spectateurs. En moyenne, c’est plutôt 200-300. Il faudrait de meilleures infrastructures, trouver une bonne dynamique, mais il y a un problème avec les gens, ils ont beaucoup d’autres choses en tête. Et ça se ressent sur le terrain. Il faut être motivé pour jouer devant 200 personnes. On se sent presque obligé des fois. On joue pour le public. Heureusement certains matchs à enjeu donnent du baume au cœur. À Qarabağ, c’était un rêve, 15 000 personnes dans un stade de 30 000 places, on joue pour ça. Les sacrifices sont aussi faits pour ça. Si tu ne prends pas de plaisir à ce moment-là, vaut mieux arrêter le foot.

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Triple meilleur buteur du championnat, champion, suivi par des clubs pros. C’est un objectif pour toi de rejoindre une écurie professionnelle ?
« J’ai une famille, je suis posé, il faudrait vraiment un challenge incroyable pour accepter de tout recommencer ailleurs. »
Ça aurait pu l’être. Maintenant, ce n’est pas le plus important. Je ne veux pas rejoindre une D3 belge ou une D4 allemande, et être pro pour pouvoir dire « Hey les gars, je suis footballeur pro.  » Ça ne m’intéresse pas. J’ai 29 ans, j’ai d’autres priorités dans la vie. Est-ce que ça serait un vrai plus dans ma vie ? À mon âge, je ne suis pas sûr. J’ai une famille, je suis posé, il faudrait vraiment un challenge incroyable pour accepter de tout recommencer ailleurs. Je me sens bien ici. L’essentiel est de prendre du plaisir sur le terrain. Mais on ne sait jamais, tout va tellement vite dans le football.

Propos recueillis par Nicolas Kohlhuber
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Super exemple d'intégration et de bonne volonté. Impressionnant si il se débrouille vraiment en Allemand/Letzburger et Francais.
Super point de vue d'un mec qui semble vraiment avoir la tête sur les épaules et apprécier ce qu'il fait
valeureux liégeois 74 Niveau : National
Super interview. Le mec a la tête sur les épaules et le fait qu'il privilégie sa vie de famille à 29 ans à une hypothétique courte carrière pro me le rend encore + sympathique.
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