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Sampaoli, Loco 2.0

Si le Chili joue aussi bien, c'est avant tout grâce à lui. Inconnu en Europe, Jorge Sampaoli est en passe de faire oublier Marcelo Bielsa à Santiago. Disciple obsessionnel du Loco, Sampa a connu de longues années d'errance avant de connaître le succès.

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Jorge Sampaoli, c'est d'abord une histoire de botanique. En septembre 1995, el Zurdo n'est qu'un anonyme fou de foot, qui dirige l'équipe de son bled, Alumni de Casilda. Expulsé par l'arbitre pour ses contestations véhémentes, Sampa grimpe alors au sommet d'un arbre et, perché, donne ses consignes aux joueurs. La photo paraît dans la Capital de Rosario, la feuille de chou local. La légende veut que le président d'alors de Newell's tombe sur le cliché et décide de faire appel à Jorge pour diriger son équipe réserve, Argentino de Rosario. Les portes de la gloire s'ouvrent modestement, pour l'Argentin qui déclarait au Mercurio en 2011 : « Qu'un inconnu venu d'un petit bled devienne entraîneur d'une équipe professionnelle, ça n'était pas difficile, c'était impossible. Moins d'un pour cent de chance. »

Car la trajectoire de Sampaoli n'est pas rectiligne. Fils de flic, dans la province argentine, le sélectionneur chilien passe une adolescence contrariée par la dictature des généraux. De nature rebelle, Sampa n'accepte pas le couvre-feu alors en vigueur : « Nous nous réunissions, nous créions des groupes pour lutter contre la répression. J'ai eu de la chance que mon père soit dans la police. Sinon, j'aurais sans doute été un disparu de plus. » Du coup, il reporte sa frustration d'une époque cadenassée vers l'exutoire préféré des Argentins : le football. Plutôt doué, Jorge fait ses armes dans le grand club local. Newell's. Il s'y forme 2 ans, jusqu'au drame de sa vie, une double fracture tibia péroné qui tue dans l'œuf ses rêves de gosse, à même pas 19 ans. Celui qui confesse son adoration pour River devient alors à contrecœur employé de banque, puis fonctionnaire à l'état civil tout en entraînant des équipes de jeunes. « C'était un crève-cœur permanent. J'avais la certitude d'être au mauvais endroit, mais je savais aussi que je devais subvenir aux besoins de ma famille » , détaille-t-il.

« Il était capable de ne pas manger pendant un mois »

Au vrai, Sampaoli se morfond et, malgré ses responsabilités de chef de famille, il n'hésite pas à tout plaquer sur un coup de tête. En 1998, Sampa, désormais coach de l'Argentino de Rosario le week-end, mais encore employé de banque au civil, part en voyage initiatique en Europe. « À cette époque, Jorge travaillait à la Banque Provincia. Il n'avait pas beaucoup de moyens et il a dépensé toutes ses économies pour payer ses billets. Il était capable de ne pas manger pendant un mois pour se payer le voyage » , se souvient son beau-frère. En Espagne, Sampa vagabonde de ville en ville, traîne aux abords des centres d'entraînement pour gratter quelques minutes de conversation avec les techniciens locaux. Son culot lui permet de se familiariser avec les méthodes de travail de l'Espanyol et de la Real Sociedad et de repartir sans le sou, mais avec pas mal d'expérience dans ses bagages.

Une expérience qui lui permettra en 2002 de devenir enfin le coach d'une équipe professionnel à 42 ans. Au Pérou. Le chauve à casquettes se fait les dents sur le banc de Juan Aurich, avant de prendre en main Coronel Bolognesi et le Sporting Cristal. Le succès n'est pas au rendez-vous, mais Sampa est sur la bonne voie. Après un passage réussi en Équateur à Emelec, Jorge prend en main l'équipe qui va changer son destin : la U de Chile. Quand Sampa est nommé à la tête de la U début 2011, le départ de Bielsa a laissé un vide dans le football chilien. Un vide qu'il faut combler. Ça tombe bien, car Sampaoli est un disciple obsessionnel de son compatriote. Une obsession assez flippante : « En réalité, j'ai espionné Marcelo pendant 10 ans. J'épiais ses entraînements, puis j'ai commencé à tenter de m'approcher de ses assistants, je grattais un café, jusqu'à ce que je réussisse à les convaincre de ma motivation. J'étais tellement insistant que j'ai finalement réussi à établir un contact direct. » Presque un fétichiste : « Je peux dire que pendant longtemps il a été mon idole. Je passais au moins 14 heures par jour à penser à lui, à observer des vidéos des matchs de ses équipes. J'enregistrais même ses conférences de presse et je les écoutais en faisant mon jogging. »

Plus heureux à Casilda

C'est donc avec un 3-4-3 très Bielsista que Sampa émerveille l'Amérique du Sud. Un schéma tactique logique pour celui qui avouait être venu au Chili car Bielsa y entraînait. Sous ses ordres, la U pratique un football offensif, flamboyant, basé sur la trinité chère au Loco : jeu en triangle, pressing constant et verticalité. Tandis que l'équipe de Sampaoli enchaîne les titres et remporte la Copa Sudamericana, la sélection a la gueule de bois. Claudio Borghi a du mal à asseoir son autorité et enchaîne les roustes lors des éliminatoires. C'est tout naturellement qu'en novembre 2012, Sampaoli arrive à la tête d'une Roja mal barrée. El Zurdo redresse la barre et qualifie avec la manière son escouade pour la Coupe du monde en réussissant une alchimie parfaite entre les stars de l'équipe (Vidal, Sanchez, Medel) et ses protégés de la U (Diaz, Mena, Aranguiz, Vargas). Le Chili fait de nouveau peur, et Sampaoli, parti de rien, a réussi son pari. Pourtant, l'étrange Argentin n'est pas comblé : « Je ne crois pas être heureux, j'étais beaucoup plus heureux à Casilda » , confiait-il au Mercurio. Et si le vrai Loco, c'était lui ?

Arthur Jeanne à Santiago
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Jeronimo_Bielsa Niveau : District
Hâte de voir son Chili rentrer dans la CDM, pressing de fou, jeu direct et combinaison rapide, on va avoir du spectacle et des émotions par un des disciples de Bielsa.
Manard tapie Niveau : Loisir
Découverte de ce Jorge Sampaoli, je connais mieux sa cousine corse SandraPaoli qui elle aussi dans son genre est "loco".
bobobo-bo bo-bobo Niveau : District
Un article qui me prouve pourquoi j'aime So Foot.
Fierté Marseillaise Niveau : Loisir
Cette putain de grinta sud américaine! VAMOS CHILE!
Camderangepasmoijmbien Niveau : Loisir
Un journaliste excellent qui me prouve pourquoi j'aime So Foot.
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