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Sakho le Thénardier

Mamadou Sakho a 21 ans. Il est né à Paris. Il a été formé à Paris. Aujourd'hui, il en est le capitaine. Ce soir, il entrera sur la pelouse du Vélodrome en « conquérant » . Comme un mec amoureux de sa ville et de son club.

Entre le Paris-SG et Mamadou Sakho, c'est une véritable histoire d'amour. Une relation qui a réellement commencé sous le signe du love. 14 février 2007, jour de la Saint-Valentin, Mamad' a eu 17 ans la veille et joue son premier match professionnel avec son club formateur. Il défie l'AEK Athènes sur sa propre pelouse en Coupe UEFA. Un club dont certains ultras sont proches du Commando Ultra marseillais. Déjà, la rivalité en fil rouge. Comme un signe. Entre le numéro 3 francilien et le club de la capitale, c'est fusionnel. Tout le monde ne parle que de lui.
A 21 ans et déjà 150 matches au compteur, Sakho est réclamé par toute l'Europe. Arsenal et Chelsea lui font les yeux doux. Lui, ce défenseur "qui aime la chair" selon Didier Deschamps, et sur lequel repose toute la sérénité défensive du club de la capitale. La plus belle réussite du centre de formation parisien, c'est lui. Anelka peut aller se rhabiller.

Pourtant, comme l'ancien enfant terrible du Parc des Princes, Mamad' cultive ce côté mystique. Communication maîtrisée, interview au compte-goute et discrétion sur sa vie privée. Sakho est un mystère. Mais un mystère aimanté. "Il était mystérieux. Je ne sais pas quoi précisément, mais il dégageait un truc" se souvient Antoine Bonnet, l'un de ses anciens camarades de classe. Ce truc, Paul Le Guen l'a vite décelé. Quand il tente de réveiller son groupe dans une saison 2007 moribonde, il envoie les jeunes pousses franciliennes sur le front, histoire de secouer les cadres un peu trop endormis. En fer de lance, Sakho, pas encore majeur, défie Valenciennes le brassard sur le biceps et devient le plus jeune capitaine de l'histoire du club et de la Ligue 1. Un poste prédestiné selon Thierry Morin, responsable de tout le côté hors-foot lors de sa pré-formation. "C’était déjà la star, le capitaine. Il avait déjà une forme de charisme naturelle. Il se posait là et voilà !". Rien d'étonnant, finalement, à voir le titi parisien succéder à Makelele en début d'année au poste de capitaine. Un mec droit dans ses pompes. Mais qu'il ne faut pas trop faire chier quand même.

Un Thuram dans chaque orteil

A.H, un journaliste du Parisien a d'ailleurs tenté de titiller le numéro 3 francilien lors d'un papier. Mal lui en a pris. Le lendemain, il se fait gifler en pleine conférence de presse par le joueur qui l'accuse d'écrire des mensonges. Pour cette sortie musclée, il sera condamné à verser un euro symbolique par la justice. Le genre d'histoire qui montre la détermination du garçon. Son métier, c'est sa vie. La maturité, il a dû faire avec. Et très vite. A 13 ans, il perd son père et doit s'occuper de sa famille. Hormis le football, Sakho n'a rien. A vrai dire, il n'a que ça en tête. Il s'obstine, travaille et se fait repérer par le PSG dès la puberté après un parcours junior au Paris FC. Le début de l'histoire d'amour avec son club. Sa ville. On parle d'un mec qui porte un tee-shirt "Paris tu peux pas test... keskia!!" en guise de maillot de corps. Ça place le curseur sur son degré d'investissement au sein du club.
Alors, les supporters parisiens lui pardonnent tout. Son style vestimentaire flashy, ses arrivées au Camps des loges en voiture sans permis du temps de sa jeunesse, ses coupes de cheveux lunaires et ses premiers pas sur Twitter où le jeune Francilien écrivait comme un adolescent. Pour resté poli.


Depuis, un responsable communication a repris le bébé en main. Sur Facebook, Twitter ou sur son propre site internet, la communication est maitrisée. A l'image de sa progression. Exponentielle. Après s'être fait les dents dans toutes les équipes de jeunes, Mamad' a découvert les A français à 20 piges. Une ascension presque logique. Quand on le voit jouer, la rétine est surprise et croit reconnaître une vieille connaissance, Lilian Thuram. La même désynchronisation physique, le même engagement, le même mental. Sauf que le titi parisien semble avoir un Thuram dans chaque orteil. Tellement fort dans le combat et dans les airs. Il dégage une force et une sérénité incroyable pour un défenseur de son âge. De plus, il s'est également amélioré sur ses points faibles : la relance et la technique. Contre Caen, il a même réalisé un dribble de futsal, humiliant Seube dans la foulée. Il confirme, match après match, qu'il est le défenseur français de demain. Avec Varane, sans doute. Actuellement, on ne sait pas encore où s'arrêtera la comète Sakho. La marge de progression semble énorme. Une chose est certaine, ce soir au Vélodrome, Mamad' rentrera sur le pré la bave aux lèvres. Lui, le natif du quartier de la Goutte d'Or, se verrait bien repartir avec le scalp marseillais.

Les propos d'Antoine Bonnet et Thierry Morin ont été recueillis par Paul Bemer et Lucas Duvernet-Coppola lors du portrait de Sakho réalisé dans le So Foot numéro 87


Par Mathieu Faure
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