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Salpingidis, la trompette

Sur un malentendu, la Grèce peut encore arracher un billet pour les 8èmes de finale du Mondial. Pour cela, il faut que Dimitris Salpingidis pète la forme, ce soir contre l'Argentine. Et il va la péter.

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Ça s'est passé il y a cinq jours à Bloemfontein. Dimitris Salpingidis a marqué contre le Nigéria. Un but moche mais un but quand même. Le premier de l'histoire de la Grèce en Coupe du monde, synonyme de première victoire du pays en phase finale de Mondial (score final 2-1). Pas pour autant que le sauveur est devenu un héros aux yeux des supporters grecs. Pourtant, en termes de services rendus à la patrie, Salpi avait déjà sévi en novembre dernier en inscrivant l'unique but du barrage face à l'Ukraine (0-0, 0-1). La moindre des choses quand on est attaquant ? Mouais, l'enfant de Salonique a beau être attaquant, son rendement est assez flippant dès lors qu'il endosse la tunique nationale : 38 sélections, 4 buts. A 28 ans, Dimitris ne comprend lui-même pas bien pourquoi il marque si peu ni surtout pourquoi les rares pions qu'il enfile font autant de bruit. La vérité se cache peut-être derrière son nom de famille, puisqu'en grec, “salpingidis” se traduit par “trompette”.

« C'est notre Wayne Rooney »

Reste que sa cote d'amour auprès du public n'a pas trop de relief et qu'on oublie bien trop souvent de dire qu'il faisait partie du groupe vainqueur de l'Euro-2004. En Grèce, on lui préfère l'indémodable Karagounis, le canonnier Gekas ou le jeune talent Ninis. Salpingidis, c'est le genre de mec qu'on apprécie sans aimer, qu'on voit sans regarder et qu'on entend sans vraiment écouter. Le seul truc qui fait l'unanimité chez lui, c'est l'intensité avec laquelle il se bagarre sur le terrain. Sans concessions et avec les manches retroussées. « C'est un petit taureau qui ne calcule pas ses efforts, synthétise Cédric Kanté, partenaire au Panathinaïkos depuis un an. Il a une explosivité hors norme et dans la générosité, je connais peu de joueurs à ce niveau. Disons qu'il lui arrive régulièrement de traverser le terrain en sprint à cinq minutes de la fin pour venir faire un tacle dans notre surface. En fait, c'est notre Wayne Rooney » . En somme, une bête avec des poils dans le cou. Faut dire qu'avec son physique (1,72 m, 74 kg), le colis Salpingidis n'a pas été livré avec l'équipement du joueur de foot postmoderne. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il a d'abord fait de la boxe puis de manière un peu plus sérieuse de la lutte gréco-romaine avant de choisir une autre voie.

«  Son seul amour, c'est le PAOK Salonique  »


En fait, si Salpingidis jouit d'une cote certaine en Grèce et reçoit régulièrement des propositions de Bundesliga, c'est à la force du poignet qu'il a gagné ce statut, plantant 63 buts lors des quatre dernières saisons avec le Pana. « Avec Djibril, on se dit souvent que si on le perd, on aura du mal à le remplacer  » , reconnaissait Kanté il y a quelques jours, juste avant que le PAOK Salonique annonce le come-back de son enfant prodige. Faut dire que l'arrivée de Djibril Cissé en début de saison dernière l'a poussé à cadenasser sa fougue sur un couloir. Et au-delà de ces contrariétés tactiques, Salpingidis n'en a plus généralement pas grand chose à cogner du Panathinaïkos. « Depuis qu'il est arrivé à Athènes il y a quatre ans, il répète souvent dans ses interviews que son seul amour, c'est le PAOK Salonique. Ici, ça ne passe pas. Les supporters du Pana n'en tiennent pas trop compte car, heureusement pour lui, il est irréprochable sur le terrain. Mais il n'y a surtout pas de relation fusionnelle entre le public et lui  » , avance Giorgos Karax, journaliste au quotidien sportif Exedra ("La Tribune"). Le souci, c'est qu'au PAOK, il devra reconquérir un public qui ne lui a pas pardonné son départ il y a quatre ans. Ce que les supporters de Salonique n'ont jamais entendu –et surtout les furieux ultra de la Gate 4– c'est qu'en 2006, Salpingidis avait accepté l'étiquette de traitre sans jamais expliquer que son départ (en échange de trois joueurs plus une sacrée poignée de dollars) avait permis au club de se sauver de la faillite.

Snober les propositions d'Allemagne, abandonner les crêtes fluo de Djibril Cissé et accepter le défi de reconquérir les cœurs des fans du PAOK. Dimitris Salpingidis est timbré, mais surtout amoureux de sa ville. Flinguer sa carrière au profit d'une vie banale, un schéma qui a déjà fait ses preuves. La suite de l'histoire est en cours d'impression : Salpingidis va s'éteindre en même temps que sa sélection face à l'Argentine, épousera Maria –une fille de Salonique– au mois d'août, ira s'installer là-bas à la rentrée, à deux pas de ses parents. Et dépoussièrera du même coup l'image du sportif de haut-niveau rongé par l'ambition. A moins que la trompette de Salonique ne fasse un tel boucan ce soir à Polokwane que le reste du monde n'ait d'autre choix que de le rattraper par le colbac et lui interdire de s'enterrer à Salonique.

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