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San Lorenzo, récit d'une invasion

7000 supporters d'El Ciclón ont envahi Marrakech pour soutenir leurs protégés dans leur quête du titre de champion du monde des clubs. L'aventure a failli tourner au désastre dès la demi-finale face à Auckland, mais les chants ont vite chassé les doutes et les larmes. En attendant l'explication face au Real Madrid, les Argentins comptent bien laisser une trace indélébile de leur passage au Maroc.

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Au cœur de la Médina de Marrakech, Omar - appelé ainsi en hommage au deuxième prénom de Batistuta - et Augustin, en dépit de leur bonheur de visiter un pays et une civilisation inconnus, commencent à ressentir de la lassitude. Pour la centième fois, alors qu'un vendeur essaye de leur faire acheter un service à thé, la phrase « Vous êtes argentins ? Ah Messi, Messi ! » les agace. Pour la centième fois également, Omar rétorque : « Non, mais Messi, c'est Rosario, nous, on est…  » et Augustin tente de le raisonner : « Laisse tomber, c'est le même boniment pour nous vendre des trucs. Pour les Français, ils disent Zidane et pour les Brésiliens Ronaldo. Retournons à la grande place. » Depuis le début de semaine, la place Jemaa El Fna est rouge et bleu. Les drapeaux de San Lorenzo sont accrochés partout depuis le rassemblement de mardi après-midi : sur les toits des restaurants, devant les échoppes, derrière les roulottes qui vendent des jus d'orange à 4 dirhams, partout. Augustin ajoute, hilare : « Hier, j'en ai même vu un qui a tenté d'entrer dans une mosquée. Il a vu du monde et il n'a pas osé, t'imagines un drapeau argentin floqué Boedo (fief de San Lorenzo à Buenos Aires) au sommet d'un minaret ? »

Ebola, femmes voilées et ruelles sombres


Arrivé de Bologne en Italie il y a 10 jours pour suivre l'intégralité de la compétition et les matchs à Rabat, Mariano avoue être intrigué par ce qu'il voit : « Les rues de la Médina sont minuscules, mal éclairées la nuit. J'ai l'impression d'être dans certains anciens quartiers de Buenos Aires quand j'étais gamin. Sauf que là-bas, il ne faut jamais s'y aventurer parce que tu n'en ressors pas vivant. »
Le mélange entre la culture musulmane conservatrice et la culture européenne a étonné Omar d'emblée : « Les femmes voilées côtoient des Marocaines en mini-jupes. Tu vois des types venir nous taxer des bières quand on boit dehors alors que des barbus nous regardent d'un sale œil… C'est vraiment bizarre. » Augustin ajoute : « Dans l'ensemble, les gens nous ont fait un excellent accueil et nous encouragent. Deux-trois gars nous provoquent avec des "Hala Madrid", mais rien de bien méchant. » À propos du voyage, Omar confie que certains ont montré des réticences : « L'histoire du report de la Coupe d'Afrique à cause d'Ebola en a inquiété quelques-uns. Les menaces terroristes aussi, mais comme il paraît qu'il n'y a aucun cas du virus et que Marrakech est la ville la plus sécurisée du pays, je n'ai pas hésité. Des occasions de soutenir San Lorenzo à l'autre bout du monde, il n'y en a pas cinquante dans une vie. »

La galère des transports


À l'hôtel, quelques heures avant la demi-finale face à Auckland, Mariano et son compère Federico sont sur le pied de guerre et font le tour des supporters pour remplir le bus privé qu'ils ont commandé pour faire l'aller-retour au stade. La veille, ils ont fait des repérages et compris ce que les supporters locaux endurent depuis l'inauguration du Grand Stade de Marrakech. Sans transport en commun ni navette spéciale (supprimées depuis les incidents lors de la dernière Coupe du monde des clubs 2013, puis durant les matchs de championnat du Maroc), l'accès à ce joyau architectural situé à 12 kilomètres du centre ville est très compliqué. Pour l'aller, s'entasser dans des grands taxis par paquets de 6 ou marcher pendant une heure et demie. Idem pour le retour, à moins de tomber par chance sur les taxis de la zone hôtelière qui vous font payer la course 5 fois plus cher.


Les deux tiers des Argentins ont fait le voyage en indépendants, donc contrairement au voyage organisé – qui coûtait très cher - par le tour opérateur dans lequel le transport au stade est inclus, des milliers de personnes doivent trouver d'autres moyens. « Il paraît qu'il y a un bus régional de 40 places qui passe pas loin du stade toutes les heures, mais ce n'est pas assez et personne ne sait où on le prend. Je trouve ça anormal qu'on doive se débrouiller par nous-mêmes » , déclare Mariano. L'anarchie du voyage en bus rappelle les week-ends d'intégration étudiants en France : le bus part 45 minutes après l'heure prévue le temps que tout le monde arrive, le fernet - liqueur dont les Argentins sont friands - et les bières coulent à flot, et des « olé » fusent à chaque freinage un peu sec du conducteur. Devant le stade, les policiers marocains sont déconcertés par ces escouades de types qui rigolent de tout : les fouilles au corps, les 5 contrôles de billet, les tourniquets électroniques qui marchent une fois sur deux. Des escouades qui chantent sans discontinuer.

Tambours, cumbia et arbitre australien


Le grand stade de Marrakech est construit sur deux niveaux. Les barras s'approprient l'endroit en accrochant les drapeaux en haut, et en déployant les bannières au niveau inférieur. Les percussions - la cumbia - donnent le ton de ces chants au rythme traînant que les supporters accompagnent en secouant le bras négligemment. En connaisseurs, les Marocains et les quelques Algériens venus voir le match de classement de l'ES Sétif apprécient, alors que le vibrant « Este Sentimiento es Verdadero » est repris de plus en plus fort. Depuis plusieurs années, en regardant les compétitions internationales - notamment la Coupe du monde des clubs 2007 et la demi-finale entre Boca Juniors et les Tunisiens de l'ES Sahel -, le monde ultra maghrébin suit de très près ce qui se passe en Argentine et emprunte même plusieurs pratiques de la ferveur sud-américaine.


Le match face à Auckland a été une longue souffrance pour tout le peuple de San Lorenzo. Malgré un soutien sans faille, les supporters n'ont pu s'empêcher de pester contre l'apathie de leurs joueurs, et bien entendu les insultes visant la mère de l'arbitre australien et ses décisions jugées « scandaleuses » n'ont pas cessé, surtout pendant la seconde mi-temps. À la fin des 90 minutes, le score est de 1-1, et certains ont commencé à pleurer, refusant d'accepter l'impensable : ce long voyage, ces bravades contre le Real Madrid, le rêve d'être champion du monde, les « queremos la Copa » , tout ça pour se faire sortir par des Néo-Zélandais ?
Le but de Matos au bout de 3 minutes dans la prolongation est un soulagement. Les hinchas hurlent pour évacuer la frustration, enlacent les policiers qui leur demandent de se calmer, dévalent les rangées de sièges la tête la première. Et au coup de sifflet final, c'est le délire. « Samedi, ce ne sera pas pareil. Walter (Kannemann, le jeune défenseur de San Lorenzo) va manger Cristiano tout cru ! » scande Omar. Éprouvé, Mariano peut enfin souffler : « Il fallait passer ce cap pour que notre enthousiasme et le rêve survivent toute la semaine. Maintenant, un autre défi nous attend. » En tout cas, les fans d'El Ciclón y croient dur comme fer. Et ce, sans s'arrêter de chanter.


Par Farouk Abdou, au Maroc
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