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N°3 : Johan Cruijff

So Foot a classé ses 100 meilleurs joueurs de l'histoire. Mais selon ses propres critères. Soit un peu d'objectivité, pas mal de mauvaise foi, beaucoup d'amour et même une dose de grâce. Au fur et à mesure du mois seront ainsi dévoilés, et de manière décroissante bien sûr, les heureux élus. Voici donc les meilleurs joueurs So Foot, avec aujourd'hui le joueur classé 3e: Johan Cruijff, joueur moderne avant les autres.

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#3: Johan Cruijff

Les très grands footballeurs ont une vraie conscience de caste. Ils reconnaissent ouvertement appartenir à une élite très fermée qui confère à l'aristocratie. Les Argentins sont les plus allumés : ils tiennent un compte serré de leurs buts marqués, récitent leur palmarès et se situent toujours par rapport aux plus illustres d'entre eux. Et il y a de quoi : Di Stéfano, Maradona, Messi. Trois génies absolus, ça motive les gauchos à devenir toujours meilleur… Johan Cruijff figure très haut dans la seigneurie du ballon rond. À part. C'est « l'Académie » des Ballons d'or qui rend le mieux compte de sa lignée illustre. Il fut le premier à gagner trois Ballons d'Or (1971, 73, 74). Et tous les autres lauréats qui le remportèrent aussi trois fois après lui, lui doivent une partie de cet honneur. Platini était un fan absolu de Johan, Van Basten fut son élève à l'Ajax et Messi doit énormément à ce Barça directement inspiré de la Dream Team du maître hollandais… Voilà pour le statut particulier de Johan 1er. D'ailleurs les Argentins, qui s'y connaissent en valeur nobiliaire, le vénèrent. Ainsi que les Brésiliens. Parce que chez les deux géants d'Amérique du Sud, on ne s'est jamais vraiment remis de la tornade orange du Mondial 74 qui a dévasté d'abord l'Alibiceleste (4-0) puis détruit la Seleção (2-0, deux buts d'anthologie des deux Johan, Cruijff et Neeskens). L'Europe était au fait de la tornade blanche et rouge de l'Ajax qui avait balayé le continent de 1969 à 1973 (avec trois C1 d'affilée, 1971-72-73). L'Amsud s'est pris la vague juste après, avec l'Ajax orangé, renforcé d'autres cracks, surtout du Feyenoord. Au Brésil, on parle encore avec révérence du « carrossel Holandês » , le ballet merveilleux des Pays-Bas 74… Aujourd'hui, Argentins et Brésiliens ne se reconnaissent en Europe que deux vrais grands rivaux européens, l'Allemagne et l'Italie. L'Espagne, c'est trop récent et elle n'a jamais affronté depuis longtemps les deux cadors sud-américains dans des rencontres décisives de Coupes du monde.


La brindille supersonique


Les Pays-Bas sont à part. Un mélange de respect et de crainte. Le foot hollandais, c'est l'inconnu, la surprise, l'inattendu. Au Mondial 98, l'Argentine a perdu la boule à se faire trimballer par les Oranje (2-1) et au Mondial 2010 la Seleção s'est liquéfiée d'un coup quand les Néerlandais se sont repris en seconde période (2-1 aussi). C'est aussi ça, l'héritage de Johan Cruijff : le football hollandais culmine au sommet de la hiérarchie mondiale depuis l'Ajax seventies (et un peu le Feyenoord en 1970) et impose le respect. « Cruijff » , c'est d'abord une mystique. Le prénom, « Johan » : il n'y en a qu'un, on sait de qui on parle. Le maillot de l'Ajax, bande rouge sur fond blanc : il faut avoir connu la première mode des maillots chez les minots au début des années 70… Rien qu'en France, tous les kids footeux voulaient l'acheter ! Comme le flocage de numéro n'était pas possible, on s'achetait un « transfert » à encre noire du numéro 14 qu'on appliquait sur le tissu au fer à repasser. Un autre maillot mythique, une autre couleur : le orange. À partir de 74, une nouvelle teinte classieuse : le orange hollandais, désormais aussi reconnaissable que le « blanc allemand » , le « bleu azur italien » , le « jaune d'or Brésil » ou le « ciel et blanc argentin » ou le « rouge anglais 66 » . Cruijff, c'est la vitesse-lumière, supersonique. Son démarrage sur les 30 premiers mètres approchait le chrono des sprinters de son époque. Or, la singularité de Johan, c'est qu'il pratiquait le double démarrage : on ne le rattrapait jamais… La « brindille » n'était pas non plus une chochotte : Johan jouait aussi des coudes et des épaules, sinon les gros balèzes l'auraient bouffé. Le foot hollandais en général et celui de l'Ajax en particulier a toujours intégré le facteur physique, l'importance du combat : c'était ça ou mourir pour un tout petit pays de football dans les années 60. Cruijff ne se laissait pas faire, rendant parfois les coups ou exigeant que l'arbitre sanctionne l'antijeu.


Joie populaire


Cruijff, c'est la vision du foot élargie, des équations simultanées à paramètres multiples : vitesse-mouvement-espace. Joueur et entraîneur, il a théorisé ce qu'était la perfection dans la transmission du ballon en totale synchronisation avec les déplacements des joueurs, soit la maîtrise optimale de l'espace et du temps. Une logique quantique à faire peur, qu'il a su simplifier et transmettre quand il devint entraîneur… Là aussi est le génie de Cruijff : c'est le seul super crack du foot qui, passé entraîneur, a su le mieux restituer et transmettre le maximum de sa science du ballon rond (avec l'Ajax dans les années 80 et avec le Barça ensuite). Le drame des super joueurs pour qui tout est « évident » , c'est souvent leur incapacité à se mettre au niveau de leurs joueurs une fois qu'ils sont devenus coachs. Cruijff a rendu des idiots intelligents et sublimé des très bons en très grands (Van Basten, Stoichkhov, M. Laudrup, Romário, Guardiola)… Johan Cruijff, c'est l'éthique du beau jeu. Non pas une vision académique et esthétisante pour épater la galerie et gagner des concours de poésie footballistique (Cruijff ne se reconnaît pas vraiment dans le « football romantique » ). Non. Cruijff a la passion du beau spectacle qu'on doit au public : dans le sens le plus noble du terme « joie populaire » , « distraction populaire » . Une éthique sincère qui remonte à ses jeunes années à l'Ajax quand il jouait en Juniors : les minots d'Ajax attiraient au vieux stade De Meer d'Amsterdam plus de monde que les A, l'équipe première d'Ajax ! La joie du peuple des stades d'Amsterdam ou de Barcelone, voilà ce qui fait vibrer Johan : « C'est un devoir quand on produit un spectacle de tout mettre en œuvre pour que le public en sorte ravi et ému. Telle a toujours été ma philosophie, comme joueur et comme entraîneur. Et qu'y a-il de plus beau dans le football qu'un jeu tourné vers l'attaque ?  »


Supporter de ... l'Espagne


Oubliez un peu le côté cupide de Johan : son appétit pour l'argent (Johan n'est pas le pire des « money wolves » du foot !) n'est que la juste rétribution des efforts consentis depuis qu'il a 17 ans à rendre les gens qui vont au stade un peu plus heureux. Tout simplement. Une des plus belles images de Johan Cruijff, c'est sa posture d'Imperator tout en haut de la tribune d'honneur de Wembley, lors delà finale de C1 remportée par le Barça de Guardiola contre le MU de sir Alex (3-1) : tout en haut, le regard d'aigle royal, Johan contemplaît le triomphe de ses idées, de sa philosophie de jeu, du spectacle magnifique offert aux spectateurs et aux deux milliards de téléspectateurs. Johan ne touche pas de royalties pour les shows magnifiques du Barça. Au nom de ses valeurs, il est même allé jusqu'à soutenir l'Espagne plutôt que son pays, les Pays-Bas, pour la finale du Mondial 2010. Un truc à se griller au pays. Mais les Hollandais ne lui en ont pas trop voulu : là-bas, dans ce vrai pays de football, quand on parle ballon, l'éthique du beau compte. Un dernier mot sur la Coupe du monde 1974 perdue en finale contre la RFA. La Hollande 74 était magnifique, super forte. Mais l'Allemagne l'était aussi : la RFA, qui avait gagné l'Euro 72 deux ans plus tôt, était l'une des plus belles équipes de tous les temps. La Mannschaft avait derrière elle un long passé glorieux au plus haut niveau : championne du monde 1954, 4e en 1958, finaliste en 1966, 3e en 1970 et championne d'Europe en 72… Cette longue dynamique a fait la petite différence face à une Hollande en léger manque d'expérience. Cruijff a toujours déclaré n'avoir aucun regret au vu du jeu pratiqué par les Oranje et qui a ravi et enchanté le monde entier pour l'éternité. L'argument reste toujours recevable…