Top - Les 100 meilleurs joueurs « So Foot » - Socrates
Chérif Ghemmour
S'il ne devait en rester que 100... (5e)
Dans les kiosques, c’est le numéro 100. Alors sur le site, histoire de marquer le coup aussi, il n’y a pas de raison, So Foot a classé ses 100 meilleurs joueurs de l'histoire. Mais selon ses propres critères. Soit un peu d’objectivité, pas mal de mauvaise foi, beaucoup d’amour et même une dose de grâce. Au fur et à mesure du mois seront ainsi dévoilés, et de manière décroissante bien sûr, les heureux élus. Voici donc les meilleurs joueurs So Foot, avec aujourd'hui le joueur classé 5e : Socrates, haut la main, haut le poing !
Socrates, le 16 juin 1986
C‘est en mai 1981, le 15 exactement, soit cinq jours après la victoire du Centre que nous autres, Français, avions découvert Socrates. On le connaissait un peu : Brésil, attaquant, grand, technique, barbu. En gros, une réputation plutôt flatteuse en ces temps médiatiques chiches en images (trois chaînes TV et basta !). Tout aussi flatteuse, la réputation d’une Seleçao newlook qui renouait, disait-on, avec l’Age d’or, à la différence du Brésil décongelé du Mundial 78, battu même par les Bleus au Parc juste avant la compète (0-1, but de Platoche). En 81, on attendait les Brésiliens comme des mômes, des étoiles plein les yeux. La même fascination mystique que les fans de rugby qui, eux, attendaient les All Blacks qui à l’époque ne venaient en France que tous les 5-6 ans. Et là, le Brésil était de retour, "dans la place" ! Et on a vu… France-Brésil 81, pfffff ! OK, beaucoup de forfaits côté Bleus (Platini, Giresse, Rocheteau, Battiston), mais ce Brésil était de toute façon trop fort. Aïe-aïe-aïe, les Junior, Eder, Cerezo, Zico… et Socrates ! On ne nous avait pas menti, le grand échassier au toucher de velours avait une classe folle : une passe dèce au laser pour Zico et un but sur lob. Un 3-1 au Parc. Sans forcer, sans suer. Socrates : un nom facile à retenir, une dégaine et une barbe révolutionnaires et une réputation certifiée de foot bossa-samba. Le gars faisait un peu baba-cool (après tout, Eagles cartonnait encore en 81) et en plus il était médecin ! « Pédiatre », donc « médecin du pied ». Les pieds, le foot, le football, quoi. CQFD. En fait, c’était plutôt médecin de l’enfance, mais on n’était pas des lumières… Donc, il avait un côté "humanitaire", on l’imaginait en blouse blanche, sauver des bébés dans un pays du Tiers-monde. Respect : ce footeux sortait de l’ordinaire. Le Brésil 1981 de Zico et Socrates était veni, vidi, vici. Une démonstration qui avait remis nos petits Bleus à leur place.
La démocratie corinthiane
L’année d’après, la Seleçao drivée par Tele Santana, un prophète du foot samba, débarque au Mundial espagnol. Avec Zico, Socrates, Dirceu, Cerezo, Falcao, ce Brésil magnifique ne pouvait pas perdre : tout au long de la compète, la Seleçao nous gratifia d’une séance de rattrapage, nous qui avions manqué le fabuleux Brésil 70. Mais Paolo Rossi trucidera le Brésil d’un triplé assassin. La légende raconte que les Brésiliens ignoraient qu’à 2-2 ils étaient encore qualifiés pour la finale... Comme si seule la victoire était belle et qu’elle imposait au pays du futebol roi de gagner 3-2 en prenant un max de risques... Socrates fit plus tard une mise au point, ne regrettant rien : contre la Squadra, le Brésil se serait renié en jouant petit bras et défensif. Merci, docteur. Merci pour la beauté du sport. La Seleçao toujours pilotée par Télé Santana offrira le même spectacle et la même philosophie de jeu au Mundial 86 au Mexique. Mais sa chance était passée, ce Brésil avait vieilli. Contre la France, au cours d’une partie somptueuse baignée de soleil, le Brésil de Socrates perdit à nouveau aux tirs au but (avec ratés de Zico, puis du barbudo) l’occasion de porter au firmament son foot de rêve. Le Brésil de Socrates rêvait trop, peut-être. L’Italie 82 et la France 86 étaient plus "réalistes", donc meilleures. Le Brésil de Socrates portait une utopie footballistique qui n’avait plus court. En 86, c’était d’ailleurs la dernière fois que la Seleçao revêtait un maillot jaune d’or, couleur chaude et fraternelle. Ensuite, ce serait jusqu’à aujourd’hui un maillot au jaune plus clair, plus flashy, plus acidulé, voire jaune pisseux. Malgré deux autres titres mondiaux, les nouvelles teintes du "jaune Brésil" attestaient d’un abandon de l’utopie au profit d’un football plus "efficace". Amen.
Avec le temps, on apprendra que le bon Socrates s’appelait ainsi de par la volonté de son père, autodidacte venu du Nordeste, réussissant à la force du poignet et féru de philosophie grecque. Qu’avec les Corinthians, Socrates et ses potes avaient mis en place une gestion de club démocratique où toutes les décisions étaient prises par un vote intégral. Que ce mouvement de la "démocratie corinthiane" fut le catalyseur du renouveau démocratique qui permit de chasser les militaires (1984-85). Socrates, « grande pointure » comme aurait dit Gainsbarre… Un footeux 100% atypique dans son pays : il était très grand, cultivé et diplômé, politisé, animé d’une vraie spiritualité mais non croyant, non religieux (à l’inverse des footeux de son pays). Intellectuellement plus proche de la vieille Europe que de l’Amérique (il joua à la Fiorentina, jamais aux USA, comme pas mal de joueurs sud-américains en fin de carrière)… Un souvenir fugitif de quelques secondes à peine, dans un coin de l’image TV, à l’écran : Socrates le gentleman donne l’accolade à Tardelli sans rancune et échange son maillot avec lui dès le coup de sifflet final de ce maudit Italie-Brésil 82… Socrates, le footballeur hippie qui aurait eu sa place chez les Novos Baianos, célèbre groupe rock brésilien des années 70 : 11 babacools barbus, adeptes de la fumette et du ballon rond. Socrates aimait les arts et les artistes, la musique d’abord.
Poésie pure
Famille, équipe, groupe de rock, cercle militant, football : Socrates était éminemment collectif. Sur le terrain, tout son jeu était tourné vers l’autre, vers le coéquipier. Jamais sur lui-même. Ses buts en solitaire sont rares et c’était quand il n’y avait pas de solution collective… Deux derniers souvenirs So Foot. En 2004, une interview par mail qu’il nous avait accordée. Il avait répondu longuement par écrit dans un français très approximatif mais très compréhensible. Une syntaxe flinguée. Mais c’était de la poésie pure. On a égaré ce mail et ça nous a fait mal quand Socrates nous a quittés il y a un an. Et puis il y a ce rendez-vous manqué à São Paulo en mai 2005. Un coup de fil, une voix chaleureuse, éraillée à la clope et à la cachaça au bout qui nous confirme le rencard pour le lendemain. Le rencard est tombé à l’eau. On s’y attendait, connaissant le côté "fly high" du bonhomme… Le "grand" nous a quitté au matin du 4 décembre 2011, jour précisément où les Corinthians ont été sacrés champions du Brésil. Et 30 ans après la féérie brazileira du Parc des Princes 1981.
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Avec le temps, on apprendra que le bon Socrates s’appelait ainsi de par la volonté de son père, autodidacte venu du Nordeste, réussissant à la force du poignet et féru de philosophie grecque. Qu’avec les Corinthians, Socrates et ses potes avaient mis en place une gestion de club démocratique où toutes les décisions étaient prises par un vote intégral. Que ce mouvement de la "démocratie corinthiane" fut le catalyseur du renouveau démocratique qui permit de chasser les militaires (1984-85). Socrates, « grande pointure » comme aurait dit Gainsbarre… Un footeux 100% atypique dans son pays : il était très grand, cultivé et diplômé, politisé, animé d’une vraie spiritualité mais non croyant, non religieux (à l’inverse des footeux de son pays). Intellectuellement plus proche de la vieille Europe que de l’Amérique (il joua à la Fiorentina, jamais aux USA, comme pas mal de joueurs sud-américains en fin de carrière)… Un souvenir fugitif de quelques secondes à peine, dans un coin de l’image TV, à l’écran : Socrates le gentleman donne l’accolade à Tardelli sans rancune et échange son maillot avec lui dès le coup de sifflet final de ce maudit Italie-Brésil 82… Socrates, le footballeur hippie qui aurait eu sa place chez les Novos Baianos, célèbre groupe rock brésilien des années 70 : 11 babacools barbus, adeptes de la fumette et du ballon rond. Socrates aimait les arts et les artistes, la musique d’abord.
Poésie pure
Famille, équipe, groupe de rock, cercle militant, football : Socrates était éminemment collectif. Sur le terrain, tout son jeu était tourné vers l’autre, vers le coéquipier. Jamais sur lui-même. Ses buts en solitaire sont rares et c’était quand il n’y avait pas de solution collective… Deux derniers souvenirs So Foot. En 2004, une interview par mail qu’il nous avait accordée. Il avait répondu longuement par écrit dans un français très approximatif mais très compréhensible. Une syntaxe flinguée. Mais c’était de la poésie pure. On a égaré ce mail et ça nous a fait mal quand Socrates nous a quittés il y a un an. Et puis il y a ce rendez-vous manqué à São Paulo en mai 2005. Un coup de fil, une voix chaleureuse, éraillée à la clope et à la cachaça au bout qui nous confirme le rencard pour le lendemain. Le rencard est tombé à l’eau. On s’y attendait, connaissant le côté "fly high" du bonhomme… Le "grand" nous a quitté au matin du 4 décembre 2011, jour précisément où les Corinthians ont été sacrés champions du Brésil. Et 30 ans après la féérie brazileira du Parc des Princes 1981.
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comment c'est possible de perdre une interview de Socrates par mail que le type s'est emmerdé* à rédiger en français?
Shame on you!
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Slogan apparu sur une banderole lors de la finale du championnat pauliste en 1983 contre Sao Paulo, qui résume parfaitement le docteur Socrates.
Joueur d’une élégance rare, conduite de balle toujours la tête haute, une vitesse d’exécution rapide pour un grand gabarit, une intelligence de jeu incroyable, une conduite et un touché de balle exquis.
Son geste favori était la talonnade, qu’il utilisait non pas pour amuser la galerie ou humilier ses adversaires, toujours dans un objectif de déstabiliser les défenses et de créer des décalages pour ses coéquipiers.
Chef de file avec ses potes Zico et Falcao, son Brésil, celui de Télé Santana, se fracasse contre le mur bleu italien en 1982.
Socrates était plus qu’un simple footballeur, c’était une idée du football, un style unique, une pensée, un idéal. Lors de sa retraite sportive, il a cette phrase magnifique «aucun joueur abandonne le football, c’est le football qui abandonne le joueur».
RIP
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Et ce qui est le plus ironique c'est que lorsque le brésil est dégueu il gagne (1994-2002) le france de même (on pourra me parler de l'euro 2000 mais on était loin du carré magique...) et dans l'autre sens l'allemagne joue bien (génération ozil) et ils ne gagnent plus rien...
Socrates-Zico méritait quand même vraiment cette coupe du monde...
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Ah aussi, les mecs qui critiquent l'article, genre Near, quand on lit tes commentaires qui n'arrivent même pas à avoir de style, on se dit que tu devrais t'abstenir de la ramener.
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Quel pédigré et quel cv ! un truc impensable aujourd'hui, n'oublions pas tous les risques qu'il a pris pour le foot et son pays, le mec altruiste par excellence.
Bref quelqu'un avec qui on aurait aimé boire une mousse et parler foot, musique, politique...le rêve quoi.
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