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Saïd Ennjimi : « Je n'ai plus envie de me taire »

Alertée par un rapport de la Direction technique de l'arbitrage (DTA), la commission fédérale de l'arbitrage a entendu, mercredi, Saïd Ennjimi, pour la fameuse « affaire des maillots » survenue lors du match OM/Lorient. Une histoire qui a grandement sali la réputation de l'arbitre international qui, aujourd'hui, ne veut « plus se taire » , alors qu'il risque jusqu'à trois mois de suspension.

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À trois ans de la « retraite » , l'arbitre ne supporte plus le fonctionnement de l'arbitrage français, qui marche beaucoup « sur la peur » . Après son passage devant la commission fédérale des arbitres (CFA), Saïd Ennjimi devra encore attendre une réunion de la CFA pour connaître la durée exacte de sa suspension (elle peut être de 3 mois), pour le moment toujours active. Ses deux assistants, ainsi que le quatrième arbitre, eux, ont été « blanchis » et donc leur suspension levée. Ennjimi, lui, s'interroge vraiment sur la suite de sa carrière d'arbitre. « Je me vois mal repartir comme ça l'an prochain avec les mêmes dirigeants à la tête de l'arbitrage français. »


Que vous reproche-t-on, au juste ?
Sur un rapport de Claude Tellène, superviseur du match OM-Lorient, il m'est reproché « un comportement irrespectueux et incompatible avec la fonction d'arbitre » , vis-à-vis des dirigeants locaux ainsi que « des manquements à la déontologie et au devoir de réserve » , sans en préciser la nature ni détailler les faits. Suite à ce rapport, Pascal Garibian, le directeur technique de l'arbitrage, a écrit au président de la Commission fédérale des arbitres, Eric Borghini, et je suis suspendu à titre conservatoire, depuis le 7 mai alors que je n'ai jamais pu me défendre.

Vous contestez cette version ?
Oui.

Quelle est la vôtre, alors ?
Lors de ce match, j'avais demandé au délégué marseillais peu de temps avant la rencontre, Claude Medam, de récupérer un jeu de six maillots dédicacés afin de les offrir à des œuvres caritatives du Limousin. Ces six maillots, je m'engageais à les payer. À la fin du match, monsieur Medam nous retrouve dans le vestiaire en me ramenant le sac de maillots. Je lui pose la question de savoir s'il a pu les faire dédicacer, compte tenu de la défaite de Marseille et il me répond : « Tu ne crois quand même pas qu'ils vont signer, ils n'ont pas la tête à ça » et me jette le sac de maillots sur mon sac d'une manière assez dédaigneuse et très en colère, certainement en raison de la défaite de son équipe. Voyant cette attitude, je prends le sac de maillot et lui indique que s'il le prend sur ce ton, il est préférable qu'il reprenne les maillots ainsi que la facture. Le kiné de l'OM frappe à ce moment dans le vestiaire pour nous proposer, très gentiment, un massage d'après-match alors que celui-ci n'y est tenu en rien. Je lui dis à ce moment : « Je ne veux voir personne pour l'instant » d'un ton ferme et, je le reconnais, sous la colère de l'attitude plus que déplaisante de monsieur Medam.

Ça s'arrête là ?
À la suite de ces incompréhensions, nous recevons Claude Tellène, observateur du match qui nous indique qu'il a ressenti un peu de tension dans les couloirs et nous demande quelles en sont les raisons. Nous lui expliquons la situation et nous répond qu'il n'y a rien de grave. Et ça s'arrête là. D'ailleurs, des délégués présents le soir du match le confirment.

À ce moment, vous décidez de quitter le stade Vélodrome pour ne pas envenimer la situation, c'est ça ?
J'envoie un texto à monsieur Labrune car le corps arbitral était ensuite invité dans les salons de l'OM pour un dîner. Je lui dis que je ne vais pas rester pour ne pas envenimer la situation et que nous nous apprêtons à prendre un taxi pour notre hôtel. Labrune, très intelligemment, arrive à ramener le calme et l'incident est clos. Tout le monde est donc convié au dîner. Le corps arbitral et tous les membres de la délégation d'arbitrage.

« Quelle légitimité a Pascal Garibian sur la scène internationale ? Aucune. Il ne faut pas s'étonner aujourd'hui de notre absence dans les compétitions internationales. » Saïd Ennjimi

C'est durant ce dîner que vous auriez franchi votre devoir de réserve...
Durant ce repas s'engagent des conversations à bâtons rompues pendant plus de trois heures. Tout le monde n'est pas autour d'une table, c'est un buffet, les gens se déplacent. À un moment, Vincent Labrune me demande s'il y avait penalty à Bordeaux par exemple, je lui dis oui, etc. C'est bon enfant et il n'y a aucun problème, puisque certains membres de la commission juridique de la LFP, présents à ce dîner, l'attestent. Il n'y a rien eu de particulier durant ce repas. Aucun manquement à mon devoir de réserve ou autre. Le lendemain du match, j'ai reçu un appel téléphonique de Claude Tellène qui m'explique que Louis Vassalucci est son ami et qu'il serait de bon ton que je puisse lui envoyer, ainsi qu'à Claude Medam, un petit mot afin de leur faire part de mes regrets sur cet incident. Malgré le fait que les torts étaient clairement partagés sur cette fin de soirée, mais souhaitant apaiser une tension inutile que je pensais déjà close, j'ai envoyé un SMS, dès le lendemain, soit le 25 avril, aux deux personnes afin de leur faire part de mes regrets. Je n'ai eu aucun retour.

Et plus aucune nouvelle jusqu'au 7 mai ?
Aucune. Ce n'est que le 7 mai que j'ai reçu un SMS de Vassalucci m'indiquant qu'il venait de rentrer de l'étranger et que l'incident était clos depuis la réception de mon message. Le même jour, je suis averti par Pascal Garibian que je suis suspendu à titre conservatoire sur un rapport de Claude Tellène. Un rapport à charge dans lequel je n'ai jamais été entendu et basé sur des propos rapportés.

Ce rapport, que dit-il ?
On me reproche une attitude irrespectueuse envers les dirigeants locaux, et notamment un « dégage » au kiné marseillais. Or, j'ai reçu par écrit la version de Stéphane Ré, le kiné, elle diffère complètement puisqu'il confirme ma version du simple « Je ne veux voir personne pour l'instant » . On mentionne également le fameux repas au cours duquel la ligne déontologique aurait été franchie. Or, j'ai des documents écrits qui prouvent que tout ce qui m'est reproché ne tient pas. D'ailleurs, messieurs Medam et Vassalluci m'ont confirmé par écrit qu'il n'avaient pas « été témoins de propos désobligeants envers la Direction de l'arbitrage de la part du corps arbitral officiant ce soir-là » .
 Tout ce qui m'est reproché ne tient pas. Ce n'est pas le fond que je remets en cause – puisque le ton est monté, c'est vrai -, c'est la forme puisque je n'ai jamais été entendu avant ma suspension et il n'y a donc aucune version contradictoire.

C'est un point que vous contestez fermement d'ailleurs...
Il est clairement exposé dans les statuts de l'arbitrage qu'un arbitre ne peut être sanctionné qu'après avoir été invité à présenter sa défense ou avoir été entendu par l'instance compétente pour prononcer la sanction. Ça n'a jamais été le cas me concernant. Ni pour mes collègues du soir du match. Il y a une volonté manifeste de faire un exemple, même si ça doit être fait avec des méthodes de barbouzes.

Qu'en est-il aujourd'hui ?
Depuis le 7 mai, je suis suspendu à titre conservatoire. On m'avait laissé entendre que la finale de la Coupe de France serait pour moi. Ce n'est plus le cas. Pascal Garibian, qui est un procédurier, ne m'a jamais entendu et s'est basé sur les versions orales de deux personnes. Garibian rapporte des propos, je rapporte des faits. J'ai essayé de joindre plusieurs fois Garibian, il n'a jamais daigné me parler, préférant botter en touche, car « une procédure est en cours » . Ce monsieur est quand même commandant de police et il se base sur un rapport avec seulement deux versions de personnes de l'OM, sans m'entendre.

L'OM semble aussi étonné que vous de la tournure des événements, visiblement...
Vincent Labrune est attristé par la tournure de cette affaire et m'a apporté son soutien, puisque l'OM et tous ses dirigeants n'ont rien à reprocher au corps arbitral ce soir-là et ne se sentent pas concernés par cette histoire. Mes trois collègues du match contre Lorient sont également suspendus alors que leurs noms ne sont jamais mentionnés dans le rapport. Ce sont des dégâts collatéraux. Depuis plusieurs mois, un courant négatif existe au sein de l'arbitrage français. Il y a peu, lors du congrès de l'UNAF (Union nationale des arbitres français), le président de la CFA, Eric Borghini, a été hué. Il y a un vrai mépris de la Fédération pour les arbitres de la base et ça se ressent au quotidien.

Cette histoire arrive à la fin d'une saison compliquée pour l'arbitrage français.
On n'a jamais été aussi nul que cette année. À un moment, quand on voit comment sont méprisés certains arbitres, dont moi, comment voulez-vous que les hommes ne tremblent pas. Cela a également des répercussions sur les arbitres amateurs. Il n'y a plus aucune sérénité dans l'arbitrage français. Cette chasse à l'homme, car je le vis comme ça, ne permet pas de faire peser sur l'arbitrage français actuel un climat propice à l'épanouissement. Sur la scène internationale, quelle légitimité a Pascal Garibian ? Aucune. Il ne faut pas s'étonner aujourd'hui de l'absence de nos arbitres dans les compétitions internationales.


Propos recueillis par Mathieu Faure
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