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Saido Berahino, esclave des temps modernes ou sale gosse ?

Comme chaque année, le marché des transferts donne lieu à quelques tragédies personnelles de joueurs qui aimeraient répondre à une belle offre, mais que leur club décide de retenir. Cet été en Angleterre, c'est le cas Saido Berahino qui a alimenté la chronique, entre tweets mal contrôlés et menace de grève avortée suite au refus de West Bromwich Albion de le vendre à Tottenham.

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« Triste que je ne puisse expliquer exactement comment le club m'a traité, mais je peux officiellement dire que je ne jouerai plus pour Jeremy Peace. » Avec un tweet rageur au lendemain de la clôture du mercato d'été 2015, Saido Berahino a enflammé la twittosphère et l'actualité du foot anglais. À 22 ans, le néo-international anglais souhaitait quitter son club formateur West Bromwich Albion pour passer un palier avec Tottenham. Les Spurs ont d'ailleurs fait le forcing pour s'attacher celui qui a planté 14 pions en Premier League la saison passée, mais rien n'y a fait, pas même une offre ultime à plus de 33 millions d'euros. Dès lors, le natif du Burundi menace de faire grève tant qu'il serait chez les Baggies et que Jeremy Peace en serait le boss. Une situation complexe pour le jeune homme de 22 ans, dispensé de plusieurs matchs de championnat pour - officiellement - une fatigue généralisée, et qui n'a retrouvé la compétition que le 12 septembre, le temps de disputer 35 minutes contre Southampton.

« Sur Twitter, le monde entier entend vos émotions »


En Angleterre, l'attitude du joueur et ses propos menaçants ont généré une controverse, d'autant plus que le joueur est revenu sur sa position, apparaissant même étrangement de bonne humeur en début de semaine lors de la photo officielle de West Brom. En faisant une grimace amusée d'abord, puis en piquant l'appareil du photographe pour tirer le portrait de Serge Gnabry, le milieu de terrain prêté par Arsenal. De quoi lui valoir quelques moqueries de followers sur le réseau social twitter, en plus des quelques sifflets lors de son entrée le week-end passé, même si l'accueil du public a été globalement bienveillant. « Les gens sont émotifs, et vous faites des choses stupides. Quand vous êtes sur Twitter, vous pouvez exprimer vos opinions » , a expliqué le capitaine de West Brom Darren Fletcher en conférence de presse. Pour l'ancien joueur de Manchester United, Berahino aurait pu éviter de créer une polémique s'il avait pris le temps « de s'asseoir calmement pendant 48 heures » . Et de pointer du doigt le goût de son jeune coéquipier pour les réseaux sociaux : « Quand vous êtes sur une plateforme comme Twitter, le monde entier peut entendre vos émotions. » Alors qu'il faudrait les contrôler. Ce qu'a su faire le défenseur central d'Everton John Stones dans une situation comparable : le forcing de Chelsea, monté jusqu'à une offre de 50 millions d'euros, une demande de transfert discrète, mais un comportement exemplaire sur le terrain, y compris lors de la récente victoire des Toffees sur les Blues (3-1). De quoi lui valoir les louanges de son entraîneur, mais aussi de l'ensemble des observateurs, tout en soulignant le manque de maturité de Saido Berahino dans la même situation, quand bien même il a deux années de plus que l'ancien joueur de Barnsley. Prompte à défendre les joueurs professionnels dans leurs droits, la Professionnal Footballers Association elle-même s'est plus ou moins sentie obligée de guider l'attaquant vers le droit chemin.

Comme n'importe quel autre joueur


« Des choses peuvent être dites sur le moment, et un contrat fonctionne dans les deux sens, mais les joueurs doivent continuer à jouer et à rester en forme. Les jeunes hommes sont ainsi, parfois ils disent des choses qu'ils regrettent. Nous sommes dans un monde de réseaux sociaux. (…) Les gens sont déçus, et parfois, des choses sont écrites, et à la réflexion, elles ne devraient pas être publiées dans le domaine public » , a ainsi déclaré le président de la PFA, Gordon Taylor, à la BBC, en affirmant que son syndicat avait joué les médiateurs entre le club anglais et son joueur. Pour le dirigeant, le cas Berahino est la conséquence d'un mercato qui devrait fermer avant le début de la saison : « Le fait d'avoir le marché des transferts ouvert une fois que la saison a démarré a généré une activité frénétique et empêché de jouer beaucoup de bons joueurs qui auraient dû être sur le terrain. » Quant à savoir si Berahino était dans son droit de refuser ce choix, la position de la PFA est on ne peut plus clair, car « nous (la PFA) nous sommes battus longtemps et durement pour avoir des joueurs réellement libres, mais cela se produit à la fin de leur contrat, avant ça, il faut l'accord entre deux clubs. » Le principal intéressé semble aujourd'hui revenu dans le rang, même si son capitaine Darren Fletcher s'attend « à ce que cela reprenne en janvier, car c'est le jeu aujourd'hui » . Mais d'ici là, l'Écossais a promis de traiter son jeune collègue comme n'importe quel autre joueur « tant qu'il s'intègre au groupe et travaille aussi dur que n'importe qui. Dans ce cas-là, nous serons plus qu'heureux de l'avoir. » L'entraîneur des Baggies, Tony Pulis, a d'ailleurs pris soin tout au long de la crise de préserver son joueur, en le rencontrant notamment en compagnie de sa mère et conseillère pour le convaincre du bien fondé de faire une saison de plus dans son club formateur. Pour le technicien, c'est un problème entre Berahino et son président, pas entre le joueur et son club : « West Brom a nourri la carrière de Saido pendant une décennie, ils méritent le plus grand respect et à un moment, involontairement, il ne leur en a pas montré assez. Il doit grandir et réaliser que les gens de West Brom l'ont supporté depuis le début de sa carrière. » Cela s'appelle une main tendue, reste à Saido Berahino à la saisir afin de motiver Tottenham à revenir à la charge dans un an.

Par Nicolas Jucha
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