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Samir, assez ri !

Fini de déconner. À bientôt trente piges, Samir Nasri pose ses valises à Séville. Le quatrième club de la carrière d’un joueur qui va rencontrer Jorge Sampaoli, l’amoureux du dix créatif. Sur le papier, l’union à venir a tout du mariage parfait. Pour le meilleur et pour le kiff.

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La casquette est vissée sur ses cheveux peroxydés et la marinière est suffisamment large pour que les curieux ne différencient pas bedaine et abdos. Avec son jean troué, son sac à dos d’écolier et sa ganache de gosse, Samir Nasri a l’air d’un minot comme les autres sur le chemin de la rentrée. Catalogué « élève turbulent » , le Marseillais débarque à Séville dans les pas du proviseur Monchi qui l’a invité à découvrir le cinquième établissement d’une carrière déjà bien remplie par douze années chez les pros. Et si ce qui aurait autrefois été un « grand coup » a ce mercredi tout d’un pari, c’est parce que Samir l’homme et Nasri le joueur sont des cas qui divisent. Pendant que certains espèrent que le meneur de jeu devienne ce qu’il aurait dû être, d’autres considèrent le cas du gamin des quartiers Nord comme une affaire classée, soigneusement rangée au rayon « gâchis » , sous-catégorie « petit con » , onglet « ils détestent la France » . Pourtant, qu’ils l’aiment ou le détestent, les deux camps se trompent. Si le néo-Sévillan doit changer, il doit simplement redevenir le joueur qu’il a su être. L’homme, lui, grandit toujours, contre vents, marées et effluves de weed. Avec son caractère de cochon et une bouée que Guardiola voulait lui faire perdre, mais que Jorge Sampaoli lui laissera peut-être.

Les trentenaires de 87


C’est un sacré coup de vieux, mais il va bien falloir s’y faire : à l’issue de cette saison, à l’exception de Karim Benzema, né au mois de décembre, les fers de lance de la sacrosainte génération 87 auront tous trente piges. Et pendant que le Madrilène donne du « frérot » à Zinédine Zidane en essayant de trouver de la place pour ranger ses Ligue des champions, qu'Hatem Ben Arfa joue aux échecs en déjouant les échecs et que Jérémy Ménez semble avoir opté pour la sagesse et une relance paisible à Bordeaux, Samir Nasri fait figure de vilain petit canard. Sportivement, l’ex-Citizen sort d’une saison galère lors de laquelle, miné par les blessures, il n’a disputé que douze matchs de Premier League, dont quatre petites titularisations. En dehors du terrain, ce n’est pas rose non plus. C’est même assez vert, suite à l’improbable vidéo postée sur Instagram par un autre membre du 87 crew, Ahmed Yahiaoui, avec un délicieux hashtag #stonerlife (vie de défonce, en VO) et un nombre de pochons de weed qui suffisait à faire une nappe naturelle à la table sur laquelle ils étaient posés. Une pousse de plus plantée dans le jardin d’un Nasri également jugé en surpoids par Pep Guardiola. En somme, pour de nombreux légistes du football, l’homme est en voie de « balotellisation » . Pour inverser le courant, un seul remède : la passion. La seule chose qui donne véritablement le sourire au phocéen. Et comme souvent, tout ça est une histoire de rencontre. En choisissant Séville et pas le Beşiktaş, le fou de football va retrouver un autre passionné avec qui la rencontre promet.

Dix de der


Cela aurait pu être Pep Guardiola, ce sera Jorge Sampaoli. Au petit jeu du « qui relancera Samir Nasri à coup d’amour du foot » , l’ancien sélectionneur du Chili a une bonne carte à jouer. Hyper offensif, pas du genre à brider la créativité de ses joueurs, le chauve tatoué a regretté la disparition des dix à l’ancienne dans le So Foot n°139, en kiosque ce jeudi : « Les meneurs à la sud-américaine manquent tellement. Le football, maintenant, ce sont des joueurs qui regardent leur GPS pour savoir combien de kilomètres ils ont couru pendant la rencontre. Je veux qu’ils se demandent comment ils ont joué, pas combien ils ont couru. Ce changement me peine, car il vaut mieux être un bon athlète qu’un bon footballeur. Les joueurs se focalisent plus là-dessus que sur le jeu. » Pas franchement emmerdé par une éventuelle balise GPS, Samir Nasri est, on a tendance à l’oublier, un super joueur de football. Qualité de passe, pied droit, pied gauche, bagage technique… Le Marseillais va arriver dans une équipe en reconstruction mais déjà joueuse, dans un championnat qui lui serait déjà bien allé à l’époque où il a décidé de quitter l’Olympique de Marseille pour la Premier League et Arsenal. Dix ans plus tard, Samir a assez ri et a l’occasion de donner un nouveau coup de fouet à une carrière loin d’être terminée. Il n’est jamais trop tard pour prendre une bonne résolution pour le nouveau millénaire.

Par Swann Borsellino
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