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Saint Andrew

Plus de neuf ans après le départ de John Arne Riise d’Anfield, Liverpool semble en passe de remplir une case de son système laissée à l’abandon depuis de nombreuses saisons. Grâce à qui ? Andrew Robertson, 23 ans et patient enfin bien diagnostiqué.

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Il y a des mandales qu’on n’oublie pas. Au moment de trier les prunes reçues et données, Stan Ternent, vieux loup du secteur et ancien milieu mythique du Carlisle United des années 1970, ne flanche pas : « Pour être honnête, ce jour-là, je ne venais pas pour ça. » Ce jour-là, c’était un après-midi de décembre, en 2013. Ternent, alors responsable du recrutement à Hull City, est au Rugby Park de Kilmarnock, en Écosse. Dans son viseur, le bonhomme, aujourd’hui âgé de 71 piges, a placé un certain Stuart Armstrong, milieu travailleur de Dundee United qui a depuis rejoint le Celtic, à Glasgow. Stan Ternent asssiste à une démonstration – victoire de Dundee (4-1) –, mais voit surtout son regard être désaxé. « Je n’ai pas été hyper convaincu par ce que je voyais d’Armstrong, qui a bien réussi derrière malgré tout, rembobine-t-il. En réalité, j’ai passé la quasi-intégralité de la rencontre scotché sur le latéral gauche de Dundee. Un gamin dont le nom était Andrew Robertson. Il avait dix-neuf ans à l’époque. Je suis retourné le voir quelques semaines plus tard, face à Hibernian. En sortant de Tannadice Park, le stade de Dundee, j’ai appelé le boss, Steve Bruce. Il nous le fallait, rapidement. » Robertson a aujourd’hui 23 ans et sa courbe d’évolution est chiffrable : 20 sélections avec l’Écosse, 69 matchs de Premier League et un bon nombre de mâchoires décrochées. Les crochets, c’est désormais son affaire.

PowerPoint et adoubement


Le 14 janvier dernier, Andrew Robertson a alors décidé de distribuer un PowerPoint à ceux qui se contentaient de ne regarder que d’un œil les prestations de Liverpool cette saison et qui n’ont jamais regardé un match d’Hull City, avec lequel l’international écossais a découvert la Premier League avant de rejoindre les Reds l’été dernier : un clip vidéo de quatorze secondes, où l’on voit le latéral gauche cavaler comme un clébard derrière des mollets et enclencher l’énième phase de pressing de son équipe en montant tour à tour sur Kyle Walker, John Stones, Ederson Moraes et Otamendi, histoire de désamorcer la relance d’un Manchester City balayé ce jour-là pour la première fois de la saison (3-4). Jour où Robertson a surtout éteint Sterling.

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Neuf ans après le départ de John Arne Riise, Anfield a, sur le moment, de nouveau hurlé pour un latéral gauche de métier, chantier prioritaire de Jürgen Klopp l’été dernier après l’intérim plus que satisfaisant réalisé par James Milner au poste la saison dernière. Ainsi, Robertson est arrivé à Liverpool en juillet pour un peu moins de dix millions d’euros. La suite : une titularisation face à Crystal Palace (1-0) en août, une autre contre Burnley (1-1) en septembre et la salle d’attente. Ou plutôt la seconde chance d’Alberto Moreno, flingué par les blessures et par des prestations souvent alternatives avant de se réveiller cette saison, puis de rechuter en décembre, lors de la réception du Spartak Moscou, en Ligue des champions, et de retrouver l’infirmerie. Andrew Robertson s’est alors levé de son siège et a saisi sa chance avec autorité, empilant des prestations monstrueuses, face à Everton en FA Cup, à Leicester en championnat ou encore à Huddersfield cette semaine, entre autres. Mieux : Anfield l’a même adoubé en chanson.

Le Celtic, la Clio et le profil


De lui, Klopp dit : « C’est un joueur qui a dû patienter, s’entraîner sans relâche tout en regardant un joueur prendre sa place chaque week-end et réaliser de bonnes performances. Je sais que ce n’est pas simple pour un joueur, mais ça permet aussi de tester ses émotions, sa mentalité et son engagement pour le collectif. Aujourd’hui, Robbo a ce qu’il mérite. » Cela n’a pas toujours été le cas, l’entraîneur allemand n’a pas tort. En 2009, les dirigeants du Celtic, club dont il est un fan absolu, ont notamment foutu le gamin dehors pour sa petite taille. Que faire ? « Prouver aux gens que je peux y arriver par un autre moyen » , répond alors Robertson, qui file au Queen’s Park FC, club aujourd’hui en Second Division, la troisième division écossaise, dont la réputation a toujours été d’être un tremplin pour les jeunes recalés. Rapidement, il abandonne ses études pour se jeter tête la première dans le foot : il n’est pas payé, son club se contente de lui payer les voyages à hauteur de 18 livres par semaine. Soit « juste assez pour mettre de l’essence dans la Clio que l’on se partageait avec mon frère » , ce qui pousse Andrew Robertson à accepter un job au service commercial d’Hampden Park, le stade national, où il s’occupe notamment de louer des loges pour des concerts ou des matchs.


Vidéo

Puis il explose en équipe première à la suite de la blessure du latéral gauche titulaire, file dès l’été suivant, en 2013, à Dundee United, et confirme à Hull City, entre la Premier League et le Championship. La clé, avec Robertson, c’est le profil : latéral moderne, engagement permanent, réponse instantanée au moment où l’on fait appel à lui, grosse qualité de centres, davantage de passes réussies dans le camp adverse que Moreno. C’est aujourd’hui, aussi, l’espoir confirmé et la confirmation que Klopp semble enfin avoir trouvé son homme, même si Robertson a encore des progrès à faire dans les duels (43,5% de duels remportés cette saison seulement). Fini de patienter, Andrew Robertson est maintenant en train de répondre. La bonne gauche, donc.



Par Maxime Brigand Propos de Stan Ternent recueillis par MB, ceux d'Andrew Robertson tirés d'ESPN.
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